Le marché des Eurobonds s’est largement tari. La pénurie de dollars étouffe les économies africaines.
Les flux des devises étrangères vers le continent se sont réduits du fait de la hausse des taux d’intérêt décidée dans les pays du Nord pour juguler l’inflation, rapporte Moody’s. Dans un rapport publié le 3 août, l’agence de notation estime que du fait de cette hausse et de la guerre en Ukraine, l’appétit des investisseurs pour l’Afrique s’est réduit. “Les investisseurs évitent les actifs plus risqués et recherchent des rendements attractifs sur des marchés plus matures”, analyse Moody’s.
Cette aversion est accentuée par l’affaiblissement des monnaies locales et les effets persistants de la pandémie Covid-19. À titre d’exemple, le Kwanza angolais s’était appréciée de 11% en 2022 portée par la reprise des cours de pétrole mais s’est depuis effondré, cédant 35% en 2023. Le Shilling kenyan s’est déprécié de 20% en 2023 et le Naira nigérian de 35%.
Le marché des Eurobonds s’est largement tari. Sur les 18 derniers mois, très peu de souverains africains ont pu accéder à ce marché. Ceux qui l’ont fait sont le Maroc (Ba1 stable), l’Angola, l’Egypte et le Nigeria.
De nombreuses économies africaines ne peuvent plus accéder à ce marché de la dette. Cette exclusion devrait se poursuivre.
Le continent y dispose d’un stock de 140 milliards de dollars (chiffres FMI, 2021) émis par les géants (Afrique du Sud, Égypte, Nigeria( mais aussi par les économies moyennes (Sénégal, Kenya, Ghana et Angola ).
Les obligations souveraines en circulation ont vu leurs rendements augmenter de 6 points au cours des 18 derniers mois. Les rendements ont particulièrement augmenté pour le Ghana (Ca stable), ce qui a conduit à son défaut.
En 2022, les rendements souverains ont grimpé de plus de 650 points de base pour les pays africains et d’environ 400 points de base pour leurs homologues latino-africains.
En outre, les économies africaines font face aux pénuries de dollars, devise utilisée en général pour le règlement des importations. Certaines banques centrales rationnent les devises étrangères. Cas du Nigeria (Caa1 stable ) où de nombreux importateurs et fabricants n’ont pas accès à leurs besoins en devises. Pour sa part, l’Angola )B3 positif) avait bénéficié de la hausse des prix du pétrole, mais la liquidité en dollars s’est resserrée, obligeant la banque centrale à intervenir pour apurer une partie des arriérés accumulés de la demande en dollars.
De manière générale, la dépréciation des monnaies locales augmente la pression sur les banques locales. Les risques sont particulièrement prononcés en Égypte (revue B3 pour downgrade ) où les engagements du secteur bancaire en devises sur les 12 prochains mois atteignent 1,3 milliard de dollars.
Les banques au Kenya (B3 négatif) sont également vulnérables en raison de leurs positons ouvertes nettes courtes au bilan. Ces banques ont plus de passifs en devises que d’actifs en devises.
