Les marchés fonctionnent manifestement à la peur. Après la faillite de la Silicon Valley Bank (SVB), la déroute de Crédit Suisse, deuxième banque helvétique reprise fissa la malle par la rivale UBS, une seule question tenait toutes les Bourses en haleine vendredi 24 mars: à qui le prochain ? Les regards sont rivés vers Deutsche Bank contre laquelle les loups du marché spéculent à haute intensité.
Les actions de l’institution allemande sont vendues et les assurances sur sa faillite prochaine, les couvertures de défaillance (les fameuses CDS pour Credit Default Swaps) achetées à prix d’or. Pour rappel, les CDS (Credit Default Swap) sont des produits dérivés qui jouent le rôle d’assurance, permettant de se protéger contre le non remboursement d’une dette. En cas de crise, les détenteurs de titres d’une entreprise défaillante préfèrent s’en départir et investir dans les CDS qui montent en flèche en cas de crise. Le marché étant mû par le gain, il est plus profitable d’ investir dans l’ amplification de la chute que dans le sauvetage d’une banque. C’est là le côté amplificateur des CDS dénoncé à chaque crise et qui risque de se retrouver une nouvelle fois au centre de la polémique. Si au départ, les CDS avaient pour rôle de protéger le créancier contre le non remboursement d’une dette, avec le temps, , les CDS, notamment ceux dits « nus » (interdits en zone euro depuis 2012) sont achetés juste pour les besoins de la spéculation.
La crise bancaire actuelle voit les mêmes scénarios se répéter comme lors de la crise grecque. Le « credit default swap » (CDS) à cinq ans de Deutsche Bank a grimpé à plus de 220 points de base, au plus haut depuis fin 2018, selon les données de S&P Market Intelligence. Car, vendredi, la bataille rangée entre vendeurs (hedge fund, fonds spéculatifs en général) et acheteurs (souteneurs constituées d’institutions publiques en général) a été mémorable autour de la Deutsche Bank. La banque allemande a perdu jusqu’à 15 % en milieu de séance pour finalement clôturer en baisse de 8,53 %. Des milliards d’euros ont permis de contenir l’attaque et d’éloigner momentanément la meute en attendant un lundi de toutes les peurs.
En France, Société Générale, épiée aussi par la « meute », perdait 6,13%, la plus forte baisse de l’indice CAC 40. La banque rouge et noir a perdu un quart de sa valeur depuis le 9 mars, veille de la faillite de SVB. « Je pense qu’il n’y a aucune rationalité, aucune explication rationnelle à cette nervosité » sur les marchés, indiquait Frédéric Oudéa, le patron de Société Générale qui continue de marteler que « les banques européennes sont solides ». Comme si c’était seulement une question de bilan ! Le recul de 2,5% de l’indice Stoxx des 600 premières banques européennes montre que la crise est d’abord psychologique. BNP Paribas a perdu 5,27% sur la peur, les anticipations et non sur sa bonne santé. A Londres, Standard Chartered a dévissé de 6,42%, Barclays de 4,21%) et Natwest de 3,58% envers et contre déclarations de Christine Lagarde, la présidente de la Banque centrale européenne, qui continue à réaffirmer la résilience du système bancaire qui « dispose de solides positions en termes de capital et de liquidités ».
