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Africa’s Pulse ou les sermons récurrents de la Banque mondiale

Une fois de plus, la Banque mondiale nous livre son rapport Africa’s Pulse, un document qui, au fil des éditions, semble de plus en plus ressembler à des sermons moralisateurs. La dernière livraison, sous le titre « Transformer l’éducation pour une croissance inclusive », nous rappelle l’évidence : l’éducation est essentielle au développement économique. Qui en…

Une fois de plus, la Banque mondiale nous livre son rapport Africa’s Pulse, un document qui, au fil des éditions, semble de plus en plus ressembler à des sermons moralisateurs. La dernière livraison, sous le titre « Transformer l’éducation pour une croissance inclusive », nous rappelle l’évidence : l’éducation est essentielle au développement économique. Qui en doutait encore ? Mais au-delà de cet enfonçage de portes ouvertes, le rapport fait l’impasse sur des questions cruciales et renforce une vision simpliste du développement.

En 2024, la Banque mondiale continue de marteler que la transformation de l’éducation est la clé d’une croissance inclusive en Afrique. C’est certes un constat difficilement contestable. Le rapport précise qu’il est urgent de doter la jeunesse africaine des compétences en adéquation avec les attentes du marché du travail. Cependant, à force de répéter cette vérité générale, on en oublie les véritables dynamiques structurelles en jeu. Si les gouvernements africains peinent à investir massivement dans l’éducation, ce n’est pas par manque de volonté, mais parce qu’ils sont englués dans des problèmes plus profonds, liés au poids écrasant du service de la dette et à des politiques économiques souvent dictées par ces mêmes institutions internationales.

Le chiffre avancé par la Banque mondiale dans son rapport est révélateur : 34 % des recettes publiques de l’Afrique subsaharienne seront consacrées au remboursement de la dette en 2024. Dans ces conditions, comment prétendre sérieusement que les États africains ont les moyens de transformer leur système éducatif de manière radicale ? Le rapport semble ignorer que ce sont souvent ces contraintes économiques qui empêchent tout investissement significatif dans des secteurs vitaux comme l’éducation.

L’un des points les plus frappants de ce rapport est la suggestion selon laquelle la construction de 9 millions de nouvelles salles de classe et le recrutement de 11 millions d’enseignants d’ici 2030 suffiraient à combler les lacunes éducatives du continent. Cette vision purement quantitative de l’éducation est non seulement réductrice, mais elle omet des questions plus fondamentales. L’éducation ne se limite pas à l’infrastructure ou au nombre d’enseignants ; il s’agit aussi de la qualité de l’enseignement, de la pertinence des programmes, et de l’adaptation aux réalités locales.

Transformer l’éducation pour permettre une croissance inclusive en Afrique ne peut pas simplement se résumer à des chiffres impressionnants sur le nombre d’enfants scolarisés ou de nouvelles classes construites. La question centrale doit être : quel type d’éducation ? Pour quels débouchés ? L’écart entre le système éducatif actuel et les besoins du marché est gigantesque, mais le rapport propose peu de pistes concrètes pour résoudre cette inadéquation, en dehors des appels classiques à une « planification fondée sur des données probantes » et à « des dépenses intelligentes ». Mais quelle stratégie concrète propose-t-on pour adapter les compétences aux besoins spécifiques de chaque région ?

Ce qui émerge de ce rapport, c’est une sorte de fardeau moral imposé aux pays africains. Ils doivent réformer, transformer, stabiliser, tout cela tout en étant contraints par des politiques d’ajustement structurel et un lourd service de la dette. Loin d’encourager une véritable autonomie dans la conception des politiques éducatives et économiques, la Banque mondiale semble s’enfermer dans un discours technocratique où les solutions sont imposées de l’extérieur.

L’éducation est certes un vecteur essentiel de transformation sociale et économique, mais elle ne peut être envisagée isolément. La Banque mondiale ignore trop souvent le contexte global dans lequel évoluent ces pays : instabilité politique, effets du changement climatique, et surtout, un cadre économique global inéquitable. Les réformes éducatives, aussi ambitieuses soient-elles, ne pourront porter leurs fruits si elles ne s’inscrivent pas dans une refonte plus large des politiques économiques et des structures de gouvernance mondiale.

En conclusion, le dernier rapport Africa’s Pulse montre que la Banque mondiale semble toujours adepte des mêmes recettes : insister sur la nécessité de réformes structurelles sans tenir compte des véritables réalités du terrain. L’éducation est, bien sûr, cruciale pour le développement, mais elle ne peut réussir qu’à condition que les pays africains disposent des moyens financiers et politiques pour mener leurs propres réformes, loin des diktats imposés par des institutions internationales. Il est temps de permettre aux États africains de reprendre la main sur leur destin éducatif et économique, en respectant leurs priorités et leurs spécificités.

Car si l’on continue à privilégier les sermons, la croissance inclusive que nous appelons de nos vœux risque de rester un mirage.

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