Moody’s Investors Service (« Moody’s ») a abaissé le 27 juillet 2023 les notations d’émetteur à long terme en devises étrangères et locales du gouvernement du Cameroun, ainsi que la notation de sa dette senior non garantie, de B2 à Caa1. Les perspectives restent stables pour la première économique de la Communauté des Etats de l’Afrique centrale (CEMAC), attendue à une croissance de 4% en 2023 et 4,4% en 2024.
Des raisons qui ont conduit à cette dégradation, l’agence pointe « l’émergence de problèmes de gestion de trésorerie et de liquidité pour le gouvernemen ». En témoignent, les retards dans le paiement d’une série de paiements au titre du service de la dette extérieure à la fin de 2022 et en 2023. Moody’s considère que le retard de paiement à Deutsche Bank Spain, en particulier, est un incident de défaut. « Les paiements manqués sont intervenus après une série de demandes de liquidités adressées au gouvernement, notamment des subventions plus élevées pour le carburant et une augmentation des dépenses hors budget pour des besoins de sécurité croissants, dans un environnement de resserrement des conditions financières nationales et mondiales et de gouvernance faible, en particulier une trésorerie et une dette très faibles », lit-on dans le rapport de Moody’s.
La dégradation reflète également le point de vue de Moody’s sur l’augmentation des risques politiques, sociaux et de gouvernance au Cameroun en raison du conflit en cours entre le gouvernement et la minorité anglophone, ainsi que sur l’augmentation des risques de sécurité dans l’Extrême-Nord, ce qui crée d’importantes pressions sur les dépenses hors budget et pèse sur les liquidités disponibles du gouvernement.
Les perspectives sont stables en raison des facteurs qui se neutralisent. Les risques à la baisse pesant sur le profil budgétaire et de liquidité du gouvernement sont liés à la volatilité des recettes pétrolières, aux subventions aux carburants en cours, à l’augmentation des dépenses de sécurité, à la mauvaise gouvernance des entreprises publiques inefficaces et à la mauvaise gestion de la trésorerie, ainsi qu’aux risques politiques liés aux conflits actuels et à la transition du pouvoir présidentiel. Ces risques sont contrebalancés par des risques à la hausse par rapport aux hypothèses actuelles de Moody’s concernant les rendements économiques et sociaux des investissements dans les infrastructures indispensables, notamment dans les secteurs de l’énergie et des transports, et les avantages en matière de crédit des efforts visant à améliorer la gouvernance et la gestion budgétaire dans le cadre de la conjoncture internationale actuelle et du Programme signé avec le Fonds monétaire (FMI).
Moody’s a également abaissé les plafonds en monnaie locale et en devises du Cameroun à B1 et B3, contre respectivement Ba2 et B1. L’écart de trois crans entre le plafond de la monnaie locale et la notation souveraine reflète le rôle important du gouvernement dans l’économie via ses nombreuses entreprises publiques et ses institutions faibles face à des déséquilibres externes limités. Le plafond en devises maintient un écart de deux crans par rapport au plafond en monnaie locale pour refléter certains risques de transfert et de convertibilité découlant de la vulnérabilité extérieure de la région aux périodes de baisse des prix du pétrole, nonobstant la garantie du Trésor français de l’arrimage entre le franc CFA et l’euro .
