Mardi 15 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

, ,

Tunisie : Vers la fin de l’indépendance de la Banque Centrale

Une proposition de loi présentée vendredi 18 octobre au Parlement tunisien vise à modifier le cadre opérationnel de la Banque centrale tunisienne. Selon le projet de loi présenté par des législateurs, la Banque centrale (BCT) ne conserverait plus le pouvoir exclusif d’ajuster les taux d’intérêt ou de définir la politique de change, mais serait contrainte…

Une proposition de loi présentée vendredi 18 octobre au Parlement tunisien vise à modifier le cadre opérationnel de la Banque centrale tunisienne. Selon le projet de loi présenté par des législateurs, la Banque centrale (BCT) ne conserverait plus le pouvoir exclusif d’ajuster les taux d’intérêt ou de définir la politique de change, mais serait contrainte de consulter le gouvernement pour toute décision majeure. Pire encore, elle serait autorisée à financer le Trésor public, une décision qui pourrait entraîner des conséquences désastreuses pour la stabilité économique du pays. Cette évolution s’inscrit dans un contexte de crise des finances publiques, exacerbée par la prise de pouvoir quasi absolue de Kais Saied depuis 2021.

La critique incessante du président à l’égard de la Banque centrale, qu’il considère comme un « État dans l’État », témoigne d’une volonté d’affaiblir une institution indépendante qui joue un rôle fondamental dans la gestion de la politique monétaire et de la stabilité économique. Le risque ici est double : d’une part, l’indépendance de la Banque centrale est mise en péril, et d’autre part, cette ingérence politique pourrait compromettre la confiance des investisseurs et des partenaires internationaux. Les législateurs qui soutiennent ce projet de loi avancent des arguments préoccupants. Ils prétendent que la loi actuelle, en vigueur depuis 2016, a conduit à des pertes colossales pour l’État, estimées à 36,6 milliards de dollars. En effet, cette loi empêche la Banque centrale d’accorder des prêts directs au Trésor public ou d’acheter des obligations d’État. Toutefois, il est essentiel de se demander si le remède proposé ne serait pas pire que le mal.

En instaurant une telle dépendance entre la Banque centrale et le gouvernement, le pays risque de sombrer dans l’inflation et de voir la valeur de sa monnaie s’effondrer. L’alerte lancée par l’ancien gouverneur de la Banque centrale, Marouan Abassi, quant aux risques associés à l’achat de bons du Trésor est particulièrement pertinente. Il souligne que la pression sur l’inflation et la dépréciation de la monnaie tunisienne pourraient être les conséquences directes d’un financement accru du Trésor par la Banque centrale. Dans un contexte où l’économie tunisienne est déjà fragilisée, une telle stratégie semble imprudente.

De plus, le projet de loi stipule que la Banque centrale ne pourra pas conclure d’accords avec des autorités de contrôle étrangères sans l’aval du président. Cette disposition est révélatrice d’une volonté de centraliser davantage le pouvoir et d’évincer toute forme de contrôle externe qui pourrait tempérer les décisions gouvernementales. Le remplacement de M. Abassi par M. Zouhair Nouri, dans un contexte où la Banque centrale perd son indépendance, soulève également des questions sur la motivation derrière cette nomination. Est-ce un acte de fidélité envers le régime de Saied ou un véritable changement de cap pour mieux servir l’intérêt public ? L’incertitude à ce sujet n’est guère rassurante. Les prévisions de demandes gouvernementales de financement direct de la Banque centrale pour combler le déficit budgétaire, pouvant aller jusqu’à 2,6 milliards de dollars, mettent en lumière une stratégie à court terme qui pourrait compromettre la stabilité économique à long terme. Cette approche pourrait amener la Banque centrale à agir davantage comme un instrument de la politique gouvernementale, plutôt que comme une entité indépendante visant à maintenir la stabilité monétaire et à protéger l’économie nationale.

In fine, si l’objectif est d’améliorer la situation financière de l’État, la dépendance accrue vis-à-vis du gouvernement risque d’engendrer davantage de problèmes que de solutions. Dans un monde économique où la confiance et la prévisibilité sont essentielles, il est crucial de préserver l’indépendance des institutions financières pour assurer la stabilité et la prospérité à long terme de la Tunisie. La question demeure : l’Éthiopie est-elle prête à sacrifier l’autonomie de sa Banque centrale au nom d’une crise budgétaire ?

Partager :f????in

Financial Afrik Premium

Lisez la finance africaine comme un professionnel

Accès illimité à 30 000 articles, archives 2013-2026, magazine PDF mensuel, alertes mots-clés, base de données dirigeants et newsletters premium.

à partir de 9 € / mois · sans engagement