Les tensions entre l’Algérie et le Mali, vives depuis la mi-novembre, suite à la reprise de Kidal par les forces armées, ont atteint leur apogée le 20 décembre avec la réception de l’imam Mahmoud Dicko par les plus hautes autorités algériennes.
Le plus politique des leaders religieux maliens a été reçu par le président Abdelmadjid Tebboune en présence de Boualem Boualem, Directeur de cabinet par intérim à la Présidence de la République, du général-major Djebbar M’henna, Directeur général de la documentation et de la sécurité extérieure, et de Mohamed Hassouni, Conseiller du Président de la République chargé des Affaires religieuses, des Zaouïas et des Écoles coraniques. À l’issue de l’audience, Mahmoud Dicko a affirmé que l’Algérie et le Mali « sont plus que des voisins, ils forment un tout indivisible ».
En réaction, le ministre malien des Affaires étrangères a convoqué l’ambassadeur algérien à Bamako le 21 décembre pour lui faire part des griefs de l’État malien. Le Mali dénonce des « actes inamicaux » et « une ingérence » d’Alger dans « ses affaires intérieures », selon le ministère.
Bamako critique également « les rencontres récurrentes, aux niveaux les plus élevés en Algérie, sans la moindre information ou implication des autorités maliennes, d’une part avec des personnes connues pour leur hostilité envers le gouvernement malien, et d’autre part avec certains mouvements signataires de l’accord de 2015 ayant choisi le camp des terroristes », selon le communiqué. Ces faits, selon Bamako, « sont susceptibles de nuire aux bonnes relations » avec Alger.
Désormais, Bamako exige que les affaires entre les deux pays soient traitées d’État à État. Connu pour son rôle de premier plan dans les manifestations contre le régime IBK, l’imam de la confrérie Kountiya avait initialement soutenu la transition malienne avant de prendre ses distances. En octobre dernier, Mahmoud Dicko a appelé à une marche pour exiger le retour des civils au pouvoir. Cependant, les protestations n’ont pas eu d’effet, le colonel Assimi Goita, à la tête de la transition, ayant de facto prolongé la période transitoire au-delà de la date butoir de mars 2024 prévue pour le retour à l’ordre normal. L’urgence pour les autorités maliennes est de rétablir la sécurité dans un septentrion longtemps aux mains des islamistes radicaux, dont le mouvement djihadiste Jnim de Iyad Ghali, réputé proche de Doha et d’Alger. Au moins, les derniers développements politico-militaires semblent avoir enterré l’accord d’Alger de 2015, perçu comme un plan de partition de fait signé par Bamako sous contrainte.
Albert Savana
