Alors que les familles des nouvelles autorités nigériennes continuent de mener une vie paisible à l’étranger, certaines ayant quitté le pays clandestinement au lendemain du coup d’Etat, les Nigériens subissent une double peine : une crise économique et humanitaire amplifiée par le maintien de la fermeture des frontières avec le Bénin.
À Gaya, la colère gronde. La semaine dernière, des centaines de Nigériens sont sortis pour exhorter les gouvernements du Bénin et du Niger à reprendre les pourparlers pour apaiser les tensions qui ont conduit à la fermeture des frontières, un axe vital pour l’économie du Niger. Et pour cause. Face à l’intransigeance du général Abdourahamane Tiani, qui refuse de céder malgré les appels au dialogue de la part des autorités béninoises, le Bénin a répliqué en fermant le passage fluvial sur le fleuve Niger, coupant ainsi le dernier lien commercial direct entre les deux nations. Cette voie fluviale servait encore de façon informelle au pays sahel qui dépend de son voisin du sud pour son port, à faire acheminer certaines marchandises moins lourdes clandestinement.
Le blocus a des répercussions sévères : l’inflation, déjà élevée autour de 12%, devrait encore grimper, en raison de la hausse des coûts de transport alternatifs via des ports comme celui de Lomé.
L’élite en exil, le peuple en péril
Dans cette tourmente, les élites nigériennes semblent naviguer à contre-courant de la crise, laissant derrière elles une population qui lutte au quotidien contre la hausse vertigineuse des prix et la pénurie de produits de base. Le riz, aliment de base, a vu son prix doubler, exacerbant la précarité alimentaire des ménages les plus vulnérables. Un coup dur pour les foyers déjà en difficulté. Pire, ces restrictions commerciales perturbent non seulement les flux de marchandises, mais provoquent aussi des ruptures de stock médicamenteuses et des coupures d’électricité prolongées.
“Le maintien de la fermeture de la frontière avec le Bénin, principal conduit pour les denrées essentielles et le commerce met en péril la sécurité alimentaire de millions de Nigériens”, confie un économiste nigérien, ajoutant que dans le contexte du Niger, “inflation et insécurité alimentaire mêlées, c’est un cocktail explosif”.
Au Niger, plus de 2,3 millions de personnes sont actuellement en insécurité alimentaire aiguë sévère, selon les Nations-unies alors que selon le Plan national de réponse à l’insécurité alimentaire et nutritionnelle de mars 2023, environ 4,3 millions de personnes, soit 17 % de la population nigérienne, avaient besoin d’une assistance humanitaire sur l’année 2023. “Ces chiffres pourraient s’aggraver”, s’inquiète notre économiste.
“Le décalage est flagrant entre les dirigeants, souvent à l’abri des difficultés quotidiennes, et la population qui subit directement les conséquences de leurs décisions. Cette fracture sociale est d’autant plus marquée que les figures du pouvoir semblent déconnectées des réalités vécues par leurs citoyens”,s’alarme un acteur de la société civile nigérienne.
“Le Niger se trouve à un carrefour critique. Entre les appels internationaux à la stabilité et les actions internes qui semblent mener le pays vers plus d’isolement, le futur s’annonce incertain. Alors que notre pays pourrait aspirer à une période de reconstruction et de prospérité, les choix politiques actuels risquent de l’entraîner vers une impasse prolongée, aux conséquences potentiellement dévastatrices pour la région,” fustige un proche de l’ancien régime déchu.
Ironie du sort, nombre de ceux qui encouragent le président Tiani à persister dans sa politique de fermeture des frontières sont eux-mêmes installés à l’étranger, notamment en France ou dans d’autres pays, loin des réalités du terrain.
“Cette dichotomie entre les élites expatriées et une population souffrante sur place montre la profondeur du fossé qui sépare les dirigeants nigériens de leurs concitoyens”, tance un syndicaliste qui a requis l’anonymat.




