Avec une forte production, la filière d’anacarde ivoirienne doit face aux défis de la transformation sur place.
Avec le cacao et le café, la noix de cajou est l’un des produits phares de l’agriculture ivoirienne. Le pays bénéficie de conditions climatiques idéales pour cette culture avec une forte présence de soleil et de pluies régulières. Les sols sont également adaptés, ce qui permet d’obtenir des noix de cajou de grande qualité, à croire les spécialistes.
D’ailleurs, la production a connu une forte hausse en 2020 et 2021, malgré la pandémie de Covid-19. Elle a atteint environ 849 000 tonnes en 2020, soit une augmentation de 33% par rapport à 2019. En 2021, la production était estimée à environ 1 million de tonnes, un niveau historique pour le pays. Le gouvernement a fixé le prix d’achat aux producteurs à 305 FCFA/kg pour la campagne 2021 et a renforcé la lutte contre la fuite des noix vers les pays voisins et encouragé la transformation locale des noix.
La Côte d’Ivoire exporte principalement ses noix vers l’Inde, le Vietnam et le Brésil qui disposent d’industries de transformation. Le pays est aujourd’hui le troisième exportateur mondial et a, en 2021, a vendu pas moins de 30 022 tonnes de cette noix aussi appelée «or gris». Aujourd’hui, la noix de cajou ivoirienne est reconnue pour sa qualité supérieure et son goût unique, ce qui lui permet de se positionner sur les marchés internationaux les plus exigeants. Les principaux clients de la Côte d’Ivoire en matière d’exportation de noix de cajou sont l’Europe, les États-Unis et l’Asie.
Cependant, même si l’anacarde est un produit agricole clé pour l’économie de la Côte d’Ivoire, la transformation de la noix brute en produits à valeur ajoutée reste un défi important pour le pays. Alors que le secteur de la transformation de l’anacarde a connu une croissance rapide ces dernières années, il existe encore de nombreux défis à relever pour améliorer la transformation et la commercialisation de ce produit. Selon un rapport de l’Organisation des Nations unies pour le développement industriel (ONUDI), le potentiel de la transformation de l’anacarde en Côte d’Ivoire est énorme, avec la possibilité de créer de nombreux emplois et d’augmenter les revenus des agriculteurs locaux. L’un des principaux défis est le manque d’infrastructures et d’équipements de transformation adéquats. En effet, la plupart des petites et moyennes entreprises impliquées dans la transformation de l’anacarde en Côte d’Ivoire ne disposent pas des équipements de traitement nécessaires pour produire des produits de haute qualité et répondre aux normes internationales. De plus, la gestion des déchets de l’anacarde est également un défi, car les coques et les résidus peuvent avoir un impact négatif sur l’environnement. Selon un article publié par l’Institut national de la recherche agronomique de Côte d’Ivoire (INRA-CI), la gestion des déchets de l’anacarde peut être améliorée grâce à la production de biocarburants et de fertilisants organiques.
Enfin, l’accès aux marchés internationaux est un autre défi important. Les normes de qualité et de sécurité alimentaire sont strictes et les coûts de certification et de conformité aux normes internationales peuvent être élevés. Selon l’ITC (International Trade Center), les exportateurs de produits transformés à base d’anacarde doivent également être en mesure de satisfaire les exigences spécifiques des clients, telles que la traçabilité des produits et la certification halal ou casher.
Malgré ces défis, des initiatives ont été lancées pour améliorer la transformation de l’anacarde en Côte d’Ivoire. En 2018, le gouvernement a lancé un programme visant à encourager les investissements dans la transformation locale de l’anacarde. Le programme vise également à renforcer les capacités des entreprises locales de transformation et à améliorer l’accès aux marchés internationaux. Quatre zones industrielles destinées à la transformation sont d’ailleurs en construction à Bouaké (centre), Korhogo (nord), Bondoukou (est) et Séguéla (nord-ouest). Dans la future zone industrielle de Bouaké, un site de plus de 400 hectares sera exclusivement dédié à la transformation de l’anacarde.
Le gouvernement ivoirien a pour ambition de transformer 50% de sa production d’anacarde sur place d’ici à 2026. Cette décision a été annoncée par le Premier ministre ivoirien, Patrick Achi, lors du lancement d’un plan d’action pour la transformation de l’anacarde en janvier 2021. Le plan prévoit des mesures pour améliorer la qualité de la production d’anacarde et pour encourager l’investissement dans les infrastructures nécessaires pour transformer les noix d’anacarde en produits finis. Le gouvernement a également l’intention de mettre en place des incitations pour encourager les entrepreneurs locaux à investir dans la transformation de l’anacarde.
Selon le Premier ministre Patrick Achi, cette initiative devrait créer des milliers d’emplois pour les populations locales et augmenter considérablement la richesse du pays. Il a également souligné que la transformation de l’anacarde sur place permettrait à la Côte d’Ivoire de réduire sa dépendance à l’égard des exportations de matières premières. Des initiatives similaires ont été lancées dans d’autres pays producteurs d’anacarde en Afrique, tels que le Nigeria et le Bénin, qui ont également l’intention de transformer une grande partie de leur production d’anacarde sur place.




