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« Le sport, au-delà du jeu », entretien avec Christophe Dias et Emmanuelle Rausch de l’AFD

L’Agence française de développement (AFD) a récemment initié une campagne axée sur le sport, mettant en avant son rôle crucial en matière de développement durable et sa capacité à mobiliser la jeunesse, en particulier en Afrique. Financial Afrik en parle avec Christophe Dias, chargé de mission Sport et Développement et Emmanuelle Rausch, responsable de la…

L’Agence française de développement (AFD) a récemment initié une campagne axée sur le sport, mettant en avant son rôle crucial en matière de développement durable et sa capacité à mobiliser la jeunesse, en particulier en Afrique. Financial Afrik en parle avec Christophe Dias, chargé de mission Sport et Développement et Emmanuelle Rausch, responsable de la communication pour la Division Lien Social au sein de l’AFD.


Propos recueillis par Amadjiguéne Ndoye


Tout d’abord, pouvez-vous revenir sur les raisons qui ont amené l’AFD à mettre en place ce programme ?

Christophe Dias: Il y a deux raisons principales. La première est que le sport peut être un accélérateur pour atteindre des objectifs de développement durable notamment en matière d’éducation, de santé et de cohésion sociale, de réduction des inégalités, de paix. De manière générale, le sport contribue à l’atteinte des objectifs de développement durable (ODD) qui ont été fixés par les Nations Unies et qui correspondent à notre mandat d’intervention à l’AFD. La seconde raison et qui est essentielle sur le continent africain, est que l’Afrique est marquée par sa jeunesse, 60% de la population à moins de 25 ans et on sait que cette jeunesse est confrontée à de nombreux défis qui vont de l’éducation à l’insertion dans le marché du travail. Le sport rassemble, fédère, unis et c’est pour ça qu’on souhaite s’appuyer sur un sujet aussi porteur qu’est le sport pour travailler sur le continent.

L’AFD a développé sa stratégie sport et développement qui porte ses ambitions de faire du sport un accélérateur de développement durable et aujourd’hui on a un portefeuille qui s’élève à 200 millions d’euros de projets de développement par le sport. C’est à peu près 200 projets sur l’ensemble du continent qui ont été soutenus, des projets à la fois portés par les États mais aussi par des acteurs associatifs, des ONG qui ont la même vision que le sport peut être un puissant levier de développement et en grand pouvoir de mobilisation sur la jeunesse.

Et pourquoi le sport ?

Christophe Dias: Le sport a toujours été un levier, un puissant outil pour mobiliser et parler à la jeunesse. C’est notamment un mandat que nous a confié le président Macron afin de mettre le sport au service du développement économique et social du continent africain et avec une attention particulière portée sur la jeunesse. Mais en réalité le sport a toujours été un levier intéressant pour travailler sur la jeunesse et aujourd’hui on a des acteurs associatifs qui travaillent depuis plus de 30 ans pour le sport. C’est pourquoi à l’AFD on s’appuie sur l’expérience et l’expertise de nombreux acteurs pour travailler sur ce sujet, l’idée selon laquelle le sport peut vraiment contribuer à ce développement-là surtout sur le continent africain.

Il y a eu un grand travail de communication qui a été fait sur la question. Quels en sont les enjeux ?

Christophe Dias: Aujourd’hui, on estime que c’est environ 10 millions de personnes, en particulier des jeunes, qui ont été impactés par nos financements autour du sport. Donc ça permet  de voir comment le sport peut être un formidable outil pour encourager la cohésion, le lien social, l’égalité etc. Cette campagne de communication intervient dans un moment intéressant dans un contexte sportif très dense avec l’approche des jeux olympiques de Paris 2024 et c’était l’occasion pour nous de valoriser des histoires inspirantes de développement par le sport et montrer comment très concrètement le sport peut être un levier, un terrain d’expression d’émancipation,  entrepreneuriat, d’engagement.

