Financial Afrik a échangé avec Frédéric DS Bassene, chef de département Relation Clientèle et Innovations à la direction commerciale de la Société nationale d’électricité du Sénégal (Senelec), en marge d’un atelier de sensibilisation sur son produit de prépaiement de l’électricité dénommé « Woyofal », qui signifie « alléger » en français, tenu le 31 août 223 à Dakar. Le responsable aborde notamment la problématique de la tarification dans un contexte de polémique sur une hausse du prix de l’électricité au Sénégal.
Propos recueillis par Ibrahima Dia Junior
Pouvez-vous faire une brève présentation du produit « Woyofal » ?
Le système de prépaiement Woyofal est un dispositif qui permet aux clients d’acheter du crédit et ensuite de l’introduire dans leur compteur (monophasé ou triphasé) selon les différentes types d’abonnement avant de le consommer. Nous avons le DPP (domestique petite puissance), le DMP (domestique moyenne puissance), le PPP (professionnel petite puissance), et le PMP (professionnel moyenne puissance).
Quels sont les avantages et inconvénients du compteur Woyofal pour les clients ?
Je ne parlerais pas des inconvénients, mais plutôt des avantages, qui semblent plus visibles. Il faut noter que c’est un compteur doté d’une certaine intelligence (contrairement aux compteurs classiques) en ce sens qu’il enregistre des informations et est capable à travers un clavier remis aux clients et des codes courts de trois chiffres de leur restituer le crédit restant. Étant donné qu’on introduit du crédit, il est toujours bon d’avoir l’information de ce qui nous reste. Donc la consommation de la journée précédente, la consommation même de la journée en cours au moment où vous allez interroger votre compteur pour connaître combien vous avez consommé depuis 00 heure. Il permet également de savoir les consommations des mois antérieurs jusqu’à 6 mois.
Le compteur garde l’information et est capable de vous restituer cette information. Toutes ces informations vont aider le client à maîtriser ses habitudes de consommation afin d’optimiser son budget consacré à l’électricité.
Aussi en termes de tarification, il est vrai que comme au classique et au Woyofal, la tarification est faite sur trois tranches. Si on prend le cas des clients domestiques de petite puissance, ils ont trois tranches de consommations qui ont été définies. La première va de 0 jusqu’à 150 KWH, la deuxième va de 150 KWH à 250 KWH. Et la troisième tranche consacrée au-delà des 250 KWH.
L’avantage que le client Woyofal a par rapport à celui qui reçoit une facture, c’est que ces tranches de consommation sont allouées pour un mois. Et puis en Woyofal, le client va bénéficier de 150 KWH et de 250 KWH pour les premières et deuxièmes tranches sur un mois, là où le client classique va avoir ses tranches divisées en deux. Donc ça veut dire que les 150 KWH pour le client classique, c’est pour deux mois, soit 75 KWH par mois. Si on traduit cela sur une facturation, on a un écart d’environ 5000 FCFA (environ 8 USD) sur une consommation de 150 KWH mensuelle entre le client Woyofal et le client qui reçoit une facture. C’est en ce sens qu’on dit que le client Woyofal a un avantage financier, mais également un avantage en termes d’information de maîtrise de la consommation par rapport à celui qui est au classique dont le compteur ne permet pas de recueillir certaines données.
Le tarif du système Woyofal a-t-il connu une hausse ?
Je vais plutôt infirmer cette information. Il n’y a pas de hausse des prix, car comme vous le savez, la Sénélec évolue dans un environnement qui est régulé. Et la modification d’un tarif où d’une grille tarifaire n’est pas du ressort de l’entreprise mais plutôt d’une autre organe qui est la commission de régulation du secteur de l’énergie au sein de laquelle bien sûr , on a les différentes parties qui composent le secteur à savoir la Senelec , le ministre de l’énergie , d’autres acteurs , mais également des consommateurs qui sont représentés. Donc tant qu’il n’y a pas de décision de cette entité-là, la Senelec ne peut pas apporter de modification.
