La fumée blanche est enfin sortie de la cheminée. Le président Macky Sall, au pouvoir depuis 2012, a choisi le premier ministre Amadou Ba comme dauphin en vue des présidentielles de février 2024. «Il est le seul et unique candidat de Benno», a annoncé Moustapha Niasse, ancien président de l’assemblée nationale, samedi 9 septembre, lors de la réunion des membres de Benno Bokk Yaakar (BBY) présidée par le chef de l’État, Macky Sall, au palais présidentiel.
Amadou Ba, 62 ans, incarne une certaine méritocratie républicaine de par son parcours. Figure centrale de l’administration, ministre des Finances aux réformes audacieuses, ce diplômé en sciences économiques et en sciences de gestion de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar et d’un brevet de l’École Nationale d’Administration (ENAM) , compte dans ses faits d’arme la réforme du Code Général des Impôts.
Son expérience en tant que technocrate compétent dans la gestion des finances publiques l’a aidé à gagner le respect et la confiance au sein du gouvernement, ce qui a conduit à sa nomination en septembre 2013 en tant que ministre de l’Economie des Finances. Il conduira le Sénégal au Groupe Consultatif, table ronde entre le Sénégal et ses partenaires techniques et financiers en février 2014 puis en décembre 2018 pour des mobilisations record.
(https://financial-afrik.com/2018/12/17/le-groupe-consultatif-du-senegal-souvre-a-paris/).
Cet engagement des bailleurs (7 700 milliards de FCFA mobilisés lors de la deuxième phase) sera déterminant dans la mise en œuvre du Plan Sénégal Émergent, programme ambitieux du président Macky Sall visant à faire du Sénégal un pays émergent à l’horizon 2035.
Un dauphin et des prétendants
Préféré aux nombreux candidats de la coalition au pouvoir dont Ali Ngouille Ndiaye, ministre de l’Agriculture, qui a annoncé sa démission dans la journée ou encore Abdoulaye Daouda Diallo, actuel président du Conseil Économique et Social, le dauphin devra user d’habilité pour maintenir le parti et la coalition au pouvoir unis.
L’Alliance pour la République (APR) cristallisait jusque-là divers groupes et intérêts. L’acceptation généralisée de Ba comme « le meilleur d’entre nous » n’était pas garantie d’avance. Les luttes internes pour le pouvoir et les différentes visions pour le futur du parti et de la coalition au pouvoir pourraient constituer des obstacles à une union sacrée.
« Les réformes de Amadou Ba en tant que ministre des Finances ont non seulement stabilisé l’économie sénégalaise mais aussi projeté une image de compétence et de pragmatism », témoigne un de ses compagnons.
La réputation de technocrate pur et dur qui lui colle à la peau est toutefois contrebalancée par son profil de militant de la deuxième heure. S’il semble incarner de facto la continuité programmatique de la politique économique de Macky Sall, le futur candidat de la coalition au pouvoir est attendu apporter des réponses concrètes à un pays à la veille d’un boom pétrolier avec un âge média de 19 ans.
Une opposition diversifiée
Le candidat désigné par Macky Sall au sein de sa coalition fera face à une opposition diversifiée et expérimentée. Khalifa Sall, Karim Wade, et Idrissa Seck représentent chacun des courants différents de la politique sénégalaise alors que la situation d’Ousmane Sonko demeure incertaine en raison de ses ennuis judiciaires.
L’ex maire de Dakar apporte une expérience locale et un soutien urbain qui pourraient le rendre compétitif. Sa popularité dans la capitale est un atout à ne pas négliger. Fils de l’ancien président Abdoulaye Wade, Karim Wade incarne une continuité dynastique et jouit d’une certaine sympathie parmi les partisans du PDS, son parti. Pour sa part, Idrissa Seck, expérimenté et articulé, est un adversaire redoutable qui peut capitaliser sur ses années de service public et son réseau établi.
Quant à Ousmane Sonko, bien que sa candidature soit incertaine, il représente une voix significative parmi la jeunesse et les partisans d’un changement radical. Sa consigne de vote sera déterminante.
L’opposition diverse, allant de l’expérience bureaucratique de Seck à la radicalité potentielle de Sonko, arrivera-t-elle à surmonter ses profondes divergences pour imposer une candidature unique ?
En tout cas, la diversité de cette opposition et les défis internes au sein de l’APR rendent la course vers la présidentielle 2024 particulièrement imprévisible. Le succès de Ba dépendra de sa capacité à unifier son parti et à construire une coalition plus large que celle de Benno, quitte à aller brouter l’herbe sur les plates bande d’une opposition qui se cherche.
