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décryptage/ Macky Sall, nouvel envoyé spécial du Pacte de Paris pour la Planète et les Peuples (4P)

Le chef de l’État sénégalais a été désigné Envoyé spécial du Pacte de Paris pour la Planète et les Peuples (4P) lors du 6ème Forum de la paix de Paris. Cinq mois après le Sommet pour un Nouveau Pacte Financier mondial, un premier bilan sur sa mise en œuvre a été jugé « décevant » par les chefs d’Etats africains présents. Les réformes financières annoncées dans la…

Le chef de l’État sénégalais a été désigné Envoyé spécial du Pacte de Paris pour la Planète et les Peuples (4P) lors du 6ème Forum de la paix de Paris. Cinq mois après le Sommet pour un Nouveau Pacte Financier mondial, un premier bilan sur sa mise en œuvre a été jugé « décevant » par les chefs d’Etats africains présents. Les réformes financières annoncées dans la perspective de la COP28 qui se tiendra à Dubaï (1er -12 décembre) devrontégalement être accélérées.


Par Christine Holzbauer, à Paris


C’est en février 2024, à l’issu de son mandat, que président sénégalais sera en charge du suivi du Pacte de Paris pour la Planète et les Peuples (4P). L’annonce en a été faite lors du 6eme Forum de la paix de Paris qui s’est tenu les 10-11 novembre dans la capitale française. « Dans quelques mois, le président Macky Sall terminera son second mandat et je veux vraiment saluer son courage, son engagement et l’exemplarité qu’il porte sur le continent africain, a déclaré Emmanuel Macron. Il a accepté à l’issue de son mandat de président, de prendre la responsabilité d’Envoyé Spécial du 4P et de présider ce comité de suivi », a-t-il annoncé.

Depuis la tenue à Paris en juin 2023 du Sommet pour un Nouveau Pacte Financier mondial, le focus est mis sur le suivi des engagements. Ainsi, a-t-il été annoncé,l’OCDE abrite, désormais, le comité de mise en œuvre du 4P. Selon son Secrétaire général, Mathias Cormann, l’Organisation de coopération et de développement économiques est «  pleinement engagée » dans cette mission : « nous soutenons une mobilisation accrue des ressources nationales pour les pays en développement, des mesures visant à accroître les financements privés pour contribuer à la réalisation de nos objectifs en matière de développement durable et de climat, ainsi qu’une augmentation des investissements pour aider les pays en développement à stimuler le développement économique et la croissance. En accueillant le secrétariat et le comité de mise en œuvre du Pacte de Paris pour les peuples et la planète, nous contribuerons à faire en sorte que les engagements pris lors du sommet de juin se traduisent par des actions et des résultats concrets », a-t-il promis.

Grogne africaine

Car c’est bien là que le bats blesse. Plusieurs chefs d’Etat africains se sont plaints de la lenteur avec laquelle les réformes sont mises en place et les fonds sont déboursés par la communauté internationale. Parmi eux, en plus du président sénégalais, étaient présents au Forum de la paix de Paris, le président de l’Union africaine, qui est le président des Comores, le président kényan, qui est très engagé depuis le sommet de Nairobi, le président ghanéen avec sa casquette de présidence du V20, le groupe des 20 pays les plus vulnérables, ainsi que le président du Nigeria.

A l’instar de Nana Akufo-Addo, tous réclament un changement d’état d’esprit des pays du Nord, une nouvelle mentalité, pour combler le fossé entre populations vivant dans un « super confort » et celles dans une « super pauvreté ». La question cruciale, encore et toujours, « c’est l’argent, l’accès à l’investissement », a rappelé le chef de l’État ghanéen, qui a plaidé pour une mobilisation du capital privé. « Il y a beaucoup plus d’argent là », a-t-il ajouté.

Les Africains « ne demandent pas une révolution, mais une évolution », a renchéri Macky Sall. Il appelle, quant à lui, à un « changement de paradigme » dans le financement de l’Afrique qui devrait, selon lui, davantage peser dans la gouvernance mondiale. Certes, il y a eu des avancées comme la présence de l’Union africaine au G20, des réformes de la Banque mondiale et du FMI : « donc, des progrès sont possibles », a ironisé le président sénégalais. Mais ce qu’attendent les dirigeants africains, selon le président sénégalis, ce sont des réformes concrètes et, notamment, que les institutions financières accordent des prêts plus longs, avec des taux d’intérêts plus bas ; que les crédits d’assurance, trop élevés, soient réformés ; et, enfin, qu’il soit mis fin aux congés fiscaux abusifs – c’est-à-dire ces exonérations de taxes dont bénéficient certaines entreprises étrangères qui s’installent en Afrique.