Maintenant le phénomène qui se passe, c’est récurrent que nous au niveau de Senelec, nous avons l’habitude de constater avec une tendance de consommation, qui repart à la hausse à partir du mois de juin jusqu’au mois d’octobre avant de connaître bien sur une tendance à la baisse entre novembre, décembre et janvier et le mois de juin suivant
Cela épouse un peu l’évolution climatique de notre pays lorsqu’on entre en période de chaleur les consommations vont avoir tendance à augmenter du fait de l’introduction de nouveaux appareils. Ces derniers vont avoir une plus longue durée d’utilisation, ce sont les ventilateurs, les climatiseurs qui vont entrer en compte au niveau des ménages. Et donc ce qui va induire cette perception, qui fait croire que les prix ont augmenté alors qu’on est dans un effet climatique, constaté chaque année, mais qui au bout de quelques mois notamment au mois de novembre et décembre va s’estomper.
Selon certains observateurs, la Sénélec n’a pas suffisamment communiqué sur cette supposé hausse du prix de l’électricité ?
C’est vrai, on peut dire quelque part, c’est une absence de communication ou bien peut être une communication qui n’est pas bien comprise. Parce que nous sommes dans un domaine très technique et parfois, il est difficile de traduire les éléments de langages techniques en élément de langage beaucoup plus simple pour nos clients afin qu’ils puissent mieux digérer le message qui leur est adressé. Mais la société est en train de déployer des efforts et des plans de communication justement à l’endroit de ses clients pour leur expliquer les principes de la facturation du Woyofal et d’éclairer certains points notamment ceux qui attrait comment est-ce que les grilles tarifaires sont décidées au niveau du Sénégal dans le secteur de l’énergie.
Le constat est là, les ménages vulnérables commencent à sentir les foudres de la tarification, pouvez-vous nous éclairer sur la tarification notamment la formation des prix de l’électricité ?
Concernant la formation des prix de l’électricité, je ne suis pas habilité à répondre à votre question. Ce volet est pris en charge par une autre direction au sein de Senelec, qui est la direction des études générales avec des économistes qui pourront apporter beaucoup plus de détails sur cette tarification par rapport à cela.
Mais ce que je peux dire actuellement, c’est que dans la grille tarifaire, l’Etat a consenti à protéger un certain nombre de ménages, notamment ceux vulnérables, ayant une faible consommation en énergie ne dépassant pas 150 KWH le mois.
Donc, pour ces ménages-là qui représentent environ 50 % de la clientèle, consommant un prix du kilowattheure faible pour 91 FCFA, sont protégés.
Ils ne payent pas de TVA sur leurs consommations d’électricité, ce qui montre les efforts de l’Etat pour préserver cette couche vulnérable de la population. Et la mise en œuvre a été faite au niveau de la grille tarifaire pour ces ménages-là.
On peut dire que ces ménages bénéficient de subventions ?
Effectivement, ils bénéficient de subventions de la part de l’Etat sur leurs consommations d’électricité.
Selon certains experts, le problème du Woyofal, c’est le basculement de la tranche sociale à la tranche supérieure, qu’en pensez-vous ?
Je ne dirais pas que c’est un problème du Woyofal. Parce que comme je vous ai dit au départ, aussi bien les clients qui reçoivent leurs factures que les clients Woyofal, disposent du même type de grille tarifaire, c’est-à-dire d’une grille évolutive. Donc on consent que celui qui a les moyens de plus consommer va payer plus, c’est comme une protection des plus forte sur les plus faibles. Ceux qui ont les moyens en tout cas qui sont plus nantis vont aider plutôt les plus faibles à pouvoir bénéficier de l’énergie électrique. Donc c’est de cette manière-là que la grille a été constituée. Dans le mois, effectivement, on peut être amené à passer de la première tranche à la deuxième tranche et troisième tranche. Donc on fait attention à cela, c’est pourquoi on recommande aux clients de connaître ses aptitudes de consommation. Si on est un consommateur qui s’arrête en deuxième tranche, il faut mettre en place des habitudes d’économies d’énergies et éviter les gaspillages pour éviter de basculer dans la troisième tranche. Si on est un consommateur dont l’habitude sur les 6 mois où les 8 mois de l’année est d’être en premier tranche, il faut surveiller ses consommations mensuelles, prendre des habitudes d’économie d’énergie pour éviter de passer à la deuxième tranche.
