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Sénégal, UNESCO: Adieu Amadou Mahtar Mbow 

Il s’en est allé au petit matin de ce mardi 24 septembre pluvieux à Dakar.  Amadou Mahtar Mbow s’est retiré à l’âge vénérable de 103 ans. Et en son départ, le Sénégal perd un de ses plus majestueux baobabs, et l’humanité toute entière, un témoin d’un siècle de lutte pour la promotion de la diversité, de…

Il s’en est allé au petit matin de ce mardi 24 septembre pluvieux à Dakar.  Amadou Mahtar Mbow s’est retiré à l’âge vénérable de 103 ans. Et en son départ, le Sénégal perd un de ses plus majestueux baobabs, et l’humanité toute entière, un témoin d’un siècle de lutte pour la promotion de la diversité, de la culture, et de l’Afrique. Témoin et acteur infatigable de l’histoire, Mbow a marqué de son empreinte indélébile l’UNESCO, cette institution qu’il a dirigée d’une main ferme, mais juste, au cœur des tumultes d’une guerre froide qui ne disait pas son nom.

Son accession à la tête de l’UNESCO en 1974 fut un triomphe pour le mouvement des pays non-alignés, qui cherchaient à briser l’hégémonie des grandes puissances sur les organisations internationales. Cependant, sa présidence ne fut pas un long fleuve tranquille. Lorsque, en 1984, les États-Unis quittèrent l’organisation, suivis du Royaume-Uni, c’était à cause de la volonté farouche de Mbow de faire entendre la voix du Sud, de plaider pour un nouvel ordre mondial de l’information et de la communication. Il portait cette vision d’un monde plus juste, plus équitable, où chaque nation, chaque culture aurait sa place, sa dignité. Un idéal certes, mais un idéal pour lequel Mbow s’est battu, jusqu’à son dernier souffle.

Ce combat, il l’a mené non seulement à l’UNESCO, mais tout au long de sa vie. De ses débuts en tant qu’enseignant, épris de transmettre à ses élèves non seulement des connaissances, mais des valeurs, à ses innombrables contributions à l’éducation et à la culture en Afrique et dans le monde, Mbow incarne ce que l’on pourrait appeler un « humaniste universel ». Ce fils de l’Afrique, natif de Dakar, est devenu le citoyen du monde, honoré par les universités et les institutions les plus prestigieuses.

Mais que dire de l’homme ? Ce sage qui, malgré la lourdeur des titres et des responsabilités, gardait cette humilité désarmante. L’homme qui, au-delà des discours, cherchait inlassablement à réconcilier des mondes, à équilibrer des forces qui semblaient irréconciliables. Son départ, presque silencieux, fait écho à ce paradoxe qu’il incarne : un géant discret, un baobab enraciné dans la terre, mais dont les branches s’élancent vers le ciel.

Amadou Mahtar Mbow quitte ce monde à un moment où les fractures internationales, que ce soit au Conseil de sécurité de l’ONU ou ailleurs, sont plus visibles que jamais. Et pourtant, son héritage demeure : celui de la quête incessante pour un monde plus solidaire, plus juste. Il laisse derrière lui un vide immense, mais aussi une inspiration profonde. Puissions-nous, à l’aune de sa vie, trouver la force et la sagesse pour poursuivre cette œuvre inachevée.

Repose en paix, grand maître. Que ta lumière continue de guider ceux qui croient encore en un avenir où toutes les voix comptent, où chaque culture est respectée, et où l’Afrique tient la place qui lui revient dans le concert des nations.

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