Dilemme africain

Alors que les 100 milliards promis pour le climat n’ont toujours pas été soldés, le président ghanéen a rappeléle dilemme dans lequel se retrouve le continent africain face au réchauffement climatique – changement qu’ilsubit de plein fouet, alors qu’il y contribue très peu. « Les nations du Nord nous demandent de ne pas exploiter notre pétrole, notre gaz, nos énergies fossilespour protéger l’environnement. Alors que les pays riches, eux, l’ont fait et continuent de le faire, entraînant le dérèglement climatique. Pourtant, a insisté Nana Akufo-Addo, les pays africains ont besoin de ressources, besoin de se développer », a-t-il déclaré.

Evoquant les progrès accomplis depuis juin, les participants au Forum de la paix de Paris se sont engagés pour leur part à « encore » accélérer leurs efforts financiers au service d’une ambition partagée pour le développement, le climat, et la nature. « La COP28 constituera la proche échéance essentielle pour faire vivre cet agenda : grâce à de nouveaux engagements financiers et en coopérant plus étroitement encore avec le secteur privé pour décarboner les économies », précise un communiqué commun OCDE/Présidence française. 

Dans ce communiqué, Emmanuel MACRON réitère son ambition de lancer -lors de la COP28- une taskforce sur la fiscalité internationale. « Cette ambition en matière de fiscalité internationale est au cœur du Sommet de Paris de juin et du Sommet africain sur le climat. Avec le président (William) Ruto (du Kenya), et en espérant le soutien d’autres partenaires, nous avons décidé de nous attaquer à cette question cruciale afin de mobiliser des ressources supplémentaires et nouvelles pour l’action climatique et les biens publics mondiaux », a déclaré le Président français.

La fonte des pôles 

Cette taskforce sera chargée d’étudier les pistesexistantes en matière de fiscalité internationale « en vuede mobiliser davantage de financements pour les plus vulnérables et pour la planète. » Sans toutefois oblitérer « la finalisation d’une solution à deux piliers pour réformer les règles fiscales internationales négociée dans le cadre de l’OCDE qui reste une priorité », précise le communiqué de l’OCDE.

Concernant le « One Polar Summit » qui a été discuté pour la première fois à la demande de la France dans cette enceinte, les conseillers de l’Elysée ont confirmé -en réponse à une question de Financial Afrik- les conséquence dramatiques pour l’Afrique de la fonte des pôles. « L‘Afrique est concernée par le sujet de la fonte des glaces, au moins à deux titres. Le premier, c’est que vous avez d’abord des glaciers importants en Afrique. Par exemple, le Kilimandjaro en Tanzanie (…) La fonte des glaces et les sujets d’accès en eau potable sont des sujets qui concernent plusieurs États africains. Et par ailleurs, l’Afrique est affectée par l’élévation du niveau de la mer. Si vous demandez au gouverneur d’Abidjan ce qu’il pense du sujet, pour lui, c’est une préoccupation majeure, parce qu’il a le niveau de la mer qui augmente chaque année. Donc, oui, l’Afrique est concernée au même titre que l’ensemble des autres pays du monde par le sujet », a précisé Josué Serres, conseiller Affaires globales à l’Elysée.

En plus de dresser un constat alarmant, l’Appel de Paris pour les glaciers et les pôles, publié à l’issue de la rencontre, plaide pour une coopération accrue en matière de recherche scientifique et d’éducation. « Face aux défis de la triple crise du dérèglement climatique, de la perte de biodiversité et de la pollution, nous n’avons d’autre choix que de coopérer avec tous pour la préservation de la cryosphère. Nous appelons à approfondir sans tarder la connaissance scientifique de la cryosphère, à mieux intégrer, dans les outils en appui à la prise de décision, notamment économique, les implications du recul de la cryosphère, et à développer l’éducation aux enjeux qui s’y attachent », précise le communiqué final.

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