Mardi 15 septembre 2026

Accès Premium FR · EN

Finance africaine — depuis 2013

,

Le Burkina Faso relègue le français au rang de langue de travail : populisme ou nécessité ?

Le 6 décembre 2023 marque une date historique pour le Burkina Faso. Le gouvernement de transition a adopté un projet de loi visant à réviser la Constitution pour élever les langues nationales au rang de langues officielles, reléguant le français, jusqu’ici langue officielle, au statut de « langue de travail ». Simple effet d’annonce ? Rien n’est…

Le 6 décembre 2023 marque une date historique pour le Burkina Faso. Le gouvernement de transition a adopté un projet de loi visant à réviser la Constitution pour élever les langues nationales au rang de langues officielles, reléguant le français, jusqu’ici langue officielle, au statut de « langue de travail ». Simple effet d’annonce ? Rien n’est moins sûr.

Cette décision suivie du lancement d’une chaîne de Télévision dédiée aux langues nationales, au-delà de ses implications linguistiques, est un symbole fort de l’affirmation identitaire et culturelle du Burkina Faso. Le changement introduit tambour battant n’est pas sans soulever des questions fondamentales. Les détracteurs du capitaine Ibrahim Traoré y voient du populisme alors que ses chauds partisans saluent une nécessité nationale. La décision de favoriser les langues locales reflète une volonté de valoriser la richesse culturelle du pays, qui se manifeste à travers ses quelque 60 langues.

Cependant, le choix de quelles langues seront officiellement adoptées est crucial. Le projet de loi semble privilégier les langues les plus parlées comme le Moré, le Dioula, le Fulfuldé et le Gourmantché. Si cette approche a un sens en termes de nombre de locuteurs, elle soulève la question de l’inclusivité des langues moins parlées. Le défi réside dans l’équilibre entre la reconnaissance de la diversité et la nécessité d’une communication efficace au sein d’un État. Une politique linguistique qui favorise uniquement les langues majoritaires risque de marginaliser des groupes minoritaires, tandis qu’une politique trop éclatée pourrait entraver la cohésion nationale et la gouvernance.

De plus, cette réforme linguistique intervient dans un contexte plus large de reconfiguration des relations entre le Burkina Faso et la France. L’éloignement de la langue française symbolise une forme de rupture avec certaines influences coloniales et postcoloniales. Par ailleurs, le projet de loi prévoit l’institution de mécanismes traditionnels et alternatifs de règlement des différends ». Cette initiative souligne une volonté de renouer avec les pratiques et la sagesse locales, offrant une alternative aux systèmes judiciaires hérités de l’ère coloniale.

En somme, la décision du Burkina Faso d’adopter ses langues nationales comme langues officielles est un acte qui dépasse la simple dimension linguistique. C’est une démarche politique d’affirmation de l’identité nationale et d’autodétermination. Le succès de cette réforme dépendra de son exécution équilibrée, veillant à la fois à célébrer la diversité culturelle du pays et à maintenir l’unité et l’efficacité dans la gouvernance. Un défi complexe, mais peut-être nécessaire pour tracer une voie vers un avenir où chaque citoyen du Burkina Faso se sentira pleinement représenté et valorisé.

Partager :f????in

Financial Afrik Premium

Lisez la finance africaine comme un professionnel

Accès illimité à 30 000 articles, archives 2013-2026, magazine PDF mensuel, alertes mots-clés, base de données dirigeants et newsletters premium.

à partir de 9 € / mois · sans engagement