Décryptage des dessous du voyage de Félix Tshisekedi méthodiquement et minutieusement préparé
Le président de la République Démocratique du Congo (RD Congo) a effectué une visite d’Etat en Chine, du 24 au 29 mai derniers. Outre les rencontres au sommet avec l’establishment de la nouvelle génération politique chinoise de l’ère Xi, le chef de l’Etat congolais a eu droit à une visite symbolique de l’une des sept merveilles du monde à savoir la grande muraille de Chine, avant des discussions économiques dans les hubs numériques de Shanghaï et de Shenzhen. Mais surtout avec les autorités chinoises, Félix Tshisekedi a redéfini le cadre bilatéral du partenariat entre les deux États.
Lors de la rencontre au sommet entre la délégation chinoise et la délégation congolaise, vendredi 26 mai, les deux dirigeants ont eu des mots significatifs pour qualifier l’état des relations bilatérales entre la Chine et la RDC.
Dans son speech introductif, le leader chinois Xi Jinping a exprimé à son homologue congolais, sa volonté de consolider une coopération pragmatique avec la RDC. Il a félicité le président Tshisekedi pour son leadership national et régional pour consolider la paix, le développement et la stabilité en Afrique et en RDC en particulier.
En marge du tête-à-tête à Beijing entre les deux présidents, Pékin a également annoncé une aide d’urgence de 1 million de dollars pour secourir les populations sinistrées de Kalehe (au nord de la ville de Bukavu), victimes de pluies diluviennes.
De ce qui précède, l’on note que le chef de l’Etat chinois, dans un style diplomatique propre aux Chinois, a manifesté sa volonté de faire évoluer la coopération bilatérale. « Je suis d’avis qu’il faut créer plus d’opportunités entre nos pays et faire évoluer les relations bilatérales vers un partenariat global stratégique », a t-il déclaré.
Prenant la parole à la suite du président chinois, le président Félix Tshisekedi a remercié son hôte pour l’accueil chaleureux du peuple et des autorités chinois offert à lui, son épouse et la délégation congolaise. Il a, d’entrée de jeu, salué les grandes réalisations accomplies par la Chine durant les dix dernières années notamment sous le leadership du président Xi Jinping.
Le chef de l’État congolais a souhaité que les deux pays franchissent une étape nouvelle dans le partenariat qui lie les deux Etats au profit de leurs peuples respectifs tout en saluant les valeurs communes aux deux pays. « J’apprécie l’histoire de la Chine et son combat mené pour défendre sa souveraineté tout comme le Congo ; et la tradition de non-ingérence de la Chine est également une valeur partagée », a dit le président Tshisekedi.
Ainsi à l’issue de cette rencontre au sommet, les deux dirigeants ont co-presidé la signature de quatre mémorandums et d’un accord de coopération. (Voir les détails dans cette précédente publication)
Le nouveau cadre des relations sino-congolaises
A l’annonce de ce déplacement du président Tshisekedi au pays du soleil couchant, la question de la renégociation du contrat «mines contre infrastructures» signé en 2008 entre l’Etat chinois et l’Etat congolais est revenu au goût du jour.
Cette question, selon nos sources, a été intégrée dans l’agenda du nouveau partenariat global stratégique. Une source, qui était au centre des préparatifs de ce voyage et de la définition prospective du futur partenariat stratégie entre les deux États, nous indique : « on n’a pas renégocié ici. Toutes les négociations sont en cours (…). On est venu redéfinir le cadre d’une coopération bilatérale d’État à État. Il s’agissait ici de conclure un accord d’État à État plutôt que des accords entre la RDC et des sociétés minières individuelles ».
« Qu’à cela ne tienne, les discussions se poursuivent à merveille et dans un climat de co-fraternité », renchérit un officiel chinois en charge des dossiers africains.
Le sous-sol congolais au cœur des convoitises géopolitiques
« Il apparaît difficile de desserrer l’emprise chinoise autrement qu’à la marge», juge Thierry Vircoulon, le coordonnateur de l’Observatoire de l’Afrique centrale et australe de l’Institut français des relations internationales (Ifri). Pour profiter des trésors du sous-sol congolais, les Etats-Unis sont à l’offensive, et ont signé un accord avec la RD Congo et la Zambie en janvier 2023, promettant une logique de montée en valeur dans l’espoir de réduire leur dépendance à la Chine. Côté français, le président Emmanuel Macron s’est déplacé en mars dans le pays. Et a annoncé la signature d’un accord entre le BRGM et le service géologique national du Congo autour de l’exploration du sous-sol congolais et de l’exploitation “responsable” de ses ressources.
Pays de la solution écologique et catalyseur des véhicules électriques, la RD Congo, un scandale géologique, surfe sur ses ressources, et met en avant son potentiel inexploité dont le graphite, le nickel, le chrome ou le lithium… Reste que la lutte entre les entreprises pour ces gisements souvent critiques sera acharnée, comme en témoigne le conflit déjà ouvert entre l’australien AVZ Minerals et l’entreprise chinoise Zijin Mining autour de la propriété du gisement de lithium de Manono, jugée très prometteur.
Pour tous les métaux critiques, «des entreprises anglo-saxonnes sont à l’offensive, mais elles ne paraissent pas aussi compétitives et rapides que leurs concurrentes chinoises, ni aussi généreuses alors que le secteur minier est le centre de la corruption dans le pays», estime Thierry Vircoulon. Et la Chine a l’avantage d’avoir démarré plus tôt.
D’un « partenariat stratégique de coopération gagnant-gagnant à un partenariat de coopération stratégique global »
La Chine et la RDC ont, au cours de ce voyage du président congolais, renforcé leur partenariat, a déclaré vendredi le ministère chinois des Affaires étrangères, au moment où les deux pays renégocient des contrats miniers pour les réserves minérales de la RDC. Cette première visite d’Etat de Félix Tshisekedi en Chine – investisseur majeur en RDC et puissance asiatique non négligeable dans la lucrative industrie minière – est la dernière en date d’une série d’échanges diplomatiques entre Pékin et les pays africains.
Le président Tshisekedi et son homologue chinois Xi Jinping ont également annoncé qu’ils relevaient « la relation bilatérale d’un partenariat stratégique de coopération gagnant-gagnant à un partenariat de coopération stratégique global », selon un communiqué du ministère chinois des Affaires étrangères.
Au-delà des accords de partenariat signés entre les deux États dans le cadre de ce partenariat dit stratégique global, il appartient à la partie congolaise de faire preuve de vigilance dans la mise œuvre en ayant à l’esprit la préservation des intérêts du peuple congolais comme le martèle sans cesse le président Tshisekedi.
Dans cette phase de mutation géopolitique, les grandes puissances savent que l’avenir du monde se jouera en Afrique, ainsi l’Afrique avec l’entrée en vigueur de la Zlecaf se trouve au cœur d’une lutte d’influence entre les grandes puissances, la Chine, la Russie et les États-Unis qui ont tous dépêché leurs chefs de la diplomatie dans la région pour des offensives diplomatiques rivales cette année. La RDC se trouve dans cette prospective en ligne de mire.