Ce sont ses conseils que l’on peut donner à nos clients, de prendre des gestes en tout cas d’économies au niveau des foyers des ménages, de sensibiliser les autres membres des familles pour que tout le monde fasse attention à la consommation d’électricité. Ce qui va éviter de dépasser son budget qu’on avait prévu de dépenser au niveau de la facture d’électricité du ménage.
En période de chaleur, l’écrasante majorité des consommateurs basculent dans la tranche supérieure et du coup sort de la grille sociale, qu’est-ce que la Senelec compte faire pour régler ce problème ?
En fait, ce n’est pas un problème en tant que tel. Vous savez, en période de chaleur, on a des appareils supplémentaires qui arrivent. Comme je l’ai dit tout à l’heure, ces appareils vont consommer de l’énergie au moment où par exemple, on ne le faisait pas pendant les mois de fraîcheur. Donc là aussi le consommateur doit se préparer à savoir qu’à partir du mois de juin les températures vont évoluer au niveau du Sénégal. Il doit avoir besoin d’un certain nombre d’appareils pour son confort, ce qui est tout à fait normal. Maintenant, il doit prévenir cela et prendre les dispositions pour ne pas avoir de mauvaises surprises. Aujourd’hui Senelec ne peut pas modifier la grille tarifaire qui est établie en cours de mois et d’année tant que cela n’a pas été reçu pour instruction venant de la hiérarchie du Ministère de la commission de régulation. Ce qu’on peut faire, c’est aider nos clients à maîtriser leurs consommations, à faire attention au dépassement de leur consommation et d’avoir une bonne habitude de consommation.
Est-ce qu’il existe réellement une tarification sociale pour le Woyofal ?
Tout à fait, il existe bien une tarification sociale pour le Woyofal. Comme je l’ai dit précédemment, la première tranche est à 91 Fcfa sans paiement de la TVA pour 150 KWH, consommé durant un mois. La deuxième tranche, elle est à 136 FCFA, exonéré également de TVA pour un mois de consommation. Avant d’arriver à la troisième tranche qui, elle n’est pas une tranche sociale. Puisqu’à ce niveau le prix du kilowattheure avoisine les 150 FCFA en plus du TVA et d’autres taxes. En définitif, on peut considérer la première et la deuxième tranche comme étant sociale avec des « coûts allégés ».
Quelle démarche la Senelec compte faire pour rendre le système Woyofal beaucoup plus transparent ?
Aujourd’hui, nous avons entamé une série de communication et les clients vont bientôt voir effectivement que la société va être beaucoup plus présente au niveau des médias, des réseaux sociaux pour leur expliquer de manière transparente la facturation du Woyofal. Mais d’ores et déjà, ce qu’on peut dire à nos clients est de se rapprocher de Senelec, à chaque fois que le besoin se fait sentir. Ils peuvent aller dans les agences ou auprès des services après-vente pour poser leurs questions et faire des réclamations. Et les services de Senelec apporteront toutes les réponses nécessaires pour que le client ait une meilleure compréhension de ce qui se passe, comment est-ce que l’énergie est calculée dans le Woyofal.
La problématique du coût du kilowattheure constitue un enjeu majeur pour la compétitivité des entreprises, maintenant que compte faire la Sénélec pour diminuer le coût du kilowattheure, jugé élevé comparé à certains pays africains comme la Côte d’Ivoire ?
Là, c’est une question d’ordre stratégique et je ne suis pas bien outillé pour répondre. Pour ce type de question, vous pouvez vous rapprocher des autres entités de la société, qui sont plus habilitées à répondre.
Avec la production du pétrole et du gaz attendue au Sénégal en 2024, est ce qu’on peut s’attendre à une énergie bon marché ?
En tout cas le directeur général de Senelec Pape Mademba BITEYE, a fait une communication en ce sens. Et je m’en arrête là.
Votre mot de la fin
Je remercie tous les journalistes qui ont participé à cet atelier de sensibilisation. Cette session nous a permis de pouvoir nous adresser à nos clients via vos canaux. Et donc rassurer les clients comme quoi les portes de Senelec sont toujours ouvertes quel que soit le type de besoin, de demande, de réclamation. Les services, les agences…sont disposés à les prendre en charge dans les meilleures conditions pour les satisfaire.
