Evaluation trop optimiste des économistes de la BAD ou la preuve que la croissance du PIB suit des chemins que la raison ignore?
Malgré l’embargo imposé par la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest depuis le 26 juillet 2023, la dégradation de sa note de Ca2 à Ca3 par Moody’s pour la troisième fois en huit mois, et l’accumulation de défauts de paiement atteignant 490 millions de dollars sur le marché financier régional, la Banque Africaine de Développement (BAD) prévoit pour le Niger la meilleure croissance en 2024. Selon le dernier rapport sur la Performance et les Perspectives Macroéconomiques (MEO) du continent publié par cette institution panafricaine basée à Abidjan, les 11 premiers pays africains attendus pour connaître une forte performance économique comprennent le Niger (11,2 %), le Sénégal (8,2 %), la Libye (7,9 %), le Rwanda (7,2 %), la Côte d’Ivoire (6,8 %), l’Éthiopie (6,7 %), le Bénin (6,4 %), Djibouti (6,2 %), la Tanzanie (6,1 %), le Togo (6 %) et l’Ouganda (6 %).
Comment expliquer que le Niger soit en tête de liste compte tenu du ralentissement économique depuis juillet 2023, de la réduction drastique des contributions budgétaires des partenaires internationaux et de la semi-paralysie du système financier ? « À moins d’une erreur d’évaluation des économistes de la BAD qui ont anticipé les recettes futures du pétrole, un tel scénario semble peu probable », estime un ancien cadre de l’institution. Ce classement pourrait-il démontrer que l’économie n’est pas une science exacte et que la trajectoire de croissance du PIB peut parfois défier la logique ?
L’Afrique domine la liste des 20 économies à la croissance la plus rapide dans le monde en 2024, d’après la Banque Africaine de Développement. Le rapport anticipe une croissance plus forte pour l’Afrique en 2024, surpassant les moyennes mondiales prévues, avec le continent comme deuxième région à la croissance la plus rapide après l’Asie.
On s’attend à ce que la croissance réelle du PIB du continent soit en moyenne de 3,8 % et 4,2 % pour 2024 et 2025, respectivement, surpassant les moyennes mondiales projetées de 2,9 % et 3,2 %, selon le rapport. Le continent devrait maintenir son statut de région à la croissance la plus rapide après l’Asie.
« Malgré un contexte économique mondial et régional difficile, 15 pays africains ont enregistré des expansions de production de plus de 5 % », a souligné le président du Groupe de la Banque, Dr Akinwumi Adesina, appelant à augmenter les fonds disponibles et à mettre en place diverses interventions politiques pour stimuler encore la croissance de l’Afrique.
La Performance et les Perspectives Macroéconomiques de l’Afrique, publiée semestriellement, vient compléter l’Outlook Économique Africain existant, qui se concentre sur les questions de politique émergentes clés pour le développement du continent. Le rapport MEO propose une analyse actuelle et fondée sur des preuves de la performance macroéconomique récente du continent et des perspectives à court et moyen terme, dans le contexte d’évolutions économiques mondiales dynamiques. Face aux risques mondiaux et régionaux, le dernier rapport recommande un optimisme prudent. Ces risques, incluant l’escalade des tensions géopolitiques, l’intensification des conflits régionaux et l’instabilité politique, peuvent perturber les flux commerciaux et d’investissement et maintenir des pressions inflationnistes.
Le président Adesina a noté une amélioration des déficits budgétaires grâce à une reprise plus rapide que prévu de la pandémie, contribuant à une augmentation des revenus.
