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Ajay Banga hérite de ces 6 conseils de la Banque Mondiale qui ont coûté si cher à l’Afrique

Le nouveau président de la Banque Mondiale, Ajay Banga, a pris fonction le 2 juin dans une institution qui a souvent voulu jouer le rôle de co-pilote aux côtés de dirigeants africains dépendants des institutions de Bretton Woods. Le 14ème président du Groupe de la Banque mondiale en poste pour un mandat de cinq ans…

Le nouveau président de la Banque Mondiale, Ajay Banga, a pris fonction le 2 juin dans une institution qui a souvent voulu jouer le rôle de co-pilote aux côtés de dirigeants africains dépendants des institutions de Bretton Woods. Le 14ème président du Groupe de la Banque mondiale en poste pour un mandat de cinq ans doit éviter de reproduire ces 6 erreurs qui ont coûté cher à ses bons élèves africains à l’exception de ceux qui trouvèrent suffisamment d’arguments pour dire “NON”. Pas le non démagogique mais le “Non” structuré fondé sur des contre-propositions qui s’avéreront judicieuses. Ci-dessous, nous reproduisons ce que nous appelons des “erreurs d’appréciation”. 

-1-Dans les années 70, la World Bank s’oppose à la politique des grands barrages du Maroc. Feu Hassan II opposa un non constructif et poursuivit sa vision en mobilisant des ressources alternatives. Aujourd’hui, le Maroc est une puissance agricole autosuffisante et principale fournisseur d’agrumes à l’Europe.

2- Dans les années 80. S’appuyant sur l’expertise des monétaristes du FMI, la Banque Mondiale décrète des politiques d’ajustement structurel consistant à dégraisser l’Etat et à privatiser les entreprises publiques. En Afrique subsaharienne, la leçon fut appliquée à la lettre pour une privatisation au bilan contestable. En Afrique du Nord, la privatisation bénéficia d’abord au secteur privé l’Etat. L’ajustement structurel accéléra la mort des secteurs de la Santé et de l’Education jugés improductifs. 

-3. Dans les années 90. La Banque Mondiale et surtout le FMI imposèrent une dévaluation de 50% du Franc CFA pour soi-disant redonner de la compétitivité aux exportations de la zone regroupant 14 pays. Une mesure plutôt catastrophique car doublant en une nuit les engagements des débiteurs de la zone, Etats, entreprises et ménages,  par rapport à l’extérieur. 

-4. Dans les années 80: la Banque Mondiale conseillait-elle vraiment aux pays africains d’investir dans les infrastructures de base plutôt que dans le capital humain ? C’est Jim Yong Kim, alors président de la Banque Mondiale, qui le disait en marge des assemblées World Bank-FMI à Bali: “Nous nous sommes trompés en conseillant au Nigeria de faire focus sur les infrastructures de base plutôt que dans le capital humain”. Attention à ce faux aveux. La Banque Mondiale n’a jamais soutenu la construction des grandes infrastructures en Afrique. 

-5. Depuis les années 2000. la Banque Mondiale conseille aux pays africains de transformer leurs petites raffineries déficitaires en dépôts et d’importer des produits pétroliers finis. Grave erreur qui rend les pays africains vulnérables aux fluctuations du marché international et les expose à la pénurie. La raffinerie géante de Dangote doit être dupliquée partout sur le continent pour garantir un approvisionnement compétitif du marché. 

6- depuis 2020. La Banque Mondiale demande à des États à peine sortis de la pandémie d’abandonner les subventions à la pompe et sur les denrées de base au profit d’une politique de ciblage qui rassemble étrangement à la formule socialiste de Lula Da Silva. L’on voudrait lâcher la bride à l’inflation que l’on ne s’y prendrait pas autrement. 

Ces 6 conseils non exhaustifs montrent combien il est important de changer de paradigme. Cela d’autant que la Banque Mondiale semble se reconvertir dans ses objectifs en une institution travaillant pour l’éradication de la pauvreté plutôt que pour le développement. 

La  Banque Mondiale qui a récemment décidé de mettre fin aux investissements dans le secteur extractif pour hâter la transition énergétique ne devrait plus se mêler des politiques publiques africaines. Si son assistance est précieuse, ses recommandations soumises à la lumière du temps s’avèrent inefficaces.

D’où l’importance pour Ajay Banga de proposer une nouvelle vision du développement basée justement sur le financement des projets structurants, des routes et centrales électriques, plutôt que l’assistance au développement. Le remède et non le palliatif. L’accompagnement pour le développement et non le geste humanitaire, les deux n’étant pas, bien entendu, antinomiques. 

De l’autre côté, les États africains doivent sortir de l’obsession du bon élève, faiblement endetté mais sous éternelle assistance, pour épouser la détermination des pays de l’Asie du Sud-Est. “Osons mécontenter nos amis. Osons nous tromper” pour la cause du développement. Après 60 ans de coopération avec la Banque Mondiale, le bilan est patent: une courbe PIB par habitant qui ne décolle pas, 600 millions d’africains qui n’ont pas accès à l’électricité et 900 millions qui n’ont pas accès au gaz butane. Il n’est jamais trop tard pour se réveiller. 

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