Prise le 22 mars 2024, la décision de S&P Global Ratings d’améliorer les notations de crédit souverain du Cameroun de « CCC+/C » à « B- » avec perspectives stables représente un tournant significatif pour l’économie du pays. L’opinion de S&P contraste avec l’avis du 8 août 2023 qui avait dégradé la première économie de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC) de 6 crans, de
« B-/B », à « SD/SD », considéré comme un défaut partiel. Huit mois plus tard, la même agence revalorise la note du Cameroun.
Cette évaluation reflète une conjoncture où les défis persistants sont contrebalancés par des avancées stratégiques et des perspectives de croissance renforcées. Néanmoins, une analyse critique de cette mise à niveau et des facteurs sous-jacents révèle une image complexe de risques et d’opportunités.
Premièrement, l’ajustement de la notation est en partie attribué à l’accès du Cameroun à un financement concessionnel et à un potentiel de croissance économique plus robuste. Ces éléments sont certes positifs, mais ils ne doivent pas occulter les vulnérabilités structurelles du pays. La faiblesse de la gouvernance, notamment, reste un talon d’Achille. Bien que S&P reconnaisse cette faiblesse, la question de savoir si les mesures actuelles seront suffisantes pour y remédier à long terme demeure.
La mise en avant par S&P de l’atténuation des risques liés à la liquidité et à la discipline de paiement grâce au programme en cours du FMI est également cruciale. Cependant, cette dépendance vis-à-vis du FMI souligne la fragilité de l’autonomie financière du Cameroun. Il est impératif de s’interroger sur la durabilité de ces mesures d’atténuation une fois le programme du FMI achevé.
L’accent mis sur les économies budgétaires, notamment par la suppression partielle des subventions de carburants, est une décision louable du point de vue fiscal. Néanmoins, cette mesure peut avoir des répercussions socio-économiques, particulièrement pour les couches les plus vulnérables de la population. L’équilibre entre discipline budgétaire et protection sociale reste donc un défi majeur.
Sur le plan macroéconomique, les projections de croissance sont encourageantes, stimulées par des investissements dans les infrastructures d’envergure. Toutefois, la durabilité de cette croissance est conditionnée par la capacité du Cameroun à maintenir un environnement sécuritaire stable et à gérer efficacement ses ressources naturelles et humaines. Le démarrage du barrage hydroélectrique de Nachtigal est un exemple éloquent des potentiels bénéfices en termes d’infrastructure, mais le succès à long terme dépendra de la gestion de ces projets et de leur intégration dans une stratégie de développement durable plus large.
En clair, bien que la décision de S&P Global Ratings marque un progrès notable pour le Cameroun, elle invite également à une réflexion critique sur les défis à long terme. La gouvernance, la durabilité des mesures d’atténuation de la dette, l’impact social des ajustements budgétaires et la durabilité de la croissance économique restent des enjeux centraux. Une approche holistique et inclusive, tenant compte à la fois de la discipline fiscale et du développement social, sera cruciale pour capitaliser sur cette opportunité et assurer un avenir prospère pour le Cameroun.
