Par Maya Myral, Alger.
L’Algérie envisage d’introduire un Dinar numérique qui sera émis, géré et contrôlé par la Banque centrale. Quel en sera l’apport, voire même l’utilité ? Cet engagement ne signifie-t-il pas «mettre la charrue avant les bœufs» sachant que le Dinar traditionnel évolue à des niveaux bas ? Les experts en parlent et apportent, avec force arguments, de précieux éclairages. Du haut de sa grande expérience, Omar Berkouk, expert financier, évoque un «grand avantage de pouvoir lutter efficacement contre l’informel et soutenir l’inclusion financière de la partie de la population qui se situe en dehors des circuits financiers». Un avantage, oui. Mais non sans conditions.
L’acceptation de cette monnaie numérique dans les échanges est tributaire, selon M. Berkouk, de l’impérative favorisation de «sa diffusion et son emploi par les agents économiques». Le «new» Dinar «devra avoir le même cours légal qu’un billet de Banque ». Les portefeuilles numériques, eux, «devraient être accessibles à tout moment ».
Toutefois, compte tenu des performances timides du réseau internet, la démarche risque de se transformer en une quadrature du cercle. Au chapitre des avantages, M. Berkouk croit mordicus que la monnaie numérique s’érigera en un «puissant moyen de contrôle des autorités monétaires et fiscales des transactions financières».
En contrepartie, «les coûts de création et d’intermédiation financière seraient fortement réduits».
Sur ce sujet, l’ancien directeur de la dette extérieure à la Banque d’Algérie, Rachid Sekkak, plaide pour un «éclairage sur la stratégie nationale de promotion des services financiers numériques». Un autre cadre bancaire, sous couvert d’anonymat, note que le Conseil de la monnaie et du crédit «viserait l’inclusion financière par l’émission du ‘’E. Dinar’’ et non pas la stabilité financière altérée par les crypto-actifs ainsi que l’exclusivité du pouvoir régalien d’émission ». Aux yeux de notre interlocuteur, des précisions s’imposent sur le sujet : «monnaie de gros ou de détail? mise à disposition directe ou déléguée aux banques ? anonyme ou pas ? »
Quant aux entreprises, cet outil sera garant d’une réduction et une meilleure gestion des charges, un accès facilité à des ressources financières, et un déploiement de nouveaux modèles d’affaires reposant sur des micro- paiements réguliers.
Côté gouvernement, le Premier ministre, Aïmene Benabderrahmane, relève un double défi : « A l’ère du numérique, le besoin de renforcer la sécurité et le contrôle des systèmes de paiement se fera sans doute ressentir, de nouveaux enjeux auxquels la Banque d’Algérie doit faire face». Tout récemment, le ministre des Finances, Laziz Faïd, présentant la nouvelle Loi monétaire et bancaire au niveau des deux chambres du Parlement, a tenu, pour sa part, à lever certaines équivoques qui entouraient la démarche, précisant qu’il «ne s’agit pas de création monétaire», ni de «crypto-monnaie».
Si la monnaie électronique pourrait être un modèle efficace pour l’Algérie et un tremplin vers la digitalisation de ses services financiers, le Gouvernement ainsi que la Banque d’Algérie, en sa qualité d’émettrice, auront du pain sur la planche. Le projet rejette toute approximation.