Emmanuelle Rausch: Nous avons voulu au travers de cette campagne de communication donner de la voie aux jeunes bénéficiaires et du coup de valoriser des projets sur lesquels on travaille depuis quelques années et dont les impacts sont très parlants. On en a choisi 24 avec comme cible principale la jeunesse africaine. Nous avons également lancé un challenge TikTok et c’était une grande première pour l’AFD de travailler avec 4 influenceurs et essayer justement de toucher un public encore plus large et jeune. L’idée c’était de réaliser une vidéo montrant en quoi le sport impact vraiment sur la vie de l’individu. On a eu des réponses enthousiasmantes et une visibilité assez large, donc on est assez content de ça. Nous continuons à travers cette campagne de développer d’autres outils de communication, par exemple nous sommes en train de travailler sur une exposition pour valoriser les visuels qu’on a mis en place pour la campagne. Je profite évidemment des jeux olympiques Paris 2024 qui sont un peu notre prétexte pour sensibiliser sur la thématique sport et développement pour  pouvoir en parler, à Paris notamment, mais également au sein de nos agences qui sont un peu partout dans le monde et essentiellement en Afrique.

Quels sont les différents axes de ce programme ?

Christophe Dias: L’AFD a une stratégie qui a été adoptée dans le secteur du sport avec deux axes d’intervention principaux. Le premier c’est le financement d’infrastructures sportives de proximité dans une logique de promotion du sport pour toutes et tous afin réduire les inégalités d’accès à la pratique sportive entre les filles et les garçons sur le continent africain. J’insiste aussi sur une infrastructure sportive de proximité dans le sens où notre mission n’est pas d’investir dans de grandes infrastructures, de grands stades qui pourront accueillir des grandes compétitions comme la CAN, etc, mais plutôt d’investir dans des équipements sportifs de proximité dans les quartiers urbains, dans les établissements Scolaire, dans ces lieux de vie finalement où la jeunesse peut pratiquer le sport. On veille évidemment à ce que ses infrastructures soient inclusives et durables et on est très attentif à la manière dont ces infrastructures sont gérées, maintenues et animées justement pour garantir ces objectifs-là. Le deuxième axe stratégique d’intervention c’est pour soutenir la professionnalisation du secteur sportif et donc là on travaille beaucoup sur des actions de formation et de renforcement de capacité dans le but de professionnaliser le secteur du sport. Ceci fait que nous avons deux 2 grands axes, à savoir infrastructures sportives de proximité et formation.

Qui sont vos interlocuteurs sur le continent pour porter ce plaidoyer ?

Christophe Dias: Nous avons à l’AFD cette capacité à travailler avec une diversité d’acteurs. Nos partenaires principaux sont les États avec qui nous travaillons beaucoup. Au Sénégal par exemple, nous avons financé à travers un prêt de 60 millions d’euros l’Etat pour soutenir le pays dans l’organisation des Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar en 2026. Là, le projet porte essentiellement sur la réhabilitation d’infrastructures sportives mais aussi sur l’héritage des Jeux olympiques de la jeunesse. Qu’est-ce que vont laisser ces jeux à la population sénégalaise, à la société sénégalaise de manière générale. On a également la capacité de travailler avec des organisations sportives internationales. Par exemple, sur le continent africain on travaille avec la FIFA, la NBA, le comité international olympique également. Ce sont de grands partenaires sportifs qui co-financent avec nous des initiatives de développement par le sport. Il y a également la société civile, donc aujourd’hui on a soutenu un peu plus de de 120 associations qui travaillent sur le continent africain dans des projets de sport pour le développement.

L’Afrique fait face à un manque d’infrastructures sportives. Est-ce un frein à l’atteinte de vos objectifs ?

