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Pipeline Niger-Bénin : trois citoyens nigériens condamnés à 18 mois de prison à Cotonou

Pendant que l’exploitation du pétrole via le pipeline est suspendue en raison des tensions diplomatiques entre les deux pays, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme du Bénin (CRIET) a ouvert, ce lundi 17 juin, le procès de trois Nigériens placés en détention provisoire après leur arrestation sur le terminal du pipeline.…

L'oléoduc entre Niger et Bénin, long de près de 2000 km, lors de sa construction en octobre 2022. © DR

Pendant que l’exploitation du pétrole via le pipeline est suspendue en raison des tensions diplomatiques entre les deux pays, la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme du Bénin (CRIET) a ouvert, ce lundi 17 juin, le procès de trois Nigériens placés en détention provisoire après leur arrestation sur le terminal du pipeline. Ils ont été condamnés à 18 mois de prison assortis de sursis. Les détails.

C’est un nouvel épisode qui vient se greffer au dossier du pipeline Niger-Bénin qui tient les deux pays en haleine. A l’origine, cinq ressortissants nigériens ont été interpellés le 5 juin 2024 dans la soirée à Sèmè-Kpodji, sur le site du terminal portuaire béninois du pipeline par lequel transite le pétrole nigérien. Dans une déclaration faite le lendemain, le procureur Elonm Mario Metonou déclare, d’après « des informations de sources dignes de foi », qu’il s’agit des « personnes [qui] se sont frauduleusement introduites sur le site de la station terminale de Wapco Bénin ».

Il sied de signaler que la West African Oil Pipeline Company (Wapco), l’opérateur chinois du pipeline de la discorde, dispose d’une entité côté nigérien, ainsi qu’une autre côté béninois. Wapco Niger et Bénin sont des filiales de la China National Petroleum Corporation (CNPC) – la société nationale du pétrole de Chine.

« Au lieu d’emprunter l’entrée principale et de s’enregistrer à la guérite, ces personnes ont préféré utiliser une entrée dérobée située à l’arrière du site. Dans cette manœuvre, elles ont bénéficié de la complicité de l’administrateur général de Wapco Bénin qui a pourtant reçu deux jours plus tôt la lettre du ministre de l’Énergie, de l’Eau et des Mines à travers laquelle l’État béninois a exprimé de vives préoccupations sécuritaires. Pour justifier cette entrée frauduleuse sur le site, les intéressés ont indiqué être tous des employés de Wapco Niger dont ils arborent les badges et précisé, qu’en cette qualité, ils n’avaient pas l’obligation de s’enregistrer à la guérite. Une telle justification est inopérante en raison de la sensibilité du site », avait expliqué le procureur.

A l’étape actuelle, a poursuivi Elonm Mario Metonou le 6 juin face à la presse, l’enquête a formellement établi qu’au moins deux parmi ces personnes sont des agents nigériens au service du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), l’instance en charge de la transition au Niger dirigée par le général Tiani. « II se sont fait confectionner pour la circonstance de faux badges d’employés de Wapco Niger ».

Ultimatum

Dans la foulée, les ministres nigériens de la Justice et du Pétrole ont dénoncé cette interpellation, en conférence de presse, et donné un ultimatum au Bénin pour libérer les cinq personnes, tout en menaçant de fermer les vannes de l’oléoduc à son point de départ à Koulélé, dans le nord ouest du pays. D’après Niamey, parmi les personnes arrêtées figurent la directrice générale adjointe de Wapco, sans donner de précision sur l’identité des quatre autres personnes.

Le 8 juin 2024, les autorités militaires du Niger ont à nouveau réagi sur le dossier, parlant d’un kidnapping et d’une prise d’otage. Il s’agissait, selon le CNSP, d’une mission officielle et conforme de surveillance du chargement du pétrole nigérien.

Après une semaine de garde à vue, les cinq ressortissants nigériens ont été présentés, le 13 juin, au Procureur spécial de la Cour à Cotonou. Ce dernier a pris la décision de placer sous mandat de dépôt la directrice générale adjointe de Wapco Niger et deux de ses compatriotes qui sont tous présentés comme des inspecteurs pétroliers. Ils étaient, jusque-là, poursuivis pour « fausse attestation » et « usage de fausse attestation », alors que les deux autres sont relâchés.

Verdict

Ainsi, dans ses réquisitions lors du procès ce lundi 17 juin, le ministère public les accuse d’être tombés sous le coup de l’article 319 du code pénal. Il a demandé à la Cour de requalifier les faits de « fausses attestations et usage de fausses attestations » en « complicité de fausses attestations et usage de fausses attestations » contre la directrice générale adjointe de Wapco Niger. Mais pour les deux autres prévenus, il a maintenu les faits de « fausses attestations et usage de fausses attestations ».

Dans son verdict, le juge a suivi les réquisitions du ministère public en condamnant les 3 prévenus à 18 mois de prison avec sursis, après requalification des faits.

Au commencement était un coup d’Etat

La crise entre les deux voisins ouest-africains remonte à fin juillet 2023, lorsque des militaires ont renversé le président Bazoum. Dans la foulée, la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest a pris une série de mesures contre les nouvelles autorités de Niamey – dont la fermeture des frontières – appliquées à la lettre par Cotonou.

Fin février dernier, lorsque l’organisation a annoncé la levée de ces sanctions, les autorités béninoises ont rouvert la frontière avec leur voisin du nord qui, pour sa part, avançant des arguments sécuritaires, a toujours maintenu ses frontières fermées.

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