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Sommet du G20 à New Delhi : quelles retombées pour l’Afrique ?

L’adhésion de l’Union africaine comme membre à part entière du G20 vise à «résorber la fracture nord sud » dans la lutte contre la pauvreté et le changement climatique. Depuis le G20 de Bali, la France y travaillait, mais son rapprochement avec l’Inde pour y parvenir s’inscrit dans une stratégie indo pacifique de plus en plus accentuée. Avec la crise au Sahel, Emmanuel Macron cherche à redresser la…

L’adhésion de l’Union africaine comme membre à part entière du G20 vise à «résorber la fracture nord sud » dans la lutte contre la pauvreté et le changement climatique. Depuis le G20 de Bali, la France y travaillait, mais son rapprochement avec l’Inde pour y parvenir s’inscrit dans une stratégie indo pacifique de plus en plus accentuée. Avec la crise au Sahel, Emmanuel Macron cherche à redresser la barre de sa notoriété en se ménageant de nouveaux alliés. 

Par Christine Holzbauer, à Paris


Avec l’adhésion de l’Union africaine au sommet des dirigeants du G20, ce dernier garde son appellation sans devenir « G21 ». Hormis, l’Afrique du Sud, déjà membre,qui prendra la présidence tournante après le Brésil, il n’y a pas d’autre candidature à l’ordre du jour et, notamment, pas celle du Nigéria, précise-t-on de sources élyséennes. Depuis le G20 de Bali en novembre 2022, Paris poussait pour que l’UA, à l’instar de l’Union européenne, soit acceptée. Aussi, Emmanuel Macron n’a-t-il pas caché sa satisfaction lors de sa conférence de presse du 10 septembre, à New Delhi, à la clôture des travaux. « C’était une nécessité. La France a fait partie des premiers membres à pousser cette candidature. Elle a demandé à officialiser notre soutien l’année dernière, alors que Macky Sall était là pour représenter l’Union africaine. Le président comorien (Assoumani) Azali a pu, cette année, réaliser ce qui était jadis un vœu », a-t-il rappelé.

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Interrogé sur l’approfondissement ces derniers mois de l’axe franco indien, le président français s’est également réjoui de la collaboration accrue avec l’Inde dans la région indopacifique et en Afrique, « notamment en matière d’infrastructures, de connectivité, d’énergie, de biodiversité, de développement durable et de projets industriels » a-t-il énuméré. A un moment où la présence militaire de la France est contestée au Sahel, les avancées sur la feuille de route indopacifique et les autres résultats obtenus lors de la visite du Premier ministre indien Narendra Modi à Paris, le 14 juillet dernier, tombent bien. « Nous devons résister à la fragmentation et travailler, ensemble, pour proposer des solutions au monde sur ce qui fait sens. L’Alliance solaire internationale est l’une des meilleures incarnations de cette philosophie. Il en va de même pour ce que nous avons fait avec les Emirats arabes unis, l’Arabie saoudite et les États-Unis sur ce corridor qui part de l’Inde et arrive sur les côtes de la Méditerranée», a-t-il ajouté. Même si cet axe a d’abord une vocation commerciale, à travers l’amélioration du transport des biens et des services, tous les experts interrogés s’accordent pour y voir des retombées stratégiques conséquentes, notamment pour la Corne de l’Afrique. 

Financer le Pacte de Paris pour les peuples

De nombreux pays africains ont cosigné avec la France une tribune avant l’ouverture du sommet de New Delhi. Aussi, le chef de l’Etat s’est réjoui que ce G20 ait permis d’acter un certain nombre de mesures du Pacte des peuples de la planète décidées lors du sommet de Paris,en juin dernier, et dont le nombre de signataires ne cesse de croître, a-t-il ajouté. Avec des résultats tangibles : à commencer par la mobilisation financière internationale, à la fois pour la lutte contre la pauvreté et pour le climat, pour laquelle la cible de 100 milliards de dollars de réallocation de droits de tirage spéciaux a été dépassée. Pour rappel : en novembre 2020, la France avait proposé une nouvelle émission de DTS avec l’accord de la directrice générale du FMI. En mai 2021, lors du Sommet pour le financement des économies africaines qui s’était également tenu à Paris, le Président Macron avait pris l’engagement de réallouer 100 milliards vers l’Afrique. « Le travail que nous menons depuis mai 2021 arrive enfin à son terme avec 108 milliards de dollars qui sont réalloués. La France a fait plus que tenir son engagement initial puisque nous avons réalloué 40 % de nos droits de tirage spéciaux, ce qui représente environ 7 milliards et demi de dollars. J’invite tous les pays maintenant à continuer les engagements, mais surtout à mettre en œuvre ce sur quoi ils se sont engagés », a-t-il lancé à l’adresse de ses pairs.

