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Entretien exclusif avec Hervé Ndoba, ministre centrafricain des Finances et du Budget

« Notre transparence vise une consciente adhésion des SVT et des investisseurs à la levée des fonds à venir » Le 4 juillet 2023 à Douala, au Cameroun, le ministre des Finances et du Budget de la République centrafricaine (RCA) rencontrait son réseau de spécialistes de valeur du Trésor (SVT) et des investisseurs potentiels pour…

Hervé Ndoba

« Notre transparence vise une consciente adhésion des SVT et des investisseurs à la levée des fonds à venir »

Le 4 juillet 2023 à Douala, au Cameroun, le ministre des Finances et du Budget de la République centrafricaine (RCA) rencontrait son réseau de spécialistes de valeur du Trésor (SVT) et des investisseurs potentiels pour les préparer à la mobilisation de plus de 150 milliards de FCFA de titres publics. En marge de ces échanges, Hervé Ndoba s’est entretenu avec Financial Afrik. Exclusif!


Propos recueillis à Douala par Bernard Bangda


Après le mois de septembre 2022, vous êtes de nouveau à Douala au Cameroun.

Nous sommes ici à la suite d’une première réunion de concertation avec les spécialistes en valeur du trésor et certains autres investisseurs en septembre 2022 comme vous le dites. Nous sommes revenus pour perpétuer ce qui est devenu pour nous une tradition dans la zone CEMAC à laquelle nous appartenons. C’est une campagne de communication pour faire savoir ce que la République centrafricaine (RCA) a entrepris de faire auprès des investisseurs pour pouvoir donner des informations pertinentes et précises sur les différentes réformes que nous engageons au ministère des Finances et du Budget de façon spécifique.

Mais de manière générale, nous voulons donner l’information vraie, l’information juste sur les différents agrégats que nous avons sur tout ce que nous faisons actuellement en termes de réformes. Nous communiquons aussi sur le début des résultats que nous avons de ces réformes qu’il sied de pouvoir consolider.

Vous savez également que nous nous apprêtons à annoncer une syndication domestique pour un montant de 25 milliards de FCFA. A ce propos, nous sommes très ravis d’avoir pu échanger avec l’ensemble des réseaux des SVT et des investisseurs potentiels qui sont venus nombreux à notre invitation. Nous avons bon espoir que cette syndication domestique sera couronnée de succès.


Qu’est-ce qui vous fait croire que les montants que vous recherchez seront levés dans la sous-région le moment venu ?

Nous comptons sur la qualité de notre signature matérialisée par l’absence de défaut de paiement. Depuis qu’elle a commencé ces opérations sur le marché financier sous-régional en 2011, la RCA n’a jamais connu de défaut de paiement. Nous sommes aidés en cela par la Banque centrale qui nous accompagne à travers un mécanisme dont nous avons longuement parlé au cours de la réunion de concertation de ce jour. Je rappelle que ce mécanisme consiste en l’application des débits d’office sur le compte unique du Trésor lorsque nous arrivons aux échéances des titres publics auxquels ont souscrit les différents investisseurs.

Mais s’agissant des réformes, en réalité, nous avons un programme extrêmement ambitieux au sein du ministère des Finances et du Budget. En octobre 2021 déjà, trois mois après ma prise de fonction, j’avais organisé un important séminaire du ministère, le premier en la matière. Nous avons pu élaborer environ 276 recommandations sur plusieurs thématiques dont les principales étaient la mobilisation des recettes domestiques, l’optimisation des dépenses et la digitalisation.

Nous sommes très ravis que, dans le nouveau programme financé par la facilité élargie de crédit (FEC), programme approuvé par le conseil d’administration du Fonds monétaire international (FMI) le 27 avril 2023, l’essentiel de ces réformes a été inscrit et aujourd’hui, fait office de boussole.


Quelles sont les retombées de ces réformes sur l’économie centrafricaine ?

