Mohamed Ould Abdel Aziz, âgé de 66 ans et président de la République Islamique de Mauritanie de 2008 à 2019, a été condamné le lundi 4 décembre 2023 à cinq ans de prison par un tribunal de Nouakchott. Déjà incarcéré pendant 18 mois, l’ancien militaire est resté stoïque lors de l’énoncé du verdict, qui a provoqué un frémissement perceptible dans la salle d’audience.
La justice a prononcé son inéligibilité et ordonné la confiscation de ses biens, marquant une rupture avec les pratiques traditionnelles de résolution des conflits sous les tentes, par le renouvellement des alliances tribales. Le jugement, moins sévère que les 20 ans requis par le parquet, illustre un changement dans la gestion des affaires publiques, privilégiant le droit sur le consensus habituel entre les hauts gradés et les hauts fonctionnaires de l’État. Ce verdict touche également dix autres personnalités, dont deux anciens premiers ministres jugés pour abus de fonctions et trafic d’influence. Mohamed Salem Ould Béchir et Yahya Ould Hademine ont été acquittés, tout comme l’ancien ministre du Pétrole Taleb Ould Abdi Vall. En revanche, l’ancien président de la Zone Franche de Nouadhibou, Mohamed Ould Daf, a été condamné à deux ans de prison, dont six mois ferme.
Jugé depuis janvier 2023, l’ancien président a été reconnu coupable d’enrichissement illicite et de blanchiment d’argent. Sa fortune a été estimée à 67 millions de dollars.
Selon Mohameden Ould Icheddou, l’un des avocats de la défense, le procès a été fortement politisé. L’ancien président compte faire appel, sa défense estimant que le procès visait à l’écarter de la scène politique. Cette affaire souligne également la rupture entre Aziz et son successeur, Mohamed Cheikh Ghazouani, son ancien compagnon d’armes et successeur désigné, pour qui il avait fait campagne.



