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La Guinée perd en capacité de stockage d’hydrocarbures

« Le dépôt de Conakry n’a plus la capacité de recevoir la forte demande aujourd’hui. Il est situé en pleine ville et c’est un risque pour la population, pour tout le pays », affirmait en novembre 2022, le directeur général de la Société nationale des pétroles (SONAP), parlant du projet de délocalisation du dépôt d’hydrocarbures à Moribayah,…

« Le dépôt de Conakry n’a plus la capacité de recevoir la forte demande aujourd’hui. Il est situé en pleine ville et c’est un risque pour la population, pour tout le pays », affirmait en novembre 2022, le directeur général de la Société nationale des pétroles (SONAP), parlant du projet de délocalisation du dépôt d’hydrocarbures à Moribayah, au sud-ouest du pays. Un an après, les autorités qui voulaient rattraper ce retard d’investissement ont perdu la course contre la montre.

Avec une consommation d’environ 80 millions de litres de gasoil, 50 millions de litres d’essence, 16 millions de litres de fioul lourd, et 10 millions de litres pour le secteur minier, la Guinée se positionne, selon certains, observateurs comme l’un des plus gros consommateurs de carburant de la sous-région. Là où le bât blesse, c’est au niveau des investissements dans les infrastructures de dépotage. D’après le directeur général de la SONAP, la capacité du dépôt de Conakry (celui de Coronthie et de l’Unité centrale cumulés) ne dépasse pas 89 millions de litres.

Une course contre la montre est engagée

Avec le drame survenu dans la presqu’île de Kaloum, c’est une nouvelle bataille contre le temps qui s’annonce pour le colonel Doumbouya. Gérer la crise de carburant qui pointe à l’horizon, tout en essayant de contenir les marchés parallèles (marché noir) et limiter au maximum les dégâts de la crise sur l’activité économique. En perdant plus de 80 millions de litres de capacité de stockage, les autorités guinéennnes doivent rapidement trouver des alternatives pour dépoter le carburant et éviter une rupture.

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Les entreprises minières qui pourraient éventuellement prêter main forte à l’État affichent une capacité de 10 millions de litres, sans tenir compte de leurs besoins, on est loin du compte. Il va falloir trouver une solution d’urgence. Faut-il alors continuer à prolonger l’amarrage des bateaux de ravitaillement aux coûts exorbitants; faire appel à l’aide des partenaires pour la mise à disposition de bateaux de stockage ou faut-il installer des cuves d’urgence pour dépoter et permettre aux citernes de venir charger le carburant pour le dispatcher à travers tout le pays ? C’est une équation logistique à plusieurs inconnues que les autorités vont devoir résoudre de manière urgente.

La mesure d’interdiction de la vente de carburant dans les stations-services dont le but assumé est d’empêcher la spéculation sur les marchés parallèles qui pourrait provoquer la hausse des coûts des transports (ce qui est déjà le cas au vu des circuits parallèles deja en place) et l’inflation, est par ailleurs une mesure détournée pour diminuer la consommation afin de faire face aux besoins stratégiques. Notamment l’électricité vu que le mix énergétique en Guinée est à cheval entre le thermique et l’hydroélectrique. Ce dernier qui baisse habituellement en régime en cette période de l’année.

Risque accru de ralentissement de l’activité économique

L’invite du gouvernement aux travailleurs des secteurs publics/privés à rester chez eux et l’anticipation des congés de fin d’année procède par ailleurs de cette stratégie du gouvernement à baisser la consommation nationale. Cela pourrait lui permettre de gagner du temps et d’éviter la rupture des services vitaux et sensibles, en attendant de trouver la parade logistique lui permettant de dépoter les navires.

Les autorités ont annoncé, le 19 décembre 2023, la reprise de la vente uniquement du gasoil dans les stations-services. Cependant, l’interdiction initiale de la vente de carburant demeure un couteau à double tranchant. Car l’absence de moyens de transport pour cause de pénurie de carburant pourrait provoquer des ruptures de livraisons des denrées et produits essentiels, provoquant une inflation conjoncturelle, une perturbation des chaînes d’approvisionnement et éventuellement le ralentissement des activités commerciales, de services et in finé de l’activité économique. La plupart des banques ayant leurs sièges principaux dans la presqu’île de Kaloum, et donc en service minimum pénalisent les flux et transactions financières.

La construction de nouveaux dépôts s’érige en priorité nationale

Le gouvernement a lâché du lest sur l’arrêt total des activités dans les services publics et privés en autorisant le service minimum. Est-ce le signe d’un début de maîtrise de la situation logistique du carburant ? Rien est moins sûr, car de manière évidente, il faudra attendre des jours voire des semaines pour un retour total à la normale. Le gouvernement devant trouver la parade pour compenser la perte de l’essentiel de la surface de dépotage.

Le projet de construction du dépôt d’hydrocarbures à Moribayah au Sud-ouest du pays dont la capacité fera 140 000 m³ (140 millions de litres), avec une possibilité d’extension de 60 millions de litres pour atteindre à terme 200 millions de litres; ansi que le dépôt de Kankan au nord-est du pays d’une capacité de 112 000 m³ deviennent de manière évidente des priorités nationales pour le régime de transition. La réalisation de ces deux projets devrait mettre le pays à l’abri d’une nouvelle crise d’hydrocarbures.

Au delà de la réalisation de ces infrastructures stratégiques, c’est le modèle économique et financier qu’il va falloir redéfinir pour permettre à l’État de tirer profit des énormes bénéfices du secteur pour financer certains projets de développement.

Malgré son rôle d’intermédiaire et de facilitateur entre les marqueteurs (TotalEnergies, Vivo, etc…) et les préteurs, l’État guinéen ne détient que 7 % d’actions dans les opérations d’acheminement des hydrocarbures. L’Etat devrait monter en puissance dans la gestion des hydrocarbures, particulièrement dans le contrôle et la maîtrise des infrastructures sans pour autant avoir la mainmise dessus et encourager l’ouverture et les investissements privés dans le secteur.

Le dernier bilan fait état de 18 morts et plus de 200 blessés admis dans les centres hospitalo-universitaire (CHU). Tandisque les dégâts matériels devraient se chiffrer à des centaines de millions de dollars. 

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