La Banque Mondiale annonce la suspension de ses financements publics envers l’Ouganda suite à la promulgation par celui-ci d’une loi criminalisant l’homosexualité et qualifiée de discriminatoire envers la communauté LGBT+.
“La loi ougandaise contre l’homosexualité contredit fondamentalement les valeurs du Groupe de la Banque mondiale. Nous pensons que notre vision d’éradiquer la pauvreté sur une planète vivable ne peut réussir que si elle inclut tout le monde, sans distinction de race, de sexe ou de sexualité. Cette loi sape ces efforts. L’inclusion et la non-discrimination sont au cœur de notre travail dans le monde entier”, annonce l’institution dans une note.
Dés la promulgation de cette loi, la mère des institutions multilatérales de développement a dépêché une équipe en Ouganda pour examiner son portefeuille dans le contexte de la nouvelle législation. Cet examen a déterminé que des mesures supplémentaires sont nécessaires pour garantir que les projets sont mis en œuvre conformément aux normes environnementales et sociales.”Notre objectif est de protéger les minorités sexuelles et de genre contre la discrimination et l’exclusion dans les projets que nous finançons. Ces mesures sont actuellement en discussion avec les autorités”, informe la Banque Mondiale.
Aucun nouveau financement public en faveur de l’Ouganda ne sera présenté au conseil d’administration de l’institution tant que l’efficacité des mesures supplémentaires n’aura pas été testée.
“Le Groupe de la Banque mondiale entretient une relation de longue date et productive avec l’Ouganda ; et nous restons déterminés à aider tous les Ougandais, sans exception, à échapper à la pauvreté, à accéder aux services vitaux et à améliorer leur vie”, conclut la Banque Mondiale.
La nouvelle loi ougandaise contre l’homosexualité prévoit que les personnes reconnues coupables d’«homosexualité aggravée» peuvent désormais être punies de la peine de mort. Bien que les relations homosexuelles soient déjà illégales dans le pays, la nouvelle loi, qui a été adoptée en mai 2023 avec le soutien de 341 des 389 députés, prévoit jusqu’à 20 ans de prison et des peines plus sévères envers ceux qui font « promouvoir » l’homosexualité et ceux qui sont coupables de relations homosexuelles. L’Ouganda a procédé à une exécution pour la dernière fois en 2005.
Les organisations Internationales engagées dans la lutte contre le Sida dans le pays craignent que cette loi qui vise les LGBT ne freine leurs efforts. La loi criminalisant l’homosexualité avait été présentée une première fois en 2009 avant de passer au parlement en 2013. Rejetée par la cour constitutionnelle locale en 2014 pour son caractère discriminatoire, cette disposition revient, huit ans plus tard. La loi adoptée par le parlement et promulguée par le président ougandais Yoweri Muaeveni comporte une disposition faisant de « l’homosexualité aggravée » un crime capital, ce qui signifie que les récidivistes pourront être condamnés à mort.
Le vote de ce projet de loi au Parlement le 21 mars avait suscité un tollé international. Le président Museveni avait demandé fin avril aux parlementaires de « réexaminer » le texte et de préciser que le « fait d’être homosexuel » n’était pas un crime mais que seules les relations sexuelles l’étaient.
Dans la version modifiée et votée le 2 mai, les élus avaient inclus dans le texte qu’ »une personne qui est présumée ou soupçonnée d’être homosexuelle, qui n’a pas commis d’acte sexuel avec une autre personne de même sexe, ne commet pas le délit d’homosexualité ».
Dans le nouveau texte, les parlementaires ont toutefois maintenu, contre l’avis du chef de l’Etat, une disposition faisant de « l’homosexualité aggravée » un crime capital, ce qui signifie que les récidivistes pourront être condamnés à mort.
Notons qu’une trentaine de pays africains criminalisent l’homosexualité.
