Les putschistes du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP) ont dénoncé, le 3 août 2023 dans un communiqué, les 5 accords militaires conclus entre la France et le Niger. La junte nigérienne exige donc le départ des 1 500 militaires français stationnés dans le pays d’ici à début septembre. Ce mouvement de dégagisme est monté d’un cran quand le CNSP dirigé par le général Tiani a donné, le 25 août dernier, un ultimatum de 48 heures à l’ambassadeur français Sylvain Itté pour quitté le territoire nigérien.
Réponse du Quai d’Orsay, « seules les autorités légitimes du Niger peuvent dénoncer les accords militaires avec la France ». Concernant la volonté du CNSP d’expulser l’ambassadeur français, c’est le même son de cloche. « Les putschistes n’ont pas autorité pour faire cette demande, l’agrément de l’ambassadeur émanant des seules autorités légitimes nigériennes élues », réplique la diplomatie française. Le président français est monté ce lundi 28 août sur ses grands chevaux : « ni paternalisme, ni la faiblesse parce que sinon on n’est plus nulle part », confirmant le refus de Paris de partir.
Le nationalisme face à l’argumentaire légitimiste et sécuritaire
Plus d’un mois après le putsch revendiqué par le CNSP, l’on oublierait presque, que le président Bazoum a été renversé du pouvoir officiellement suite à un accrochage avec son responsable de la sécurité, le général Tiani. D’un côté, les putschistes du CNSP savent que le « French bashing » fonctionne à tous les coups et ne s’en privent pas au vu de son passé colonialiste, pour faire recentrer le débat sur le nationalisme anti-francais. De l’autre, la France qui s’érige en donneuse de leçon, eu égard au discours du président Emmanuel Macron ce lundi 28 août face aux diplomates français à travers le monde et qui joue à fond la carte de la menace djihadiste sur le Sahel pour justifier la présence militaire française en Afrique, en dépit de l’hostilité de plus en plus prononcée des Africains.
Allant jusqu’à justifier l’insécurité au Sahel par le « laxisme » et affirmant que sans la présence militaire française, des pays comme le Mali, le Burkina Faso ou le Niger « n’existerait plus ». « Nous devons être cohérent » sinon la France, qui intègre le Niger au cœur de son dispositif militaire dans le Sahel « n’est plus nulle part » a lancé Emmanuel Macron à ses ambassadeurs. C’est bien de cela qu’il s’agit. D’influence, d’intérêt stratégique, de présence militaire. Mais qu’en est-il de la cohérence dont parle le président français par rapport à la présence militaire française historique en Afrique ?
L’un des argumentaires les plus brandis par Paris ces derniers jours, c’est de dire que «les putschistes n’ont pas autorité pour faire cette demande [exiger le départ de la France au Niger], qui émane des seules autorités légitimes nigériennes élues » en réponse aux demandes de départ du CNSP de l’armée française ou de l’ambassadeur Sylvain Itté en poste à Niamey. Cet argument de la légitimité ne trahit-il pas, par ailleurs, l’engagement historique des forces françaises au Niger ?
La dénonciation des accords militaires entre le Niger et la France concerne les accords conclus en 1977, en 2013, en 2015, et en 2020, portant sur plusieurs points essentiels de la relation entre Niamey et Paris dont « la coopération militaire technique », « le régime juridique de l’intervention des militaires Français au Niger pour la sécurité au Sahel », « le stationnement et les activités du détachement inter-armées Français » sur le territoire Nigérien, ou encore « le statut des militaires Français présents au Niger ».
En s’appuyant sur l’argumentaire de l’illégitimité des autorités denonciatrices des accords, la France à travers son président qui prêche la « cohérence » diplomatique omet le fait que la présence des 1500 soldats français au Niger ne repose sur aucune résolution des Nations unies mais sur la demande ou l’invitation du Niger à travers ses autorités. Et que cette invitation peut être rompue par la seule volonté du peuple Nigérien et non d’un individu dont il est l’emanation.
La « cohérence » Macroniste trahit également les accords militaires signés entre la France et le Niger, le 19 février 1977 sous le régime du Putschiste Seyni Kountché, alors chef d’Etat-major général des armées Nigériennes, qui s’est emparé du pouvoir, après avoir renversé à la suite d’un coup d’État, le 15 avril 1974 le président Hamani Diori. Ce sont ces mêmes accords que dénonce le CNSP sans pour autant leur donner un quelconque quitus.
Le cas du Tchad est bien plus flagrant. Dans ce pays, on semble assister à une passation de pouvoir entre le Maréchal Idriss Déby « Itno » décédé au front le 20 avril 2021 et son fils Mahamat Idriss Déby avec la bénédiction de la France. Le Partenariat militaire opérationnel (PMO) se poursuit entre la France et le régime transitionnel et anti-constitutionnel Tchadien. La « cohérence » de la France en Afrique est visiblement à géométrie variable.
Avec les mobilisations populaires et les manifestations quasi-quotidiennes (20 mille personnes ce week-end au stade Seyni Kountché) pour le départ des forces françaises au Niger sans mandat international, entre autres, la présence militaire française indésirable risque de prendre des allures d’une armée d’occupation et d’exacerber le sentiment anti-français dans toute l’Afrique. En témoigne la récente manifestation anti-francaise en Afrique du Sud des partisans de l’opposant Julius Malema.