Christophe Dias: De manière générale dans l’ensemble de nos territoires d’intervention y a un déficit d’infrastructures sportives. C’est un secteur qui est un peu le parent pauvre des politiques publiques. Il n’y a pas un investissement conséquent dans ce secteur pour pouvoir vraiment libérer le potentiel du sport et nous en sommes convaincus. C’est pour cette raison que l’on essaie de combler ce gap.  Il y a deux principaux freins pour la mise en œuvre des projets.  Le premier est relatif au manque de financement dans le secteur du sport, qui on peut le dire n’est pas en général la priorité des politiques publiques. On parle d’abord d’éducation, de santé, d’aménagement des villes, d’accès à l’eau et à l’électricité. C’est ce qui fait que le sport arrive au second plan et explique ce déficit de financement. La deuxième difficulté c’est un manque de formation. On a pu à travers différents retours de terrain entendre des témoignages et des besoins qui ont été exprimés par nos partenaires et il manque de formation pour travailler par le sport pour encadrer les jeunes par le sport et donc c’est aussi pour ça qu’on a souhaité en faire un axe stratégique d’intervention.  Le dernier axe et c’est aussi le but de la campagne de communication qui est de faire un plaidoyer pour montrer que le sport dépasse le spectacle, c’est un sujet qui concerne la vie de millions de personnes.

Travaillez-vous avec d’autres partenaires financiers sur ce projet ?

Christophe Dias: L’AFD est une banque publique de développement. Donc nous sommes les investisseurs, c’est nous qui investissons dans des projets qui sont portés par les États, la société civile. Nous sommes la banque de financements qui investit dans les projets et l’idée c’est que soyons pas seuls à financer ce type de projet. C’est pour cette raison qu’on a des partenariats avec la FIFA, la NBA, Paris 2024 etc, et d’idée est de générer des élèves des effets de levier pour qu’ils puissent co-investir avec nous dans ces projets. Ce sont donc des partenariats avec des grandes organisations sportives internationales mais aussi d’autres banques publiques de développement comme la Banque africaine de développement (BAD), la Banque africaine de développement et la Banque ouest-africaine de développement (BOAD), avec l’Allemagne et le Japon également. On a un objectif de mobilisation financière des partenaires à la fois dans le monde du sport mais aussi dans le monde de la finance du développement.

Comment jugez-vous l’engagement des acteurs du secteur sur le continent ?

Emmanuelle Rausch: Il y a eu une réponse très enthousiasmante notamment au niveau des porteurs de projets qui nous ont énormément aidés à obtenir ne serait-ce que des droits d’utilisation à l’image qui sont des droits très compliqués à obtenir. Ceci prouve que cela avait du sens en fait de porter cette campagne donc nous on a été vraiment aidé par nos partenaires et après aussi on a eu des soutiens d’athlètes comme le disait Christophe. Tous nos athlètes engagés ont énormément participé à la campagne de communication et il y a eu vraiment des messages positifs autour de ça. Il y a un gros travail de sensibilisation à faire envers le grand public autour de l’impact du sport même si beaucoup en sont déjà convaincus.

Votre dernier mot pour conclure cette interview.

Christophe Dias: Nous aurons très prochainement les jeux olympiques de Paris 2024, on a également une prochaine échéance intéressante qui concerne le continent africain avec les Jeux Olympiques de la Jeunesse Dakar 2026 . Nous sommes vraiment sur un agenda sportif très dense et porteur et nous espérons davantage sensibiliser, investir dans des projets et mobiliser davantage de gouvernements et  d’acteurs associatifs dans la prise en compte du sport comme un levier de développement durable. Nous nous appuyons sur ces événements sportifs là comme des accélérateurs dans l’objectif de pérenniser notre action et de faire en sorte que le sport soit vraiment considéré comme une valeur ajoutée au service des politiques publiques pour la jeunesse.  Et voilà on a commencé il y a 5 ans on espère que dans 10 ans on aura dix fois plus d’investissement dans le dans le sport par rapport à aujourd’hui.

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