Stimulez la croissance et dépassez le statu quo
Le statu quo a ses limites, et la décision de Bank Al-Maghrib (BAM) de maintenir son taux directeur à 2,75% montre bien que le comité de politique monétaire préfère la sécurité à l’audace. Le Wali de Bank Al Maghrib est connu pour son orthodoxie et son parti pris contre l’inflation.
Certes, la stabilité économique est cruciale, mais dans un contexte où la croissance stagne à 2,8% pour 2024, l’heure est peut-être venue de faire preuve d’audace et de repenser la politique monétaire en vue de stimuler davantage l’économie nationale.
L’inflation, bien que maîtrisée, ne devrait plus être une raison de s’en tenir à une politique de précaution extrême. Avec une prévision d’inflation autour de 2% pour les deux prochaines années, il est légitime de se demander si BAM ne pourrait pas utiliser ses leviers pour soutenir une relance plus forte, plutôt que de jouer uniquement la carte de la sécurité.
L’illusion de la prudence
Le choix de maintenir le taux directeur à son niveau actuel est sans doute justifié par un souci de stabilité. Mais cette prudence a un coût : la croissance économique. À l’heure où d’autres économies cherchent des moyens d’accélérer leur reprise post-pandémie, Bank Al-Maghrib semble paralysée par la peur de raviver une inflation déjà contenue. Pourtant, la contraction du secteur agricole et les prévisions de croissance modérée non agricole suggèrent que le pays a besoin d’un coup de pouce supplémentaire.
En d’autres termes, rester sur ce chemin revient à accepter une économie qui avance au ralenti. Il serait peut-être temps pour BAM de repenser son approche et de privilégier une politique monétaire plus expansionniste pour encourager l’investissement, la consommation et l’activité économique.
La maîtrise de l’inflation et la stabilisation des finances publiques offrent à Bank Al-Maghrib une marge de manœuvre précieuse. Au lieu de se satisfaire de cet équilibre fragile, pourquoi ne pas exploiter cette situation pour prendre des mesures plus audacieuses ? Une réduction du taux directeur pourrait, par exemple, alléger le coût du crédit pour les entreprises et les ménages, incitant ainsi à l’investissement et à la consommation.
Certes, cela comporte des risques. Mais quel choix économique ne comporte pas une part d’incertitude ? L’audace n’est pas synonyme de témérité, elle signifie simplement être prêt à parier sur l’avenir et à sortir du confort du statu quo.
Le Maroc dispose d’atouts non négligeables : des secteurs manufacturiers dynamiques, un tourisme en pleine reprise, et des exportations en hausse. Mais ces piliers ne suffiront pas à eux seuls à propulser la croissance à des niveaux suffisants pour répondre aux aspirations économiques et sociales du pays. Sans un soutien plus direct de la Banque centrale, le risque est grand de voir ces progrès ralentir, et de maintenir une croissance trop modeste pour transformer l’économie.
En clair, Bank Al-Maghrib a l’opportunité de jouer un rôle clé dans l’accélération de la reprise économique. Pour ce faire, un peu d’audace est nécessaire. Maintenir une stabilité financière est certes essentiel, mais il est tout aussi vital de stimuler l’économie pour atteindre un potentiel de croissance plus ambitieux. Il est temps que BAM aille au-delà du statu quo et prenne des mesures décisives pour relancer l’économie marocaine.




