Lundi 2 novembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

Afrique du Sud:  John Steenhuisen, chef de file d’une OPA rampante sur le pouvoir de  l’ANC 

Par Rodrigue Fénelon Massala, grand reporter. Le parti de Mandela perd la majorité. La fin des «30 glorieuses». Pour la première fois depuis la fin de l’apartheid il y a 30 ans, le Congrès national africain (ANC) a perdu sa majorité absolue au Parlement lors d’élections historiques, mercredi 29 mai 2024, inaugurant un nouveau paysage…

Par Rodrigue Fénelon Massala, grand reporter.

Le parti de Mandela perd la majorité. La fin des «30 glorieuses».

Pour la première fois depuis la fin de l’apartheid il y a 30 ans, le Congrès national africain (ANC) a perdu sa majorité absolue au Parlement lors d’élections historiques, mercredi 29 mai 2024, inaugurant un nouveau paysage politique en Afrique du Sud.
L’ANC n’a recueilli que 40,2 % des votes, suivi par la Democratic Alliance (DA), majoritairement blanche, avec 21,7 %, le parti de l’ancien président Jacob Zuma, uMkhonto we Sizwe (MK) avec 14,7 %, le parti de gauche Economic Freedom Fighters (EFF) de Julius Malema avec 9,5 %, et le parti Inkatha Freedom Party (IFP) avec 3,9 % des voix. L’ANC, autrefois symbole de la résistance contre l’apartheid raciste sous Nelson Mandela, paie aujourd’hui le prix de scandales incessants, de corruption, d’une gestion désastreuse de l’énergie, de disparités socio-économiques criantes et de conflits internes. Ces conflits ont débuté entre Thabo Mbeki et Jacob Zuma, puis entre Zuma et Julius Malema. L’actuel président Cyril Ramaphosa n’a pas réussi à réconcilier ces factions. Pour gouverner, l’ANC doit désormais envisager une alliance avec l’un des partis de l’opposition, la DA ou le MK.

Le parti EFF de Julius Malema demeure ambivalent, certains de ses dirigeants, anciens membres de l’ANC, conditionnant leur soutien au départ de Cyril Ramaphosa. Un sentiment partagé par le MK qui considère la démission du président sortant comme une condition préalable à toute négociation. La rivalité intense entre Jacob Zuma, qui a démissionné en 2018 suite à des allégations de corruption, et son successeur n’est pas encore apaisée. Contrairement aux dissidents de l’ANC, John Steenhuisen, leader de la DA, a affirmé que son parti centriste était ouvert à des discussions.

John Steenhuisen, en position de faiseur de roi. Seulement ?

Politicien de carrière, John Steenhuisen, 48 ans, appelle à former une coalition autour de son parti. À la tête de l’Alliance démocratique (DA) depuis 2020, cet originaire de Durban est devenu, à 22 ans, l’un des plus jeunes conseillers municipaux de la capitale du pays zoulou. Cependant, son image est entachée par des accusations régulières de propos inappropriés, méprisants ou racistes, bien que certains le considèrent comme un leader libéral combattant les dérives verbales de l’ANC et en opposition frontale avec Julius Malema, contre qui il avait engagé une procédure civile en 2023 suite à un chant controversé de l’époque de la lutte contre l’apartheid intitulé «Tuez le Boer».

Si Steenhuisen veut transcender son rôle de faiseur de rois, il doit clarifier sa position face aux accusations de racisme et ses projets de réformes économiques. En janvier 2024, il avait qualifié les gardiens de sécurité, majoritairement noirs, d’« ivrognes en uniforme ». Que fait [le premier ministre du Gauteng] Panyaza Lesufi ? « Il utilise vos impôts pour acheter des uniformes mal ajustés chez Pep Stores pour des agents non qualifiés, prétendant qu’ils sont des gardiens du crime. Quel genre de personne donne une arme à un ivrogne et le laisse patrouiller dans nos communautés ? » avait-il déclaré.
Le président Cyril Ramaphosa avait condamné ces propos comme « racistes, humiliants, dégradants et méprisants ». Steenhuisen avait refusé de s’excuser. Son parcours montre une détermination à promouvoir une Afrique du Sud plus libérale. « J’ai décidé de m’engager en politique à cause de mes frustrations face au statu quo régnant et en voyant l’immense potentiel de notre pays laissé en des mains incompétentes», déclarait-il dans une interview en 2020. Élu chef de l’Alliance Démocratique lors du Congrès Fédéral de la DA en avril 2023, John Steenhuisen place l’accent sur le redressement économique. Depuis son entrée à l’Assemblée nationale en juillet 2011, il considère Julius Malema comme un « ennemi public numéro un », avec lequel toute alliance est exclue.

Plutôt cash que conciliant, le chef du DA a le sens de la formule. Interrogé par le Mail & Guardian sur la possibilité d’un président blanc en Afrique du Sud, il avait répliqué : « L’Amérique était-elle prête pour Barack Obama ? Le Royaume-Uni était-il prêt pour Rishi Sunak ? Ils viennent tous deux de groupes minoritaires dans leur pays et je pense qu’ils ont tous deux été remarquables. »

Avec plus de 50 partis en lice, et la plupart récoltant une très petite part des voix, la DA et le MK se profilent comme les partenaires les plus probables pour l’ANC, étant donné la majorité nécessaire au Parlement. Le Parlement doit se réunir et élire un président dans les 14 jours suivant l’annonce officielle des résultats finaux, anticipant ainsi des négociations complexes.

Pendant ce temps, les voisins s’agitent

Les élections sud-africaines sont suivies avec intérêt dans la région. Selon des sources fiables, des personnalités éminentes de l’Afrique australe travaillent orapprocher Ramaphosa et les dissidents de l’ANC en vue de former une coalition gouvernementale pour préserver l’héritage de la lutte et en mémoire de figures telles que Nelson Mandela, Walter Sisulu, Oliver Tambo et Albert Lutuli. Un activisme diplomatique intense est en cours, de Maputo à Harare, en passant par Brazzaville, Windhoek et Dar es Salaam, en quête d’un consensus. Une posture passéiste ?
En tous les cas, le changement semble inévitable dans la gouvernance de l’Afrique du Sud, première économie du continent en 2024. L’émergence d’une nouvelle dynamique politique pourrait redéfinir les alliances et les stratégies de pouvoir au sein de la nation.

Financial Afrik Premium