La 13ème édition des Tables Rondes de l’Arbois a tenu toutes ses promesses les 3 et 4 mai 2023 à l’Université Aix-Marseille (France) avec la présence d’une cinquantaine de scientifiques de haut niveau et des représentants d’entreprises venus de plusieurs pays. Organisée par l’Université Mohammed VI Polytechnique (Maroc) en collaboration avec l’Université Aix-Marseille et le soutien du CNRS, la rencontre a confirmé la nécessité d’intensifier les efforts pour proposer un modèle énergétique décarboné en Afrique dans lequel l’Hydrogène vert jouera un rôle stratégique.
Les débats de cette agora scientifique et citoyenne ont mis en évidence différents enjeux, tels que l’impact de l’hydrogène vert dans l’accélération de la décarbonation des économies, la sécurité et l’indépendance énergétique et alimentaire, ainsi que le financement de la recherche pour accompagner la transition écologique.
Assurer la sécurité et l’indépendance alimentaire en Afrique
Les conséquences du conflit ukrainien continuent de se faire sentir en Afrique, avec des flambées des prix et une insécurité alimentaire croissante. Selon la Banque mondiale, plus de 38 millions de personnes sont déjà confrontées à une insécurité alimentaire aiguë, et entre 7 et 10 millions de personnes supplémentaires sont menacées par les conséquences de la guerre.
Dans ce contexte, l’Afrique peut garantir sa souveraineté alimentaire et agricole en investissant massivement dans la production d’engrais. Cette production, d’après les experts, doit être durable et respectueuse de l’environnement avec l’utilisation d’ammoniac vert, fabriqué à partir d’hydrogène obtenu par électrolyse, jugé efficace pour atténuer les émissions de gaz à effet de serre liées à la production des engrais.
« L’ammoniac vert est indispensable pour l’avenir de l’agriculture africaine », précise Daniel Nahon, fondateur des Tables Rondes de l’Arbois et de la Méditerranée (TRAM). Il ajoute qu’il s’agit d’un moyen important pour réduire la dépendance au gaz naturel grâce à l’électrolyse issue d’énergie solaire, et ainsi diminuer les émissions de CO2 liée à la production d’engrais.
L’Université Mohammed VI Polytechnique (UM6P) a par exemple récemment signé plusieurs protocoles d’accord comme celui avec 247Solar afin d’étudier la production d’hydrogène vert et d’ammoniac à l’aide des technologies de nouvelle génération ou encore le travail réalisé avec le groupe britannique Chariot et Oort pour évaluer et la faisabilité de la production d’hydrogène vert de l’ammoniac à grande échelle.
« L’objectif final est de devenir autonome en matière d’approvisionnement en ammoniac vert, afin de garantir la sécurité alimentaire de l’Afrique face aux crises mondiales », a expliqué Leonardus Vergutz, directeur de l’Innovation du groupe marocain OCP, lors de la dernière table ronde consacrée à l’agriculture et à l’hydrogène.
« L’augmentation de la demande d’engrais à l’échelle mondiale et la croissance correspondante des capacités industrielles nécessitent une quantité importante d’énergie. Dans ce contexte, nous devons recourir davantage aux énergies renouvelables. L’utilisation d’hydrogène vert et d’ammoniac dans la production d’engrais verts est une solution propre pour garantir la sécurité alimentaire de l’Afrique », a-t-il ajouté.
La recherche appliquée et l’innovation, une priorité pour le Maroc
L’ambition du Maroc et de l’UM6P est de répondre rapidement aux besoins en termes de formation des jeunes chercheurs, d’infrastructures de recherche, de transfert de technologies, d’acquisition et d’accès aux données, ainsi que de connexion avec des réseaux de recherche régionaux et internationaux.
« Disposer d’expertises scientifiques en Afrique est primordial pour que le continent puisse être un acteur fort des négociations internationales et être capable de prendre les bonnes décisions en lien avec ses enjeux de développement telle que la transition énergétique. Cette dynamique doit être accompagnée par une autonomisation qui requiert également une souveraineté en termes d’expertise et de savoir-faire. La valorisation de nos scientifiques et le financement des recherches sont au cœur de notre raison d’être à l’UM6P », a expliqué Hicham El Habti, Président de l’UM6P.
Lors de la clôture des Tables Rondes de l’Arbois et de la Méditerranée, Antoine Petit, président directeur général du CNRS, a souligné que « la pensée scientifique doit être plus optimiste afin de convaincre les gens des changements à opérer. Dans ce contexte, il est essentiel que la coopération scientifique au niveau européen puisse se développer, ainsi qu’au niveau mondial, à travers des partenariats tels que celui que nous avons avec l’UM6P ».
Cette 13ème édition des TRAM s’est imposée comme l’un des rares événements internationaux où des experts, des décideurs et des industriels ont accès à une plateforme de débats directs avec le grand public, dans le but de démocratiser les grandes avancées scientifiques souvent détournées par la désinformation. Elle aboutira, en tant qu’interface entre chercheurs, experts et citoyens, à la restitution des discussions et débats suscités lors de l’événement sous la forme d’un Livre blanc, afin de remplir sa mission d’informer, de vulgariser et d’expliquer avec pédagogie les découvertes qui transforment le quotidien des populations tout en faisant progresser la science.
Notons que les Tables Rondes de l’Arbois sont une conférence internationale annuelle pluridisciplinaire qui lie les sciences exactes, les sciences humaines et sociales, et les nouvelles technologies.




