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Niger : les sanctions strictes sur le plan commercial et partielles sur le plan financier 

-Financement de développement: l’équivalent de 6,7% du PIB manque à l’appel. -Inflation alimentaire : entre fin juillet et fin août, les prix du riz et du sorgho ont augmenté de plus de 16%. –Des bons du Trésor et obligations pour un montant total de 507 milliards de francs CFA (845 millions de dollars, 5% du…

-Financement de développement: l’équivalent de 6,7% du PIB manque à l’appel.

-Inflation alimentaire : entre fin juillet et fin août, les prix du riz et du sorgho ont augmenté de plus de 16%.

Des bons du Trésor et obligations pour un montant total de 507 milliards de francs CFA (845 millions de dollars, 5% du PIB) arriveront à échéance d’août à fin décembre 2023. Gros risques de défaut. 

Sous embargo de la CEDEAO depuis le 26 juillet 2023, le Niger étouffe. Selon un rapport de la Banque Mondiale et du Programme Alimentaire Mondial (PAM), les sanctions sont strictes sur le plan commercial et partielles sur le plan financier. Les autorités douanières semblent strictement surveiller la fermeture des frontières du Niger avec le Nigéria et le Bénin, ses principaux axes commerciaux. Néanmoins, le commerce informel persiste, même s’il est réduit. Le pays subit toujours des coupures d’électricité du Nigéria, qui alimentait principalement les régions centrales et occidentales, dont Niamey, couvrant plus de 70% de ses besoins énergétiques.

Sur le plan financier, Niamey est actuellement exclu du marché financier de l’UEMOA et est incapable d’effectuer des opérations via le réseau BCEAO, impactant notamment le remboursement de sa dette. Néanmoins, les banques nationales peuvent encore participer aux opérations de liquidité hebdomadaires du marché monétaire de la BCEAO pour assurer la liquidité minimale du secteur bancaire.

L’UEMOA avait exigé des institutions financières qu’elles mettent en œuvre le gel des actifs publics et d’autres sanctions financières, en demandant des justificatifs de ces actions avant fin août. Les banques nigériennes continuent d’accéder aux opérations de liquidité hebdomadaires (~422 milliards de francs CFA par semaine) sur le marché monétaire de la BCEAO pour leur permettre de refinancer/renouveler les créances de la BCEAO.

Notons que pour éviter les pénuries de liquidités, les banques  avaient mis en place des limites de retrait sur les cartes de débit aux guichets automatiques bancaires (GAB), allant de 50 000 à 200 000 francs CFA. Toutefois, ces limites ont été progressivement levées. Le risque de pénurie de liquidités a diminué grâce au maintien de la liquidité à court terme fournie par la BCEAO.

Cependant, le financement intérieur par l’émission de bons du Trésor et d’obligations sur le marché régional de la dette de l’UEMOA, « UEMOA Titres », a cessé, ce qui a eu un impact sur les nouvelles émissions, les renouvellements et les remboursements. Des émissions pour un total de 60 milliards de francs CFA, avec des maturités allant de 6 mois à 3 ans, prévues en juillet-août, ont été annulées.

Des bons du Trésor et obligations pour un montant total de 507 milliards de francs CFA (845 millions de dollars, 5% du PIB) arriveront à échéance d’août à fin décembre 2023. Si les sanctions se poursuivent, les autorités de facto ne seront pas en mesure d’accéder au marché financier régional de l’UEMOA pour renouveler ou rembourser ces bons du Trésor et obligations.

Même si les autorités de facto disposent de fonds pour assurer le service de la dette, elles risquent de ne pas pouvoir le faire si elles ne peuvent pas effectuer de transactions bancaires par l’intermédiaire du réseau de la BCEAO dans la zone UEMOA.

Sur le plan budgétaire, seuls 82 millions de dollars (0,55% du PIB) ont été versés en 2023 par la Banque mondiale, le FMI et le Luxembourg, contre des flux importants attendus de 625 millions de dollars (3,6% du PIB), soit une différence de 3,05% du PIB pour 2023.

Au total, on estime qu’environ 6,45% du PIB du financement du développement (équivalent à 1,17 milliard de dollars) ne sera PAS versé en 2023 en raison de la crise politique.

Le Niger ne paie pas (et n’est pas en mesure de payer en raison des sanctions) ses dettes envers les partenaires de développement. Cette situation a déjà entraîné des arriérés qui pourraient conduire à la suspension formelle des décaissements. Une suspension pour cause d’arriérés peut entraîner une période plus longue de « non-décaissement ».

Sur le plan intérieur, l’inflation alimentaire poursuit sa spirale.  Selon l’Institut national de la statistique du Niger (INS), entre fin juillet et fin août, les prix du riz et du sorgho ont augmenté de plus de 16%, suivis par ceux du blé et du maïs (12%), du mil (6,4%) et la viande ( 5,2%).

Si les sanctions et la pause dans le financement du développement se poursuivent jusqu’à la fin de l’année, ainsi que des performances agricoles légèrement inférieures à la moyenne, la croissance pourrait tomber à 2,3% en 2023 (-1,5% par habitant). L’inflation devrait encore augmenter pour atteindre 5,1% en 2023, sous 10 l’effet de la hausse des prix des denrées alimentaires.

La croissance pourrait rebondir à 12,8% en 2024, dans l’hypothèse d’un  retour à la « normalité » avec la levée des sanctions, la reprise du financement du développement et l’augmentation de la production et des exportations de pétrole.

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