L’augmentation récente des taxes sur les camions marocains transportant des fruits et légumes à travers la Mauritanie suscite beaucoup de commentaires. La taxe est passée de 70.000 MRU (28 000 dirhams ou encore 2 800 dollars) à 190.000 MRU (60 000 dirhams ou 6 000 dollars) par camion, soit une hausse de 171%. Aucune explication n’est donnée à une disposition subite qui a pris de court les véhicules marocains transitant par le passage d’El Guerguerat, no man land séparant les frontières des deux pays. « L’objectif serait de protéger les agriculteurs locaux pendant la période de récolte, en limitant la concurrence des produits étrangers, en particulier ceux en provenance du Maroc », écrit le journal Le Calame. « Le gouvernement mauritanien a augmenté les droits de douane sur les légumes importés d’environ 30 % dans la loi de finances 2024 pour une période de trois mois, soit la période de récolte des légumes en Mauritanie, afin de protéger le produit local », renchérit de son côté le site Point Chauds.
Cette mesure, programmée pour les trois prochains mois, vise à favoriser les produits locaux et pourrait aider à stimuler l’économie agricole mauritanienne à court terme. A noter que la Mauritanie ne produit que 10 % de ses besoins en légumes. La hausse des taxes a un impact immédiat sur les transitaires et les opérateurs de transport et sur le pouvoir d’acha. Elle entraîne une diminution du nombre de camions capables de satisfaire ces nouvelles exigences financières, ralentissant ainsi les opérations de transit. Cette situation pourrait engendrer des perturbations dans la chaîne d’approvisionnement et affecter le commerce entre le Maroc et la Mauritanie, ainsi que le commerce transsaharien vers l’Afrique de l’Ouest.
Il est intéressant de noter que la hausse des taxes est limitée aux légumes, excluant les fruits et les camions marocains en route vers l’Afrique de l’Ouest. Cette distinction peut avoir des implications sur les choix des produits importés et sur les stratégies commerciales des exportateurs marocains. Ces mesures interviennent dans un contexte où les échanges commerciaux entre le Maroc et la Mauritanie connaissent une dynamique croissante, avec une valeur commerciale qui a atteint environ 300 millions de dollars en 2022. Selon les statistiques marocaines, pas moins de 45 000 camions ont traversé le passage d’El Guerguerat en 2022, soulignant ainsi l’importance stratégique de cette frontière. Cette dynamique positive pourrait être affectée par la hausse des taxes, bien que la mesure soit temporaire et ciblée.
