«L’Afrique attend trop de la France». Cette phrase de Mohamed Ould Ghazouani, le président mauritanien, démontre l’acuité stratégique de son auteur lors d’un entretien exclusif avec Le Figaro. Ce que d’aucuns désignent sous le vocable de la « montée du sentiment anti-français » serait, aux yeux du chef d’Etat mauritanien, «un populisme virulent qui n’est pas propre à l’Afrique, mais qui s’exprime partout sur la planète ».
Alors que le Sahel est en proie à une instabilité croissante, la Mauritanie apparaît comme un îlot de paix et de stabilité, sous l’égide d’un président discret aux antipodes de la doxa ambiante. La décision de la France de retirer ses ambassadeurs et ses forces militaires du Mali, du Burkina Faso et du Niger est analysée avec une perspicacité dénuée de populisme. «Je ne dirais pas que c’est un échec ou une humiliation…mais la France a eu raison de partir ».
En réponse aux questions des journalistes du Figaro, Ghazouani évite la rhétorique inflammatoire, se focalisant sur l’analyse des relations historiques entre la France et l’Afrique, tout en soulignant l’importance d’un avenir mutuellement bénéfique. Confronté à la question des tensions régionales et des coups d’État, Ghazouani réitère la nécessité de maintenir le dialogue et de préserver l’unité, plaçant l’espoir dans le pouvoir de la concertation pour surmonter les divergences.
L’actuel Président du G5 Sahel veut bien croire que cette organisation reste vitale pour la paix régionale et le développement. «Non, je vous l’affirme, le GS Sahel n’est pas mort. Cette organisation, que je préside est encore en vie. Seul le Mali en est pour l’instant sorti. Les raisons qui ont présidé à la création de cette structure – la lutte antiterroriste et les efforts communs pour le développement – restent pertinentes. Nos défis partagés demeurent».
La Mauritanie, sous la houlette de Ghazouani, aborde la question de la migration avec une sensibilité et une préoccupation équilibrées, gérant les défis de la sécurité et de l’humanitaire, tout en veillant aux besoins de ses citoyens et des réfugiés. Concernant les relations tendues entre la France, le Maroc, et l’Algérie, Ghazouani prône la neutralité constructive et la médiation, soulignant l’importance de l’amitié et du dialogue entre nations.
Avec sa vision éclairée et son approche réfléchie, Ghazouani fait figure de dernier des Mohicans dans une région en proie aux conflits, aux coups d’État et au terrorisme. Candidat à sa propre réélection en juillet 2024, le président mauritanien le sait, son pays a besoin d’une zone Saharo-sahélienne stable et d’un climat interne apaisé. D’où sans doute, commente un fin observateur de la vie politique mauritanienne, son appel récent à l’opposition historique pour un consensus républicain au nom de l’intérêt supérieur de la Nation.
