“Il n’y a pas de preuves que les services secrets marocains ont utilisé le logiciel Pegasus pour espionner des journalistes et des officiels européens”. C’est le contenu d’un rapport adopté par le parlement européen lundi 8 mai, avec 30 voix pour, 3 contre et 4 abstentions.
Signé par Sophie in’t Veld, eurodéputée néerlandaise du parti Démocrates 66, le rapport mettra-t-il fin à la suspicion partie en 2021 des révélations d’Amnesty International et de Citizen Lab et relayées par un consortium de journalistes? Rien n’est moins sûr.
Selon les dites révélations aujourd’hui remises en question, les téléphones portables du Premier ministre espagnol Pedro Sanchez, de la ministre espagnole de la Défense Margarita Robles, du ministre espagnol de l’Intérieur Fernando Grande-Marlaska, ainsi que du ministre espagnol de l’Agriculture Luis Planas, étaient sous écoute des services marocains à travers le fameux logiciel de la société israélienne NSO.
“Ces informations n’ont pas été confirmées”, affirme le rapport de 56 pages, dans lequel le Maroc est peu cité. “Il n’y a pas de preuve d’espionnage, car le Maroc n’a pas espionné”, a quant à lui affirmé l’expert en cybersécurité Jonathan Scott sur son compte Twitter le 9 mai.
Dans ce même tweet, lit-on dans Tél Quel, “le spécialiste indique qu’il s’agit d’une “chasse aux sorcières menée par Amnesty et CitizenLab”, les deux organismes à l’origine des accusations d’espionnage, et que “le problème est que bien que la commission PEGA ne dispose d’aucune preuve d’espionnage par le Maroc, le Parlement européen a quand même condamné le Maroc et signé une résolution contre le royaume”.
Selon l’enquête du consortium des journalistes, hormis les traces de Pegasus sur les IPhone, sur les 30 téléphones analysés, deux adresses se trouvaient bien au Maroc.
Pour sa part, le royaume a démenti dès le départ tout recours par ses services de sécurité au logiciel Pegasus. En avril dernier, Rabat a fait appel après avoir été débouté des 15 plaintes déposées depuis juillet 2021 suite à l’affaire Pegasus. C’est pour participer pleinement à la manifestation de la vérité que l’État marocain vient de se constituer partie civile dans l’affaire Pegasus, affirmait l’avocat Olivier Baratelli, qui défend le royaume. “Jamais le Maroc n’a acheté, acquis ou utilisé ce logiciel Pegasus fabriqué par la société NSO », martèle l’avocat devant une justice française agrippée derrière le sacro-saint principe qu’un État ne peut pas engager une poursuite pour diffamation”.
En 2021, une enquête internationale avait révélé qu’au moins 50 000 personnes étaient surveillées par une douzaine d’États grâce à un logiciel israélien. Pegasus permet de prendre le contrôle d’un téléphone, donne accès à l’intégralité du contenu de l’appareil ainsi qu’à son microphone et sa caméra.




