En supprimant partiellement les subventions sur le carburant et l’électricité, le 23 mai 2023, au lendemain de sa prestation de serment, le président Bola Ahmed Tinubu s’est retrouvé plus d’une année plus tard face à une série de manifestations sans précédent. Au 10 août 2024 et après dix jours d’émeutes, l’on dénombrait une vingtaine de morts, des centaines de blessés et, au moins, un millier d’arrestations, rapporte le Guardian.
Le retrait de la subvention a accéléré l’inflation, qui a atteint un pic de 28 ans, à 34,19%, dans un contexte de stagnation de salaires et de revenus. Aux dernières nouvelles, les manifestants, avec pour hashtag #EndBadGovernance (mettre fin à la mauvaise gouvernance), exigeaient la démission du gouvernement. Dans une de ses réactions, le président Tinubu a déploré la présence parmi les manifestants d’individus aux agendas politiques clairs.
Suivant les recommandations du FMI, le président Nigérian a réduit les subventions et unifié le taux de change du Naira. Mais, semble-t-il, la politique de ciblage sous forme de transferts monétaires directs envers les défavorisés n’a pas été suffisante pour contenir les conséquences du retrait de la subvention. Selon la Banque Mondiale, le retrait de la subvention sur le pétrole devait générer 2,6 milliards de dollars d’économies, représentant 0,9% du PIB de 2023.
En tout cas, la crise nigériane actuelle remet en question l’efficacité des politiques de ciblage défendues par Abebe Selassié, directeur du département Afrique du FMI. « Les subventions concernent l’allocation de ressources en interne ». Ce sont donc les Nigérians, le peuple nigérian, qui paient pour ces subventions. Et la raison pour laquelle nous déconseillons de telles subventions généralisées est très simple. Elles ont tendance à être très régressives, ce qui signifie que les avantages de telles subventions, vous savez, ont tendance à augmenter en faveur des riches… », déclarait-il en avril 2024 aux printemps du FMI et de la Banque Mondiale à Washington.
En défendant une telle position, M. Selassié minore l’inflation et son impact sur l’économie, le coût du transport et des nombreux produits de consommation courante directement dépendants de ces paramètres. Le ciblage ou fléchage est un palliatif qui complète la subvention de l’énergie et des denrées de base, seul domaine où les États du Sud sont encore présents. Pour sûr, le satisfecit du rapport du FMI sur le Nigeria en juin dernier, se félicitant d’un surplus de 1,4 milliard de dollars dans la balance courante du pays, contraste avec le ras-le-bol généralisé de la rue.




