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Hommage à Pierre Claver Damiba, premier président de la BOAD 

Pierre Claver Damiba (ici à gauche, dans une photo prise en décembre 2020 aux côtés de Serge Ekué, président de la BOAD) est décédé le le 1er mai 2024 à l’âge de 87 ans. Il y a 49 ans, soit le 2 mai 1975, ce cadre du Burkina Faso, alors Haute-Volta, était porté à la…

Pierre Claver Damiba (ici à gauche, dans une photo prise en décembre 2020 aux côtés de Serge Ekué, président de la BOAD) est décédé le  le 1er mai 2024 à l’âge de 87 ans. Il y a 49 ans, soit le 2 mai 1975, ce cadre du Burkina Faso, alors Haute-Volta, était porté à la tête de la Banque Ouest Africaine de Développement (BOAd) par  le Conseil des Ministres de l’U.M.O.A., réuni à Dakar.

Premier président de la Banque Ouest africaine de développement (1976-1981),  le  nom de Pierre Claver Damiba, ancien ministre du plan et des travaux publics, est intimement associé à une institution qui a fêté son jubilé d’or en 2023 avec une capacité financière qu’elle n’avait pas dans ses premiers jours.

Aussi, le meilleur hommage à rendre à ce banquier du développement serait certainement de revenir sur son rôle joué dans le difficile acte de naissance de la BOAD.

Que de chemins parcourus par cette institution qui au départ ambitionnait d’être tout au plus un «fonds spécial» dédié à recycler les excédents d’exploitation de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) dans des projets de développement. Ou encore une sorte de fonds de compensation des emprunts extérieurs. Un mécanisme de bonification des taux d’intérêt.  La réflexion était engagée depuis 1969, année de la première dévaluation du Franc CFA.  

En 1970, le ministre ivoirien du Plan  appuya l’idée d’un fonds spécial réceptacle des «bénéfices exceptionnels» de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) qui, au lieu d’être reversés aux Trésors nationaux, serviraient à acheter des titres publics émis par les États donnant ainsi naissance à un marché financier régional. 

La BCEAO étudia la question et présenta un rapport succinct à l’occasion de son conseil d’administration du 16 décembre 1970. La problématique étant aussi politique, le dossier fut renvoyé en conseil des chefs d’Etat. Ceux-ci préconisèrent la création d’une banque d’affaires susceptible notamment de dispenser des crédits à long terme et de prendre des participations dans les secteurs d’activités industrielles. L’autre mission de la future structure est de mettre en place des mécanismes de soutien des marchés financiers.  Ainsi, le 31 mars 1971, le Conseil de l’UMOA approuva le principe de la création d’un Fonds spécial inter- Etats afin de favoriser le développement économique et de renforcer la solidarité des Etats membres. 

Une partie des bénéfices de la BCEAO est affectée à la structure destinataire d’un fonds d’affectation spéciale ouvert dans les livres de la banque.  La Direction générale de la BCEAO avait, par ailleurs, après la décision du 31 mars 1971, reçu mandat des Ministres des Finances de mener une étude technique sur les projets proposés pour déterminer la nature et les caractéristiques de l’institution.  A la même époque, le Professeur Tremblay, Directeur du Centre de Recherches en Développement Economique de I’Université de Montréal, était chargé par le Président de la République du Niger, d’examiner dans quelle mesure les insti- tutions de l’Union Monétaire Ouest Africaine pouvaient être davantage axées sur le développement économique des Etats membres.  Le rapport qu’il remettait au Président de la République estimait que ces institutions étaient concentrées de façon trop prioritaire sur la gestion proprement monétaire et le maintien des réserves extérieures, qu’il convenait de les infléchir vers la contribution à un effort de développement, et que la Banque centrale était la mieux placée pour arriver à concilier les demandes parfois contradictoires résultant de ce double souci.  

Au départ, une banque industrielle 

Le Professeur Tremblay concluait en proposant la création d’une «Banque d’expansion industrielle pour les Etats de I’Afrique de I’Ouest» qui fonctionnerait auprès de la Banque centrale et avec sa participation active pour lui permettre d’assurer la conciliation entre la gestion monétaire et le financement du développement.

