Dans un contexte financier marqué par des fluctuations majeures et une saturation des banques, la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) fait preuve d’agilité et de précision au vu des chiffres de l’inflation, de la croissance et du financement de l’économie.
Ainsi, sur les 6 premier mois de l’année 2023, les 8 États de l’Union économique et monétaire ouest-africaine ont mobilisé plus de 5 100 milliards de FCFA sur le marché financier régional. L’élan est titanesque comparé à 2022 où l’on était à 3 800 milliards de FCFA comme l’a rappelé Jean-Claude Kassi BROU, le gouverneur de la Banque Centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO, le 6 septembre à Dakar, en marge de la réunion ordinaire du Comité de politique monétaire.
Cette course des Trésors vers les obligations et bons en Franc CFA traduit la quasi impossibilité de nombre des Etats à opérer une sortie sur un marché international de la dette devenu très cher du fait de la remontée des taux opéré par la FED et la BCE. Entre autres conséquences de cette bousculade des États devant le guichet par adjudication de l’Agence UMOA-Titres, il y a lieu de noter une saturation des banques, qui assurent plus de 90% des souscriptions. C’est pour détendre le marché que la BCEAO a initié en juin dernier le rachat des titres sur le marché secondaire. Cette opération d’open market a permis de baisser les taux à court terme de 50 points de base et de les aligner sur les objectifs de politique monétaire.
En tout cas, la hausse des rendements si elle est source de motivation pour les investisseurs, n’en reste pas moins un facteur qui alourdit les charges des États emprunteurs. Au regard de ce contexte tendu, le relèvement du taux directeur de la BCEAO de 25 points de base à compter du 16 septembre sonne comme une volonté de faire barrage aux tensions inflationnistes qui pointent à l’horizon sur la scène internationale. Créditée d’une croissance projetée à 5,6% en 2023 et d’une inflation de 4%, l’UEMOA dispose d’une marge de manœuvre pour poursuivre le resserrement afin de revenir aux objectifs d’une inflation de 1 à 3%. Se faisant, la Banque Centrale s’inscrit dans un consensus international de réduire l’inflation. Cas de sa consœur américaine (la FED) prête à relever ses taux jusqu’à ce que l’objectif d’une inflation de 2% soit atteint de manière durable. L’inflation américaine était à 3,2% en juillet.
Depuis mars 2022, la FED a augmenté onze fois ses taux, pour les faire passer d’un niveau proche de zéro à une fourchette comprise entre 5,25% et 5,50%. Pour sa part, la BCE a augmenté ses taux pour la première fois à la mi-juillet 2022, pour enchaîner huit hausses et les porter à 3,75%, un record depuis le printemps 2001. En dépit de ces efforts, la zone Euro fait face à une inflation de 5,3% (juillet) avec de larges disparités d’un pays à l’autre.
Région importatrice nette de pétrole et de certaines céréales, l’UEMOA devra vivre la dernière partie de l’année en surveillant de près le cours du Brent et les négociations autour du port d’Odessa pour la reprise des corridors céréaliers partant de l’Ukraine. En interne, l’Union fait face à des tensions sécuritaires dont l’épicentre a pour nom Niger, un pays émetteur d’un stock de titres en circulation dont l’encours atteint l’équivalent de 3 milliards de dollars.
