Voici les ingrédients d’une crise majeure qui frappera les ménages et les agents économiques au portefeuille: un cours de pétrole qui pourrait atteindre des sommets inédits au risque de faire repartir la spirale inflationniste. Une ONU devenue SDN, paralysée par les bras de fer entre les USA et la Russie. Un Monde Arabe qui feint la neutralité. Une OTAN « soudée » derrière Israel. Une Afrique aphone comme d’habitude sur les relations internationales.
Les cours du pétrole ont largement anticipé la riposte militaire de l’Iran à l’attaque de son ambassade à Damas. Vendredi, le prix du baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en juin a progressé de 0,79%, clôturant à 90,45 dollars. Il aura grimpé en séance jusqu’à 92,18 dollars, une valeur aussi haute n’avait pas été enregistrée depuis fin octobre. Parallèlement, le cours du baril de West Texas Intermediate (WTI) américain, avec échéance en mai, a quant à lui augmenté de 0,75%, à 85,66 dollars. Ces anticipations sont à la mesure du conflit majeur qui s’annonce au Moyen-Orient.
Pour rappel, en 2023, l’Iran avait exporté environ 1,3 million de barils par jour dans un contexte où les américains et leurs alliés imposaient un embargo sur le pétrole russe. Ce poids de la république Islamique sur le marché du pétrole ajouté aux déclarations du commandant Alirez Tangsiri, à la tête de la marine des Gardiens de la révolution iraniens, selon lesquelles l’Iran pourrait bloquer le détroit d’Ormuz, voie par lequel transitent quotidiennement plus de 20 millions de barils de pétrole, est un paramètre clé dans l’évolution future des cours du pétrole.
Le détroit d’Ormuz est un passage stratégique situé entre le golfe Persique et le golfe d’Oman. Plus de 85 navires et pétroliers empruntent chaque jour ce détroit. Entre janvier et septembre 2023, ce sont en moyenne 20,5 millions de barils de brut, condensats et produits pétroliers, qui y ont transité quotidiennement. En cas de blocage de ce détroit, le cours du pétrole pourrait s’envoler et atteindre des sommets, la fermeture de ce passage pouvant être assimilé à l’embargo des pays arabes sur le pétrole en 1973 en réaction au soutien des Occidentaux à Israël.
Un Conseil de sécurité de l’ONU dépassé par les événements ?
L’Iran a tiré plus de 200 drones et missiles sur Israël en réponse à une frappe sur le consulat iranien à Damas le 1ᵉʳ avril. Téhéran invoque l’article 51 de la charte des Nations unies sur « la légitime défense », fustigeant « l’inaction et le silence du Conseil de sécurité, couplés à son incapacité à condamner les agressions du régime israélien ».
L’armée israélienne affirme avoir intercepté « 99 % des tirs ». «Avec les États-Unis et d’autres partenaires, nous avons réussi à défendre le territoire de l’État d’Israël », a déclaré le ministre israélien de la Défense Yoav Gallan. Pour leur part, les autorités iraniennes se felicitent d’avoir infligé de « sérieux dégâts » et mis « hors service » deux sites de l’armée israélienne. Le premier est un centre de renseignement, l’autre est la base aérienne d’où les avions de Tsahal auraient décollé pour frapper les intérêts iraniens le 1er avril.
L’Iran a appelé dimanche Israël à ne pas réagir militairement à son attaque inédite présentée comme une riposte justifiée à la frappe ayant détruit son consulat à Damas. « L’affaire peut être considérée comme close », a annoncé la mission iranienne à l’ONU dans un message posté trois heures après le début de son opération. L’opération « Promesse honnête » a été menée avec succès entre hier soir et ce matin, et a atteint tous ses objectifs », a déclaré à la télévision le chef des forces armées iraniennes, le général Mohammad Bagheri, en précisant qu’aucun centre urbain ou économique n’avait été visé par les drones et missiles iraniens.
Cette escalade affaiblit encore un peu plus l’ONU en échec dans sa tentative d’imposer le cessez-le feu à Gaza Le secrétaire général des Nations unies, Antonio Guterres, a fermement condamné, samedi, « la grave escalade » que représente l’attaque de l’Iran contre Israël et a appelé à « une cessation immédiate de ces hostilités ». Le Conseil de sécurité devait se réunir en urgence dimanche (22 heures, heure de Paris).
