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Le méga deal Taqa -Naturgy ravive la  brouille entre l’Algérie et les Emirats Arabes Unis

Le méga deal entre Taqa et Naturgy ravive les tensions entre l’Algérie et les Émirats Arabes Unis. Alger pourrait suspendre ses livraisons de gaz à l’espagnol Naturgy si celui-ci devait céder 42% de ses actions au groupe émirati Taqa. Ce deal estimé à 10 milliards d’euros revêt des dimensions géopolitiques allant de la Méditerranée au…

Le méga deal entre Taqa et Naturgy ravive les tensions entre l’Algérie et les Émirats Arabes Unis. Alger pourrait suspendre ses livraisons de gaz à l’espagnol Naturgy si celui-ci devait céder 42% de ses actions au groupe émirati Taqa. Ce deal estimé à 10 milliards d’euros revêt des dimensions géopolitiques allant de la Méditerranée au Sahel en passant par le Maroc. Sous la houlette de son CEO, Jasim Husain Thabet, Taqa devra obtenir l’approbation du gouvernement espagnol, qui observe un silence prudent face à son premier fournisseur de gaz, assurant ses approvisionnements avec la condition que le gaz algérien ne soit pas revendu au Maroc.

Pour rappel, Naturgy détient une participation de 49% dans le gazoduc Medgaz reliant l’Algérie à l’Espagne, en plus de contrats avec le groupe Sonatrach, principal fournisseur de gaz à l’Espagne via ce gazoduc. Un porte-parole de Naturgy a déclaré à Reuters que la société avait signé des contrats d’approvisionnement « take or pay » avec l’Algérie jusqu’en 2032. De son côté, Taqa a confirmé être en pourparlers avec les sociétés de capital-investissement CVC et GIP, ainsi qu’avec le principal actionnaire de Naturgy, Criteria, concernant un éventuel accord de partenariat.

Les négociations portent précisément sur la cession des parts de Criteria, qui possède 26,7% de Naturgy, ainsi que de trois fonds d’investissement étrangers, notamment le fonds mondial de capital-investissement (CVC) qui détient 20,7%, le fonds d’investissement Global Infrastructure Partners (GIP) avec 20,6%, et le fonds d’investissement australien IFM Global Infrastructure avec 15%.

L’Espagne, qui dépend de l’Algérie pour 30% de ses approvisionnements en gaz acheminés par gazoduc, peut-elle s’engager avec les Émiratis sans conséquences alors qu’Abu Dhabi et Alger se livrent une guerre froide ? Les discussions en cours pourraient éventuellement mener à une offre publique d’achat totale du groupe énergétique espagnol, dont Sonatrach détient 4,1% des parts.

Pour rappel, Naturgy possède également 49% du gazoduc Medgaz, long de 210 km et reliant l’Espagne à l’Algérie, son principal fournisseur de gaz. Sonatrach est actionnaire majoritaire du gazoduc avec 51% des parts depuis mai 2020, suite à l’acquisition des parts de l’autre entreprise espagnole, Cepsa. En 2022, le gazoduc a dégagé un bénéfice de 135 millions d’euros.

Aux origines de la brouille :

Les tensions entre les Émirats Arabes Unis et l’Algérie ont pris une tournure irréversible avec les déclarations du président AbdelmadTebboune, le 30 mars 2024, pointant du doigt « un pays arabe » pour ses interférences dans les affaires stratégiques de l’Algérie, notamment au Mali, au Soudan et en Libye. Mais derrière cette confrontation frontale se cachent plusieurs affaires non résolues entre Alger et Abu Dhabi. L’Algérie reproche en particulier aux Émirats Arabes Unis de financer des campagnes de désinformation visant à « créer un climat de tension avec les pays du Sahel », ainsi que de fournir un logiciel espion au Maroc. Un autre dossier sensible concerne le gel de 300 millions de dollars, des fonds présumés appartenant au clan et à des personnalités proches de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika, à son frère Saïd Bouteflika et à d’autres membres influents de son régime. Durant le règne de Bouteflika, de nombreux investissements directs et indirects des EAU ont été célébrés à Alger. Cas notamment des 100 milliards de dinars du fonds d’investissement émirati EIIC mobilisés auprès des banques algériennes pour son projet Dounya Parc. Cas aussi de la deuxième licence de téléphonie accordée à Orascom (800 millions de dollars) via un intermédiaire émirati, vieille connaissance de l’ancien président. Autre transaction qui a suscité beaucoup d’intérêt à l’époque, la revente en 2007 par Orascom de la société Ciment Blanc d’Algérie Holding (CIBA) au géant français Lafarge quelques jours après son acquisition auprès de l’État algérien. Ces transactions sont détaillées dans le livre « Notre ami Bouteflika – de l’État rêvé à l’État scélérat », qui serait l’un des livres de chevet de l’actuel président algérien. Ces tensions politiques pourraient freiner le méga deal à moins d’une réconciliation inattendue privilégiant l’économie aux états d’âme.

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