Première rencontre entre Bassirou Diomaye Faye et Emmanuel Macron
Par Christine Holzbauer, à Paris.
L’ouverture jeudi 20 juin du Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales est l’occasion pour Emmanuel Macron de s’entretenir avec des chefs d’Etat et de gouvernements africains présents à Paris. Parmi eux, le président sénégalais, Bassirou Diomaye Faye, dont c’est la première visite en France, est reçu à déjeuner à l’Elysée. Au préalable, le Président français aura échangé avec ses homologies ghanéen, Nana Akufi, Addo, bostwanais, Mokgweetsi Masisi ainsi qu’avec le Président de la Commission de l’Union africaine, Moussa Faki Mahamat, qui coorganise ce sommet sur les vaccins.
Selon le conseiller de l’Elysée pour l’Afrique, Jérémie Robert, le contexte électoral en France n’affectera « en rien » le déjeuner qu’Emmanuel Macron offre à son jeune homologue sénégalais. Le 16 mai dernier, on avait vu le Premier ministre sénégalais, Ousmane Sonko,s’afficher avec Jean-Luc Mélenchon, lors de la visite au Sénégal du président de la France Insoumise (LFI). Côté français, cette première rencontre entre les deux présidents depuis l’élection de Bassirou Diomaye Faye le 25 mars dernier s’inscrit dans la nouvelle dynamique voulue par Paris après l’alternance démocratique au Sénégal. « Ils avaient convenu de se voir à la première occasion. Donc, la première occasion arrive et ce sera un entretien important pour s’assurer que notre partenariat correspond bien aux priorités du nouveau président et du nouveau gouvernement et que le partenariat très fort de la France et du Sénégal s’inscrive dans cette dynamique », précise-t-on de sources élyséennes.
Prévue en marge du Forum mondial pour la souveraineté et l’innovation vaccinales qui s’ouvre ce 20 juin à Paris, dans le cadre de la semaine mondiale de la vaccination à l’invitation de l’Alliance du vaccin (GAVI) et de l’Union africaine (UA), la série d’entretiens entre Emmanuel Macron et ses homologues africains prend des allures de mini-sommet de crise. Après l’ouverture du Forum, le président français s’entretiendra avec le président du Ghana (Nana Akufo-Addo), du Bostwana (Mokgweetsi Masisi), du Rwanda (Paul Kagamé) ainsi qu’avec Moussa Faki Mahamat, le Président de la Commission de l’Union africaine. Mais c’est sa rencontre avec le président sénégalais, dont c’est le premier voyage en dehors de l’Afrique, qui est la plus attendue compte tenu de l’ancienneté des relations entre les deux pays.
Eviter la rupture
La virulence de certains propos à l’encontre de la France, lors de la campagne des présidentielles au Sénégal et plus récemment les critiques en ce qui concerne le soutien de Paris à l’ancien président Macky Sall, avait fait craindre la rupture. Des craintes qui se sont vite apaisées. « On a entamé une revue de portefeuille pour nous assurer que nos interventions au Sénégal dans les différents domaines, en particulier de l’aide au développement, correspondent bien aux priorités du gouvernement sénégalais », explique Jérémie Robert. Même si l’Elysée ne s’attend pas à de grandes annonces, les nombreux entretiens menés en amont par l’ambassadrice de France à Dakar depuis 2023, Christine Fages, montre la détermination de Paris à parvenir à impulser une nouvelle dynamique dans son partenariat avec le Sénégal. A un moment où ce pays vient d’annoncer son entrée dans le club très fermé des producteurs de pétrole et de gaz.
Pour le conseiller Afrique de l’Elysée, il ne doit pas y avoir de sujets tabous dans la relation entre la France et le Sénégal, y compris sur la question des visas. « Les questions de la migration, de la mobilité seront abordées. La question des visas est aussi une question importante et je vous renvoie à ce qui a été fait par le Président Macron, qui avait mandaté Paul Hermelin. Ce dernier lui a remis (en avril 2023) un rapport pour faciliter à la fois l’attractivité de la France, mais aussi que les mécanismes de visa soient plus solides et mieux établis » a-t-il répondu à une question de Financial Afrik. Si la facilitation des visas pour des chercheurs sénégalais est encouragée car «bénéfique pour la relation bilatérale », l’Elysée persiste et signe en ce qui concerne l’externalisation de l’accueil pour déposer une demande de visa, arguant qu’il s’agit d’un mouvement général en Afrique. « C’est-à-dire qu’on n’a plus de rendez-vous de visa dans les consulats de France ou les consulats européens, parce que la plupart des pays européens font la même chose. On est reçus dans des centres externalisés où l’accueil est en général très bon et ça se passe très bien. »
Crise des Grands Lacs
Avec le président de la commission de l’Union africaine, Emmanuel Macron fera le point sur l’agenda de la souveraineté sanitaire en Afrique ainsi qu’un tour d’horizon des crises qui secouent encore le continent, notamment au Soudan dans a région des Grands Lac.« ll n’y a pas de double standard dans l’implication de la France ou dans l’implication de la communauté internationale. La crise au Soudan et la crise dans l’est de la RDC sont au cœur de nos priorités, au même titre que d’autres crises internationales. Vous vous rappelez de la conférence que la France a hébergée sur le Soudan le 15 avril et puis il y a beaucoup d’efforts du Président de la République sur le dossier des Grands Lacs », a martelé Jérémie Robert.
Si la priorité de la France est de continuer à appuyer lesefforts régionaux, ceux des organisations régionales et de l’Union africaine dans la résolution de ces crises, elle entend aussi continuer à faire pression sur Paul Kagamedans la continuité des échanges téléphoniques des derniers mois. Avec son homologue rwandais, Emmanuel Macron passera en revue les différents aspects de la relation bilatérale, ainsi que la crise dans l’est de la RDC « qui a atteint un niveau de gravité très important et le plus haut depuis des années », précise-t-on de sources élyséennes. Profitant de sa présence à Paris, il devrait réaffirmer la position de la France sur cette crise, comme il l’avait fait lors de la visite du président Tshisekedi en avril dernier, ainsi que le soutien de la France aux efforts de l’Angola qui est le médiateur régional entre le Rwanda et la RDC,
Quant à son entretien avec le président Masisi, une première entre la France et le Botswana, il participe de la volonté d’Emmanuel Macron de diversifier les relations de la France en Afrique « dans la continuité de tout ce qui a été fait depuis 2017 », commente Jérémie Robert. Le conseiller Afrique de l’Elysée cite les partenariats « très forts » dans plusieurs domaines qui se sont noués avec des pays de l’Afrique anglophone, comme le Nigéria ou le Kenya, de l’Afrique lusophone comme l’Angola, mais aussi une volonté de continuer en allant vers des pays avec lesquels les liens de la France existent déjà, mais peuvent être renforcés. C’est le cas du Botswana avec lequel il existe des partenariats économiques ou de sécurité et de défense qui ne demandent qu’à être développés.