La neutralité du Monde Arabe
Au Moyen-Orient, cet événement suscite beaucoup de réactions. L’Arabie Saoudite par la voix de son ministère des affaires étrangères, a fait part de sa « profonde inquiétude » face à « l’escalade militaire » dans la région et a appelé « toutes les parties à faire preuve de la plus grande retenue et à épargner à la région et à ses habitants les dangers de la guerre ». De son côté, le ministère des affaires étrangères égyptien a lui aussi « appelé à une retenue maximale » et s’est dit « en contact direct avec toutes les parties au conflit pour essayer de contenir la situation », en mettant en garde contre le « risque d’expansion régionale du conflit ». Le Qatar exprime sa « profonde inquiétude » et a appelé « toutes les parties à mettre fin à l’escalade ».
En dehors du monde arabe, le ministère des affaires étrangères chinois a exprimé sa « profonde préoccupation » et a également appelé « les parties concernées à faire preuve de calme et de retenue afin d’éviter une nouvelle escalade » des tensions.
La Russie : le ministère des affaires étrangères russe a appelé, dimanche, « toutes les parties impliquées » à la « retenue », et dit « compt[er] sur les Etats de la région pour trouver une solution aux problèmes existants, par des moyens politiques et diplomatiques ».
Chez les pays membres de l’OTAN, les réactions sont fortes. Le président américain, Joe Biden, a condamné une attaque « éhontée » de l’Iran contre Israël et a réaffirmé le soutien « inébranlable » de son pays à Israël. Les forces américaines ont contribué à abattre « presque tous » les projectiles iraniens, a-t-il ensuite confirmé. Le président français Emmanuel Macron a communiqué, dimanche matin, pour « condamn[er] avec la plus grande fermeté l’attaque » iranienne et a « appel[é] à la retenue ». Rappelant « l’attachement de la France à la sécurité d’Israël », le président français a assuré que Paris « travaill[ait] à la désescalade ».
Le gouvernement allemand a condamné, dimanche, les frappes iraniennes contre Israël, le chancelier, Olaf Scholz, apportant son soutien à Israël et s’inquiétant d’un risque d’« embrasement », qui pourrait plonger « toute une région dans le chaos », selon la cheffe de la diplomatie, Annalena Baerbock.
La cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni, dont le pays préside le G7, convoqué en urgence dimanche, a « condamné » l’attaque iranienne contre Israël, exprimant sa « forte inquiétude face à une déstabilisation ultérieure de la région ».
Le premier ministre britannique, Rishi Sunak, a condamné « dans les termes les plus vifs l’attaque dangereuse du régime iranien contre Israël », assurant que le Royaume-Uni « continuerait à défendre la sécurité d’Israël » en annonçant l’envoi d’avions de combat supplémentaires au Proche-Orient.
Le Canada voit à travers cette attaque « un mépris du régime iranien pour la paix » et la « condamne sans équivoque », a déclaré le premier ministre, Justin Trudeau, se disant « solidaire d’Israël ».
Le chef de la diplomatie européenne, Josep Borrell, a condamné « fermement » l’attaque « inacceptable » lancée samedi soir par l’Iran contre Israël, qui « constitue une escalade sans précédent et une menace grave à la sécurité régionale ».
L’l’Alliance atlantique, par la voix de l’une de ses porte-parole, a « condamn[é] l’escalade de l’Iran » qui a mené une attaque sans précédent samedi contre Israël et « appelle à la retenue », afin que « le conflit au Moyen-Orient ne devienne pas incontrôlable ».
L’escalade entre l’Iran et Israël intervient alors que depuis le e 7 octobre, suite aux attaques meurtrières du Hamas en territoire israélien, l’armée israélienne a déclenché des opérations d’envergure dans la bande de Gaza, tuant au moins 33’729 personnes, pour la plupart des civils, et faisant plus de 76’300 blessés selon le ministère palestinien de la Santé. En Cisjordanie occupée, 461 Palestiniens ont également été tués.
