L’annonce du départ de Idrissa Seck, président du Conseil économique et social (CESE), de la coalition au pouvoir, intervenue après une courte retraite de l’intéressé dans la station balnéaire de Saly (70 km au Sud de Dakar) où il a consulté et reçu, accélère la recomposition du champ politique sénégalais. « Je suis candidat aux présidentielles de 2024 » a déclaré samedi 22 avril 2024, le disciple de la confrérie Mouride, arrivé deuxième aux dernières élections présidentielles. Ce divorce à l’amiable annoncé avec un sourire splendide fait de l’éphémère dauphin putatif du président Abdoulaye Wade l’une des trois cartes maîtresses du camp libéral en vue des joutes à venir.
En effet, aux côtés de la candidature possible du président Macky Sall à sa propre succession (le débat n’est pas constitutionnel mais politique, a rétorqué le chef de l’Etat en réponse à l’hebdomadaire français L’Express, maintenant le suspens parmi ses partisans et adversaires) il y a celle toujours évoquée mais encore non confirmée de Karim Wade.
En exil depuis 2017 au Qatar après une condamnation en 2015 par la Cour spéciale contre l’enrichissement illicite (CREI), une juridiction spéciale, suivie d’une grâce présidentielle, le successeur “naturel” du président Wade aurait recouvert ses droits civiques comme pourrait l’attester, souffle ses inconditionnels, son inscription dans les listes électorales faite discrètement à l’ambassade sénégalaise de Turquie.
Une chose est sûre, ces trois figures totémiques constituent le trigone libéral qui doit faire face à un camp de gauche allant du socialisme centriste de Khalifa Sall (ancien maire de Dakar condamné dans l’affaire dite de la caisse d’avance et dont le sort est suspendu à une amnistie) au nationaliste Ousmane Sonko, leader du Pastef, arrivé troisième aux présidentielles de 2019 mais empêtré aujourd’hui dans plusieurs dossiers judiciaires mettant sa candidature au centre des spéculations.
il va sans dire que dans les présidentielles de 2024, l’enjeu pour les libéraux sera de conserver un pouvoir acquis depuis 2000 et qui devrait, ainsi que le prophétisait Abdoulaye Wade en 2012, rester entre leurs mains pour 50 ans. Pour l’opposition à ce camp libéral composée de socialistes et de Trotskistes qui s’ignorent, de “Melenchionnistes retrouvés, ainsi que de transfuges de la société civile,
il s’agira comme en 2000 st 2012 de forcer l’alternance. Aussi, l’on assiste à une bipolarisation du camp politique sénégalais entre libéraux et républicains d’un côté et, de l’autre, une paella espagnole de démocrates, socialistes et nationalistes. Le jeu des grandes alliances devrait aboutir selon les observateurs à deux grands pôles en lieu et place d’un champ politique hétéroclite et morcelé dans 300 partis souvent portés, ergote un analyste, par des ego parfois démesurés de quelques technocrates revanchards écartés des leviers de pouvoir.
La dynamique vers la rationalisation de la vie politique en deux grandes alliances donnera plus de respiration à la démocratie en installant le débat stratégique sur le modèle de développement, la réforme de la fiscalité, l’usage des ressources des hydrocarbures, les grands chantiers,
en lieu et place des marchandages électoraux et de la course aux révélations, exercices au demeurant non exempts de risques judiciaires.
Pour les libéraux, il s’agira, en 2024, de maintenir le rythme de rattrapage dans les infrastructures et les services de base. Chez le camp des socialistes et assimilés, le must est ds replacer l’outil de production non pas entre les mains des prolétaires mais plutôt dans celles des nationaux entrepreneurs au risque de paraître parfois aux antipodes des positions panafricanistes en faveur de la ZLECA.
