À première vue, la junte nigérienne soutenue par ses alliés de circonstance, Bamako et Ouagadougou, semble nager à contre-courant de la désescalade militaire. Au moment où la Communauté économique ds Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO) semble lâcher du lest, c’est le moment choisi par Niamey pour autoriser un déploiement militaire de riposte du Mali et du Burkina sur son sol. Ces deux pays ayant prévenu au lendemain du putsch et des menaces d’intervention militaire que toute agression contre le Niger sera considérée comme une « déclaration de guerre » et promettaient de s’interposer.
Ce qui, jusque-là, relevait des déclarations d’intention s’est traduit par une autorisation officielle de la junte nigérienne dirigée par le général Abdourahamane Tiani. Le 31 août 2023, l’annonce est faite par Omar Ibrahim Sidi, secrétaire général adjoint du ministère nigérien des Affaires étrangères, transmettant les ordres émis par Niamey, à l’issue d’une mission burkinabo-malienne, conduite par Olivia Rumba et Abdoulaye Diop, respectivement, ministres des Affaires étrangères des deux pays.
Intervention imminente ou surenchère militaire ?
Depuis, tout semble s’accélérer. Mercredi 30 août 2023. Le gouvernement du Burkina Faso dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré, qui a déjà entamé le déploiement de moyens logistiques, notamment un avion militaire à Niamey, annonce avoir approuvé le déploiement d’un contingent militaire au Niger. En face, la force en attente de la CEDEAO qui a affirmé, il y a quelques semaines, avoir déjà bouclé la planification de son « intervention militaire » n’est presque plus audible sur le sujet.
Ce regain d’activité sur l’axe Bamako- Ouagadougou-Niamey intervient au moment où le président en exercice de l’organisation régionale, Bola Tinubu, n’exclut pas d’entrevoir le gel de l’option militaire et une transition de 9 mois au Niger au vu des négociations dans l’impasse et de la levée de bouclier dans son pays contre une intervention militaire chez son voisin.
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Le Niger détiendrait-il des renseignements/informations qui annoncent une réaction militaire imminente, qui confirmeraient l’existence d’une stratégie consistant à endormir ou à faire baisser la garde à Niamey, pour attaquer avec l’avantage de l’effet de surprise ? Ce qui pousserait les autorités nigériennes à s’inscrire dans l’anticipation. Ou Niamey et ses alliés sont plutôt-ils dans une stratégie de surenchère guerrière pour accentuer le doute et dissuader la CEDEAO de s’engager dans une guerre de plus en plus impopulaire au sein des élites et de l’opinion publique africaine ? Les prochaines semaines pourraient être décisives.
Wagner toujours en embuscade
La mise sur pied de l’axe militaire Bamako-Ouagadougou-Niamey implique déjà l’entrée en jeu d’une quatrième composante, Wagner. Ce qui rend encore l’équation encore plus complexe pour la CEDEAO et ses alliés occidentaux, notamment les États-Unis et la France, dont les troupes sont stationnées au Niger.
S’il ne s’agit pas d’un coup de stratégie militaire peaufiné par les états-majors militaire de la CEDEAO et que l’institution sous-régionale a véritablement tourné la page de l’option militaire, le choix du général Tiani de s’allier à Bamako et Ouagadougou qui sont alignés sur Moscou et collaborent probablement avec Wagner met l’avenir du maintien des bases militaires américaines et françaises en pointillés…
