Les Togolais sont appelés aux urnes ce lundi 29 avril pour le compte des élections législatives et régionales, reportées à plusieurs reprises. Les enjeux de ce premier double-scrutin – c’est la première que le pays organise simultanément deux élections, et aussi la première que se tiennent les élections régionales – varient d’un camp à l’autre.
Pour le parti présidentiel, l’enjeu est de taille. Remporter la majorité des 113 sièges (contre 91 jusque-là) à pourvoir à l’Assemblée nationale revient à conclure que les populations approuvent le changement du régime constitutionnel en cours. Une sorte de référendum, même si l’Union pour la République, qui dispose de la quasi-totalité des sièges sous la législature sortante, a opté pour un vote des députés pour instaurer un régime parlementaire. Une opposition forte pourrait donc risquer de remettre en cause tout le dispositif.
« Il nous est apparu plus économique que la réforme ait lieu par voie parlementaire et avant les élections législatives par respect et par considération pour les acteurs politiques et les électeurs. L’objectif est que tout le monde connaisse les règles du jeu et que chacun mesure les conséquences et enjeux de ces élections », a déclaré Gilbert Bawara, ministre de la Fonction publique, du Travail et de la Réforme administrative dans un entretien à Paris.
Togo : les députés adoptent la nouvelle Constitution en 2e lecture
En effet, les dernières élections législatives togolaises de 2018 ont été boycottées par la C14, une coalition regroupant les principales formations d’opposition. Elles ont permis à la formation politique de Faure Gnassingbé, lui-même au pouvoir depuis 2005, de conserver sa majorité absolue avec 59 sièges sur 91. Avec elle, une forte représentation de députés indépendants, 18, dont les positions de la quasi-totalité sont jugées en faveur du pouvoir. Les quelques sièges restants sont partagés par l’Union des forces de changement (UFC), le Parti démocratique panafricain (PDP), et le Nouvel engagement togolais (NET) de Gerry Taama, des partis de l’opposition parlementaire aussi qualifiés d’affiliés à l’Unir (Union pour la République), parti au pouvoir.
Ainsi donc, pour le parti présidentiel, obtenir plus de sièges et s’assurer de la majorité absolue constitue un objectif de taille, surtout que les partis de l’opposition, chantres du boycott en 2018, sont tous dans la course.
Parmi eux, l’Alliance nationale pour le changement (ANC) de Jean-Pierre Fabre, né en 2010 de la scission de l’Union des forces du changement (UFC) dont le leader, Gilchrist Olympio, avait signé un accord de partage de pouvoir avec Faure Gnassingbé la même année. S’il a constitué la principale force d’opposition sous la législature 2013 – 2018, ce parti avait été relayé au second rang avec l’avènement de la Dynamique Monseigneur Kpodzro, laquelle a soutenu la candidature, à la présidentielle de 2020, de l’ancien Premier ministre Agbéyomé Kodjo crédité de 19 % des voix derrière le chef de l’Etat actuel (72,3 %), et devant Jean-Pierre Fabre (4%). Ce dernier avait pourtant fait de meilleurs scores en 2015 (2e avec 35% derrière Faure Gnassingbé déclaré vainqueur avec 59%) et en 2010 (2e avec 34% contre pour 61% Faure Gnassingbé). En 2010, Agbéyomé Kodjo (décédé en exil en mars dernier) totalisait moins de 1% des suffrages exprimés.
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Devenu maire d’une commune de la capitale Lomé suite aux dernières élections municipales de 2019, Jean-Pierre s’est remis en selle avec son opposition au changement de la Constitution et occupe les devants de l’opposition. D’ailleurs, ces élections législatives conforteraient son retour au-devant de la scène si son parti améliore ses scores après une campagne menée sur fond de contestation de la nouvelle loi fondamentale qui supprime l’élection présidentielle au suffrage universel.
Autre coalition qui joue gros avec ces élections, la DMP (Dynamique de la Majorité du Peuple). Créé après une dissidence au sein de la DMK, ce regroupement de partis politiques de l’opposition sollicite aussi l’électorat après avoir vu plusieurs de ses listes invalidées par la Commission électorale pour diverses raisons. Il est conduit par Brigitte Kafui Adjamagbo-Johnson de la Convention démocratique des peuples africains (CDPA), la première femme candidate à une élection présidentielle (2010, moins de 1% des voix).
Outre l’ANC et la DMP, d’autres partis de l’opposition contestent aussi le changement de la constitution, et n’ont d’ailleurs pas manqué l’occasion pour mener des actions communes. C’est le cas de l’Alliance des Démocrates pour le Développement Intégral (ADDI) d’Aimé Gogué arrivé 3e à l’élection présidentielle de 2015, des Forces démocratiques pour la République’ (FDR) de Me Paul Apévon, et du Pacte socialiste pour le renouveau (PSR) de Komi Wolou. Ils ont tous appelé les Togolais à voter pour leurs partis de l’opposition afin de montrer à Unir, leur désaccord au sujet du changement de la constitution voté une 2e fois le 19 avril dernier par l’Assemblée nationale.
« Qu’à cela ne tienne, ça nous fera l’économie d’un référendum ! », selon Isaac Tchiakpé, candidat de l’UFC, premier parti de l’opposition parlementaire favorable au changement au régime.