La plupart des propositions recommandèrent la création d’une banque d’affaires, le développement du marché financier pouvant venir dans un deuxième temps. Restait alors à concilier les approches entre ceux qui préconisaient la création d’une banque industrielle et certains qui penchaient pour une banque destinée à corriger les disparités entre les pays de l’Union en orientant ses investissements vers les infrastructures et l’Agriculture. A la recherche du modèle économique, les concepteurs prirent contact avec la Banque Internationale pour la Reconstruction et le Développement et la Banque Européenne d’Investissement (BEI).  En juin 1972, parut une note de la BCEAO intitulée « Réflexions sur la Banque d’affaires de l’Union Monétaire». Le document est remis aux ministres des Finances à l’occasion d’un conseil tenu le 22 juin de la même année.   Par ailleurs. le Ministre des Finances de la Côte d’lvoire remettait au Président du Conseil de l’Union une note intitulée «avant-projet de la Banque d’affaires inter-Etats». 

Parallèlement, l’UMOA entame sa mue rendant possible la mise en place d’institutions de développement.  Un avant-projet d’un nouveau traité de I’Union monétaire, présenté à l’issue de cette période de réflexion au Comité des Ministres tenu à Ouagadougou du 14 au 16 mars 1973, prévoyait donc, à côté de la Banque centrale, rénovées et placées comme elle sous l’autorité du Conseil des Ministres de l’Union. des institutions communes de financement du développement à créer par décision du Conseil des Ministres. Le Président du Comité présentait également un projet d’accord créant une Banque Ouest Africaine de Développement et de statuts concernant la constitution et le fonctionnement de cet établissement.  

Au cours de cette séance de Ouagadougou, le Conseil des Ministres prit un certain nombre de positions fondamentales. ll décidait que les actions de développement seraient menées par un organisme distinct de la Banque centrale, mais qui serait étroitement lié à celle-ci.

Le conseil opta pour la création d’une « banque de développement » orientée vers le financement d’infrastructures ou d’opérations de longue durée et de faible rentabilité. Cette option l’emportait sur une  «banque d’affaires» consacrée à la promotion d’opérations de haute rentabilité, susceptibles d’être financées aux conditions normales du marché.  Amendés pour tenir compte de ces décisions, les projets présentés concernant l’Union monétaire, sa Banque centrale et sa Banque de développement, furent examinés successivement par les experts des Etats, les Ministres et les Chefs d’Etat, lors de réunions tenues à Abidjan, en avril 1973, en même temps que celle convoquée pour la mise au point et la signature du traité créant la Communauté Economique de I’Afrique de I’Ouest.     

La BOAD, une manière pour l’UMOA d’aller au delà de l’Union Monétaire.

Portée sur les fonds baptismaux le 10 avril 1973, l’institution concrétisait l’engagement des pays de l’UEMOA à mettre en place un mécanisme de financement des projets de développement. Une manière d’aller au delà de l’union monétaire.  L’acte de naissance de la BOAD figurait dans le projet de traité d’Union monétaire, avec son titre 7 intitulé  «des institutions communes du financement du développement ».

Le projet d’accord instituant une Banque Ouest Africaine de Développement et les projets de statuts élaborés pour celle-ci étaient présentés au Comité des Ministres, le 12 avril 1973.  Les textes retenus par les Ministres étaient soumis aux Chefs des Etats de l’Union. le 1 7 avril 1973.  Les Chefs d’Etat les adoptaient en ajoutant, toutefois, une disposition importante dans son principe comme dans ses implications futures éventuelles sur l’évolution de la banque, à savoir : la possibilité, pour des Etats non membres de I’Union Monétaire Ouest Africaine, de participer au capital et à l’administration de la Banque. Le Président de la République du Niger fut chargé de la dernière mise au point des textes et de conduire avec la République française la négociation destinée à réviser l’accord de coopération. Autre étape,  le 14 novembre 1973, avec la signature par les chefs d’Etat du nouveau traité constituant l’Union monétaire avec son annexe, les nouveaux statuts de la Banque centrale et l’accord constituant la Banque Ouest Africaine de Développement. 

