L’effet Cardoso -Tinubu de laisser le Naira à la loi de l’offre et de la demande ?
Le Naira nigérian, monnaie locale du pays, a atteint un niveau historiquement bas face au dollar américain le 31 janvier 2024, suite à une révision méthodologique de la Banque Centrale du Nigeria (CBN) pour le calcul des taux de clôture. En réaction, la CBN a exigé des banques une réduction de leur exposition aux devises étrangères, visant ainsi à augmenter les réserves en dollars. Elle a établi la limite de la position ouverte nette des actifs et passifs en devises étrangères des banques à 20% pour les positions courtes, et à un objectif théorique de 0% pour les positions longues, selon la méthode d’agrégation brute.
Cette mesure sera-t-elle suffisante pour inverser la tendance déclinante du Naira ? De janvier 2023 à janvier 2024, le Naira a chuté de 460 à 1 490 unités pour un dollar sur le marché officiel au comptant, marquant une dévaluation de plus de 223%. Cette chute illustre les défis auxquels est confrontée la plus grande économie africaine, notamment des pénuries aiguës de dollars exacerbées par des restrictions et des liquidités insuffisamment injectées par la banque centrale. Bien que la CBN ait versé 2,5 milliards de dollars aux importateurs, elle reste redevable de 5 milliards de dollars pour des opérations à terme échues, aggravant ainsi la crise des devises.
Par ailleurs, un paiement de 64,44 millions de dollars a été effectué aux compagnies aériennes pour leurs créances en souffrance, couvrant seulement 17% d’une dette totale de 800 millions de dollars. Sous la houlette de Dr. Yemi Cardoso, gouverneur de la CBN depuis septembre 2023, et avec le soutien du président Bola Tinubu, la banque centrale cherche des solutions pour stabiliser le Naira. Malgré la volonté présidentielle de libéraliser le taux de change en le soumettant aux forces du marché, le Naira peine à revenir à sa fourchette confortable de 400-460 par dollar, niveau soutenu par le passé grâce aux réserves de change issues des revenus pétroliers. La décision du président Tinubu de supprimer les subventions au carburant, économisant ainsi près de 10 milliards de dollars soit un cinquième du budget fédéral, a certes allégé la charge financière de l’État mais a provoqué une hausse de l’inflation et une crise socio-économique majeure dans un pays où près de la moitié de la population vit sous le seuil de pauvreté.