Le G20 a également endossé l’objectif du sommet de juin à Paris de mieux mobiliser les capitaux privés et donc d’avoir 100 milliards de dollars de financements privés dans les pays en développement. Lors de la première réunion de finances en commun, toutes les banques multilatérales et nationales de développement avaient été regroupées avec les institutions financières. Il avait alors été décidé d’accroitre la prise de risques des banques de développement de 200 milliards de dollars, sans augmentation de capital, ni immobilisation de crédits, mais simplement par plus de prise de risques des mécanismes existants. « Cette acceptation de l’accroissement de la capacité de financement, privé comme public, est une concrétisation additionnelle des propositions du sommet de Paris », a-t-il martelé

Enfin, selon Emmanuel Macron, le financement de la transition climatique pour les pays en développement, la cible de 100 milliards de dollars, -décidée en 2015 par les pays les plus riches de la planète-, est presqueatteinte. « Dans ce G20, nous avons réitéré notre soutien aux initiatives lancées à Paris et qui ont ensuite été poursuivies en particulier à Nairobi, parce que ce choc de financement que nous défendons exige des ressources complémentaires », a commenté le président français. A la demande du Kenya, il s’est d’ailleurs engagé à « monter » un groupe de travail commun sur la fiscalité internationale « qui devra rendre ses premiers résultats dès la COP 28 », a-t-il révélé, précisant : « Je soutiens l’initiative du président (William)Ruto de changer les mécanismes de taxe carbone pour qu’elle soit plus efficace et que le signal prix existe véritablement. C’est ce même agenda que nous avons poursuivi, au-delà des questions financières, sur la question climatique. »

Changer la gouvernance mondiale

Cette entente ne saurait, toutefois, faire oublier la pomme de discorde sur le charbon et les énergies fossiles, notamment avec l’Arabie saoudite. Le Président Macron ne l’a pas spécifiquement évoqué pendant sa conférence de presse, mais selon des sources élyséennes, il a fallu beaucoup d’efforts à la France pour faire acter un objectif très ambitieux de triplement des capacités en matière d’énergie renouvelable. Ce clivage, qui structure les discussions entre réduction de la consommation des énergies fossiles contre les solutions technologiques comme la capture du carbone, divise profondément les partenaires du G20, « non pas selon des lignes Nord-Sud mais sur des lignes très opportunistes, selon que les uns et les autres produisent ou ne produisent pas en effet de l’énergie fossile », a précisé cette source.

La France voudrait aussi aller plus loin en termes de représentativité et d’efficacité des institutions de Bretton Woods. Elle soutient une réforme en profondeur de la gouvernance mondiale, du Conseil de sécurité, mais également de la Banque mondiale et du FMI. Pour Emmanuel Macron, ces institutions « doivent mieux représenter la réalité géopolitique contemporaine, les réalités démographiques et économiques. » C’est pourquoi, a-t-il insisté, la France défend l’idée d’une recapitalisation de la Banque mondiale qui permettra de donner plus de places aux pays émergents, mais qui doit aussi donner plus de place au climat. « La contrepartie derrière cette recapitalisation, c’est un engagement très clair des pays émergents pour sortir au plus vite du charbon. De même, nous sommes pour une revue de quotas au FMI. Nous attendons d’avoir plus d’engagement des Etats africains sur la restructuration de leurs dettes. Nous sommes tout à fait favorables à aller plus loin une fois ces contreparties obtenues », a-t-il averti.

Quant à l’effort national en ce qui concerne l’aide publique au développement (APD) et l’investissement solidaire, Paris a revu à la hausse ses engagements afin d’atteindre 0,55 % du revenu national brut. « C’est cet objectif que nous voulons poursuivre dans l’agenda international. C’est pour ça que nous nous sommes engagés pour, justement, reconstituer les fonds du Fonds International pour le Développement Agricole, le FIDA, qui se tiendra en décembre prochain. Je remercie son directeur général, cher Alvaro Lario, d’être à mes côtés. Nous avons pu, ici, commencer la campagne visant à lever 2 milliards de dollars de financements pour le FIDA. Nous en avons besoin parce qu’il se bat justement pour améliorer les systèmes agricoles et productifs dans beaucoup de pays touchés par les conséquences de la guerre », a conclu le chef de l’Etat.

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