L’acte de naissance  enfin 

L’acte de naissance intervient à Dakar, le 4 décembre 1973. Les Ministres des Finances de I’Union paraphaient les statuts de la B.O.A.D., tandis qu’ils signaient avec le Ministre des Finances de la République française le nouvel accord de coopération. En janvier 1974, la BCEAO publia un nouveau rapport préconisant de s’attacher des spécialistes de haut niveau pour la mise en œuvre de la BOAD. Fort  des idées exprimées des Etats, le Comité d’experts tint une première session commune de travaux du 8 au 1 1 avril 1974.  Examinées par la Banque centrale, et rapprochées à la fois des travaux natio- naux et de certaines données techniques, ces premières ébauches donnèrent lieu à de nouvelles études avec la Banque centrale du 1 3 au 18 mai 1 974. Tout cet ensemble de réflexions permit aux experts de mettre au point, les 7 et 8 juin, leurs propositions qui reçurent, le 1O juin, leurs formes définitives.  Les rapports furent remis au Comité des Ministres tenu le 24 septembre 1974 à la suite d’une réunion des experts nationaux les 23 et 24 septembre 1974. Le Comité des Ministres arrêta notamment la déclaration de politique générale pour la Banque Ouest Africaine de Développement et les propositions pour la mise en place de celle-ci.  au Comité des Ministres tenu le 24 septembre 1974 à la suite d’une réunion des experts nationaux les 23 et24 septembre 1974. Le Comité des Ministres arrêta notamment la déclaration de politique générale pour la Banque Ouest Africaine de Développement et les propositions pour la mise en place de celle-ci. 

Ces étapes franchies, il restait à prendre les dernières décisions de caractère politique et relevant des Chefs d’Etat, qui détermineraient la date d’entrée en vigueur de l’ensemble de la réforme et les conditions dans lesquelles les institutions de l’Union seraient appelées à fonctionner, notamment leurs sièges et la répartition de leurs postes de direction entre les Etats.  Ces décisions furent prises lors de la première conférence des Chefs d’Etat de l’Union tenue à Lomé. le 1 1 octobre 1974.  En ce qui concerne la Banque Ouest Africaine de Développement, les Chefs d’Etat en établissaient le siège à Lomé et en confiaient la première présidence à la République de Haute-Volta et la première vice-présidence à la République du Niger.  En exécution de ces décisions et sur proposition de la Haute-Volta, le Conseil des Ministres de l’U.M.O.A., réuni à Dakar le 2 mai 1975, nommait  Pierre Claver Damiba comme premier Président de la B.O.A.D.  Cet expert senior en macroéconomie, en politiques publiques, secteur financier, secteur privé et PME/PMI, devait mener la barque à bon port.

Par ailleurs, et conformément aux statuts de la B.O.A.D. et sur proposition du Niger, M. Harouna Bembello était nommé Vice-Président par le Comité de direction de la B.O.A.D. réuni, pour la première fois, le 12 janvier 1976 à Lomé.  Ce fut à cette même occasion que, par délégation du Président G. Eyadema, le Ministre togolais de l’Economie et des Finances, M. Edem Kodjo, installa officielle- ment la B.O.A.D., au cours d’une brève cérémonie, dans les locaux provisoires du siège.  Une des premières tâches du Président, dès sa prise de fonction à Lomé, était : de rechercher un bâtiment devant servir de siège provisoire à la Banque. Avec le concours des autorités togolaises, un bâtiment neuf à deux niveaux comprenant 18 bureaux a été retenu à cette fin en plein centre de la ville, Avenue du 24 Janvier, en juillet 1975. Les travaux d’aménagement commencés en août 1975, étaient achevés à la mi-décembre, époque à laquelle la première équipe de la B.O.A.D. a pu s’installer dans les bureaux provisoires du siège.  En attendant qu’ils soient terminés, le Président et la première équipe étaient installés dans la salle de réunion de l’Agence de la B.C.E.A.O. à Lomé.  Le 12 janvier 1976, le Ministre de l’Economie et des Finances du Togo, M. Edem Kodjo,a procédé, au nom du Président de la République togolaise, à l’installation officielle de la Banque en présence des membres du Comité de direction de I’institution qui se réunissaient pour la première fois.    Cette orientation «développementiste » expliquait la quasi mise sous tutelle de la BOAD par les banques nationales de développement. 

Dans le premier comité de direction, siégeaient, aux côtés de Pierre Claver DAMIBA, président, d’illustres figures de la finance régionale de l’époque à l’instar de Abdoulaye FADIGA, Gouverneur de la Banque Centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO), Bawa MANKOUBI, Directeur général de la Banque Togolaise de Développement ou encore Famara lbrahima SAGNA, Directeur général de la Banque Nationale de Développement du Sénégal. 

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