Elles sont nombreuses mais je vais me limiter à n’en citer que les plus pertinentes. Ainsi, dans le cadre de la mobilisation des recettes domestiques, nous avons migré sur deux applicatifs importants. Au niveau douanier, nous sommes passés de Sydonia Plus à Sydonia World. Autant dire que, dorénavant, la douane centrafricaine est capable de parler avec notamment la douane camerounaise mais aussi avec celles de tous les autres pays qui nous entourent. Et à partir desquels nous recevons ou exportons de la marchandise. Ce niveau de maitrise de cet outil nous permet d’améliorer la qualité de l’information et, évidemment, la qualité du recouvrement des taxes douanières.

Au niveau fiscal, nous avons également fait une migration qui nous permet de passer aujourd’hui à la télé-déclaration et au télépaiement. C’est une évolution majeure parce que cela va nous permettre évidemment d’avoir une information totalement dématérialisée pour pouvoir améliorer le croisement des informations avec des impacts positifs sur notre service fiscal.


Le contexte de crises spontanées dans quelques zones du pays peut être préjudiciable au développement du pays ?

Lorsque vous évoquez « les crises spontanées dans quelques zones du pays », je suis tenté de vous demander de préciser les crises et les zones dont vous parlez. Mais de façon générale, je voudrais rappeler quand même que le monde est en crise. Nous avons connu la crise humanitaire qui a totalement bouleversé le monde. Il y a la crise russo-ukrainienne dont nous subissons encore aujourd’hui les effets néfastes. Notamment la flambée des prix des produits pétroliers même si aujourd’hui, le coût du baril de pétrole est légèrement descendu par rapport au pic que nous avons observé à un moment donné. Mais il n’en demeure pas moins que, pour un pays comme la RCA qui importe tous ses produits pétroliers, vous pouvez imaginer la difficulté que cela a apportée au niveau des secteurs productifs et les impacts sur la collecte des recettes fiscales.

Nous avons connu, et connaissons toujours, la crise des financements. Le dernier rapport du FMI sur l’économie de l’Afrique subsaharienne annonce une pénurie de financements à l’international. Autant dire que les crises sont multiformes et elles touchent le monde entier, certaines régions en particulier.


Monsieur le ministre, nous parlons de la RCA ?

Pour le cas spécifique de la RCA, en plus de ces différentes crises, nous avons évidemment connu quelques crises sécuritaires dans certaines zones du pays. Mais, comme vous le savez, cette situation est loin de celle que nous avons connue il y a quelques années. Tout cela est derrière nous aujourd’hui et nous sommes en train de consolider notre position sur l’ensemble du territoire national à travers une importante stratégie de déploiement de l’administration publique.

La situation économique est bien entendu difficile, comme dans beaucoup de pays mais, aujourd’hui, nous sommes confiants dans le retour du FMI, de la Banque mondiale et d’une diversité de bailleurs de fonds auprès de la RCA. A propos de diversification des bailleurs de fonds, j’ai annoncé au cours de la rencontre d’aujourd’hui que nous engageons une importante table ronde avec les bailleurs de fonds islamiques et arabes. Elle se tiendra en octobre 2023, en marge des assemblées annuelles du FMI et du groupe de la Banque mondiale à Marrakech, au Maroc. Ce sera l’occasion pour nous de renforcer la diversification de notre portefeuille de bailleurs de fonds pour pouvoir continuer à investir dans le pays.

Certes, l’on évoque quelques crises partout en RCA mais je peux vous dire que ce portefeuille est en constante augmentation. Celui des projets financés par la Banque mondiale, la Banque africaine de développement (BAD) et par l’Union européenne connait un accroissement sans commune mesure par rapport à ce que nous avons connu dans les années antérieures. Donc, aujourd’hui, avec ces différents portefeuilles qui cumulent à environ 1,5 milliard de dollars, nous avons foi en notre capacité à financer les investissements, à les adresser dans les secteurs sociaux de base qui sont extrêmement importants pour nos populations, mais également à pouvoir amener de l’investissement dans les secteurs productifs, notamment l’agriculture où nous pensons avoir un levier qui peut permettre de faire la différence de façon pérenne.

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