Le président Patrice Talon du Bénin est monté au créneau dans un discours prononcé jeudi 21 décembre devant l’assemblée nationale de son pays pour une sorte d’annonce de la fin de l’embargo sur le Niger en vigueur depuis le coup d’Etat perpétré le 26 juillet 2023. « La prise du pouvoir par les armes doit être condamnée par tout démocrate convaincu. Nous l’avons fait, en exprimant notre réprobation, restant ainsi en phase avec les valeurs de notre pays, mais aussi en étant aligné avec les organisations régionales sous-régionales et continentales, ainsi qu’avec la communauté internationale », a d’abord déclaré le président Talon.
Avant de poursuivre dans une sorte de justification de l’évolution de la position de son pays. « Il y avait un temps pour condamner, un temps pour exiger et un temps pour faire le point et prendre acte », a notamment déclaré le président Talon à la tête d’un pays victime collatérale de l’embargo total déclenché par la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) le 30 juillet pour contraindre les putschistes nigériens à revenir à l’ordre constitutionnel.
«Prendre acte requiert que nos interlocuteurs jouent leur partition en exprimant clairement leurs intentions, mais aussi leurs attentes auprès de la communauté internationale », a encore déclaré Patrice Talon, dans un élan d’apaisement en concordance avec les derniers propos du président du Nigeria, puissance militaire et économique de la région, désormais à la recherche d’un compromis. Longtemps va-t-en guerre, Bola Tinubu est désormais ouvert à un allègement des sanctions à l’encontre du Niger, en le conditionnant à une « transition courte » avant un retour des civils au pouvoir.
Le chef de l’Etat béninois met visiblement en avant les intérêts supérieurs de son pays au détriment, soufflent des observateurs, de l’intérêt commun de la CEDEAO confondu avec l’acte additionnel du traité de l’Union mentionnant l’impérieuse nécessité de décourager toute prise de pouvoir par la force. Le Bénin est le grand bénéficiaire du projet de Pipeline Export Niger-Bénin (PENB) devant évacuer le pétrole depuis les puits pétroliers d’Agadem (sud-est du Nige à partir du port de Sémé en côte Atlantique. Au total, 2 300 emplois locaux seront créés. L’oléoduc d’une longueur de 1 980 km dont 675 km sur le territoire béninois est l’oeuvre de la China National Oil and Gas Exploration and Development Company Ltd (CNODC). La gestion sera confiée à la filiale de l’entreprise chinoise, à savoir la West African Oil Pipeline Company (WAPCo).
Lancé en 2019, le chantier du pipeline était censé s’achever en 2022. Mais la pandémie de Covid-19 l’a ralenti. Au total, six milliards de dollars ont été investis, dont 4 pour développer les champs pétroliers (dans l’Agadem) et 2,3 pour la construction de l’oléoduc, selon le gouvernement nigérien. La production attendue est 110 000 barils par jour dont 90 000 destinés à l’export. Les réserves du Niger sont estimées à 2 milliards de barils par jour. Selon les estimations de l’Observatoire français des nouvelles routes de la soie, le Bénin pourra bénéficier de près de 300 milliards de francs CFA (environ 460 millions d’euros) comme droits de transits et recettes fiscales durant les vingt premières années d’exploitation du pipeline qui devrait avoir une durée de vie estimée à quarante ans. Grâce à cette infrastructure, le pays pourra ainsi devenir un acteur important du secteur pétrolier africain, bien qu’il ne soit pas un producteur.
