Par Daniel Djagoué, Envoyé spécial à Kigali
Le Forum sur les systèmes alimentaires africains (AFSF) de 2024, qui s’est tenu à Kigali du 2 au 6 septembre, était l’occasion d’aborder les défis pressants auxquels sont confrontés les systèmes alimentaires en Afrique, à l’heure où les crises mondiales et le changement climatique pèsent sur l’avenir de la sécurité alimentaire. Avec pour thème « Innover, accélérer et évoluer : assurer la transformation des systèmes alimentaires à l’ère du numérique et du changement climatique », la rencontre a mis en lumière des solutions pour rendre ces systèmes plus résilients et durables.
Malgré des progrès notables dans certains pays africains, les efforts pour transformer les systèmes alimentaires ne se déroulent pas à la vitesse nécessaire. Le Premier ministre rwandais, Edouard Ngirente, qui représentait le président Paul Kagame lors de l’ouverture du Forum, a donc exhorté les pays africains à intensifier leurs efforts pour transformer leurs systèmes alimentaires. « L’alimentation est un droit humain fondamental, mais, sur tout notre continent, il reste un combat quotidien pour accéder à une nourriture suffisante, nutritive et abordable », a-t-il déclaré. Soulignant que plus de 32 % des enfants de moins de cinq ans souffrent encore de malnutrition chronique, tandis que 20 % de la population africaine fait face à une insécurité alimentaire grave.
Le Dr Ngirente a aussi insisté sur la nécessité pour les pays africains de travailler ensemble pour renforcer la résilience des systèmes alimentaires face à une demande croissante, tout en anticipant l’expiration imminente de la Déclaration de Malabo de l’Union africaine en 2025 et la course contre la montre pour atteindre les Objectifs de Développement Durable (ODD) d’ici 2030. Il a souligné le rôle crucial des technologies modernes et des pratiques agricoles intelligentes face au climat dans cette transformation.
Innover pour nourrir une population croissante
L’un des objectifs principaux du Forum était de démontrer comment les technologies numériques peuvent accélérer la transformation agricole. Le Rwanda, qui a été présenté comme une étude de cas lors du sommet, a adopté des systèmes d’irrigation avancés et des pratiques agricoles intelligentes face au climat pour améliorer les rendements et renforcer la résilience agricole.
« Le gouvernement élargit également l’accès à l’assurance agricole et à un crédit abordable pour garantir que les agriculteurs puissent investir dans leurs exploitations et se remettre plus efficacement des chocs liés au climat », a souligné Edouard Ngirente.
L’exposition organisée dans le cadre du forum a mis en avant des solutions technologiques provenant de toute l’Afrique et du monde entier. Ces innovations sont destinées à relever les défis des systèmes alimentaires africains en facilitant l’accès à des informations cruciales pour les agriculteurs, en améliorant les chaînes d’approvisionnement et en réduisant les pertes post-récoltes.
Un rôle clé pour le secteur privé et les MPME
Le rapport 2024 sur l’agriculture en Afrique, intitulé « Exploiter le secteur privé pour la transformation des systèmes alimentaires en Afrique », lancé lors du forum, a mis en lumière l’importance des micros, petites et moyennes entreprises (MPME) dans cette transformation. Le Dr Agnes Kalibata, présidente de l’Alliance pour la révolution verte en Afrique (AGRA), a déclaré : « Le rapport met en évidence le rôle transformateur des MPME dans l’élaboration du paysage agroalimentaire africain. En exploitant le pouvoir du secteur privé, nous pouvons conduire une transformation significative des systèmes alimentaires et parvenir à une croissance durable. »
Elle a également souligné que les MPME jouent un rôle essentiel dans la productivité agricole et le développement économique du continent, notamment grâce à l’adoption de techniques agricoles modernes et d’initiatives innovantes.
Wamkele Mene, PDG de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA), dira qu’il était impératif de lever les barrières commerciales intra-africaines pour ouvrir l’accès à de nouveaux marchés et renforcer la sécurité alimentaire. Il a souligné que « des millions de personnes ont été poussées dans la pauvreté, mais les pays africains ont le potentiel de nourrir le continent ».
Financer la transformation : un enjeu capital
Un autre point clé abordé lors du forum est le financement de cette transformation. Avec une demande alimentaire mondiale qui devrait augmenter de 70 % d’ici 2050, la Banque mondiale estime que 80 milliards de dollars d’investissements annuels seront nécessaires pour répondre à cette pression. Le Forum AFS 2024 a mis en avant des solutions novatrices. Les partenariats public-privé philanthropiques (PPPP) et la finance verte émergent comme des instruments essentiels pour mobiliser les capitaux nécessaires à cette transformation.
En 2021, plus de 3,9 milliards de dollars de financements philanthropiques ont été dirigés vers l’Afrique. Ces fonds ont permis de soutenir des entreprises agroalimentaires, notamment celles dirigées par des jeunes et des femmes, moteurs de l’innovation sur le continent. La finance verte, quant à elle, met l’accent sur des pratiques agricoles durables et respectueuses de l’environnement, indispensables pour répondre aux enjeux du changement climatique.
Un avenir prometteur pour les systèmes alimentaires africains
Intervenant par vidéo à la clôture du forum, le président rwandais Paul Kagame a félicité l’Alliance pour une révolution verte en Afrique (AGRA) pour ses efforts visant à projeter une voix claire sur l’avenir des systèmes alimentaires du continent. « La production alimentaire est le fondement de nos économies, et même de la vie elle-même. En Afrique, la plupart de nos populations travaillent dans l’agriculture et l’agro-industrie. Des progrès significatifs ont été réalisés ces dernières années pour rendre nos systèmes alimentaires plus résilients et productifs, mais il reste encore beaucoup de marge de croissance », a déclaré Kagame aux participants.
Le président a souligné que l’augmentation de la productivité agricole aurait des effets immédiats sur la baisse des prix alimentaires, contribuant ainsi à réduire la pauvreté et à maîtriser l’inflation. Il a également mis l’accent sur l’importance des technologies numériques et de l’investissement privé pour accélérer les progrès. « Ce forum a mis en lumière des stratégies clés pour attirer davantage d’investissements privés dans l’agriculture », a ajouté Kagame.
Le Forum sur les systèmes alimentaires africains 2024 a marqué une étape importante dans les efforts du continent pour renforcer ses systèmes alimentaires face aux défis actuels. En capitalisant sur les innovations numériques, en collaborant avec le secteur privé et en mobilisant des financements adaptés, l’Afrique peut transformer son agriculture pour un avenir plus résilient, inclusif et durable.
Le président Kagame a conclu en déclarant : « Il reste beaucoup à faire, mais ce Forum nous a donné des clés pour accélérer les progrès. Ensemble, nous pouvons garantir une alimentation suffisante et nutritive pour chaque Africain. »



