Le professeur Abdoulaye Diagne, directeur exécutif du Consortium de Recherche Économique et Sociale (CRES), a animé jeudi 11 juillet dans la capitale sénégalaise, un atelier de restitution des résultats de recherche sur les réallocations de Droits de Tirage Spéciaux (DTS) développé par le Fonds Monétaire International (FMI) et le financement de la relance économique au Sénégal.
Menée en partenariat avec l’African Economic Research Consortium (AERC), l’étude passe en revue les différentes options de financement qu’offrent les DTS, via la Facilité pour la Durabilité et la Résilience (RST), aux pays en développement, notamment, qui peinent cependant à accéder à ce mode de financement alternative du fait de leur faible rang économique.
Les DTS sont un actif de réserve international portant intérêt créé par le FMI en 1969 pour augmenter les réserves officielles des pays membres. Ils sont perçus comme étant une créance sur les devises librement utilisables des membres de l’institution et sont basés sur un panier de devises internationales comprenant le Dollar américain, le Yen japonais, l’Euro européen, la Livre sterling et le Renminbi chinois.
Pour le Pr Abdoulaye Diagne, ce mécanisme de financement du FMI dont l’accès est conditionné par le système de quota de l’institution, ne profite que faiblement aux pays africains et ne peut couvrir qu’une faible part des besoins de financement de ces derniers frappés par une triple crise ( Covid-19, conflit Russo-ukrainien et les chocs climatiques).
Ces multiples chocs ont eu un impact majeur sur la croissance économique du Sénégal notamment, réduisant le PIB réel de 5,3% en 2019 à 1,5% en 2020. Le déficit budgétaire est dès lors passé de 3,9 % en 2019, à 6,4 % en 2020 avant de connaître un léger redressement en 2023 avec 4,9% en 2023. Ce déficit est financé par emprunt, ce qui s’est traduit par une rapide progression de l’endettement public qui a atteint 80% du PIB en 2023, selon les données de la Banque mondiale.
« Les besoins en ressources pour la gestion de ces chocs ont entraîné une augmentation rapide de l’endettement et du déficit public, limitant ainsi la capacité du Sénégal à mobiliser des ressources pour ses politiques de développement », dixit le Pr Diagne.
Il est dès lors nécessaire, selon les résultats de l’étude, de réorienter les DTS pour aider les pays africains touchés par la crise à accéder à un financement durable afin de stimuler la stabilité et la croissance économiques et avoir un cadre macroéconomique sain.
L’Afrique mal desservie par les DTS
En 2021, les pays du G20 avaient décidé de réaffecter 100 milliards USD sur le montant global de 650 milliards de dollars de DTS émis par le FMI pour affronter la crise causée par la pandémie, aux pays en développement. Cependant, l’Afrique n’a jusqu’ici reçu que 5% de ce montant.
Les neuf premiers pays africains qui ont bénéficié de ces allocations ont obtenu 20 milliards USD, ce qui équivaut à environ 60% de l’allocation totale a l’Afrique. Il s’agit notamment de l’Afrique du Sud, du Nigeria, de l’Égypte, de l’Algérie, de la Libye, de la RDC, de la Zambie, du Maroc et de l’Angola. L’Afrique subsaharienne a reçu environ 23,5 milliards USD, dont 7,5 milliards aux seuls pays d’Afrique du Sud et du Nigeria. Les 23 pays africains à faible revenu ont reçu au total 1% de l’allocation totale de DTS du FMI, soit environ 6,5 milliards USD.
Il est dès lors important, selon le CRES, de réformer le mode accessibilité des DTS basé sur un système de quota, afin de faciliter l’accès facile aux ressources financières par les pays africains.
Pour les experts, la réorientation des DTS suscitera davantage d’engagement pour ces fonds fiduciaires qui seront financés de manière adéquate pour aider les gouvernements africains à répondre aux chocs.
