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Cameroun : dissonances autour du projet de liquéfaction du gaz naturel de Limbé

L’année 2023 aurait pu être celle de l’entrée en production du projet de Gaz naturel liquéfie (GNL) à partir d’une unité flottante à Limbé, dans le Sud-Ouest, conformément à la convention signée en 2018 entre l’Etat du Cameroun et la société britannique New Age pour le développement du champ gazier du permis Etindé. Il s’agit…

L’année 2023 aurait pu être celle de l’entrée en production du projet de Gaz naturel liquéfie (GNL) à partir d’une unité flottante à Limbé, dans le Sud-Ouest, conformément à la convention signée en 2018 entre l’Etat du Cameroun et la société britannique New Age pour le développement du champ gazier du permis Etindé. Il s’agit d’un bloc couvrant une superficie de 2 316 km² dans l’offshore, d’où se trouve Issombo marine bassin sur lequel devrait être extrait ledit gaz naturel.

Au-delà des problèmes de sécurité liés aux violences sociopolitiques qui secouent les régions du Nord-ouest et du Sud-ouest, ce projet gazier rencontre des blocages dans sa réalisation du fait des dissonances et des divergences apparues pour son développement après la phase d’exploration menée  par la firme New Age en association avec la filiale locale d’Euroil, une entreprise détenue par des investisseurs privés camerounais, proches des cercles du pouvoir.

Premier couac, alors que l’on s’attendait que ce soit la Société nationale des hydrocarbures (SNH), bras séculier de l’Etat dans les transactions pétrolières qui procède au lancement de l’appel d’offre international pour l’exploitation du permis Etindé, c’est plutôt la New Age qui l’a fait. Pourtant, la mission dévolue à la firme britannique ne concernait uniquement que l’exploration. Bien plus, pour un projet de ce type, il est difficilement compréhensible que l’appel d’offre soit lancé par une entreprise étrangère.

Selon nos informations, la véritable pomme de discorde se trouve dans la conduite de la phase de développement ou d’exploitation du projet. En effet, deux visions s’affrontent au sein de l’establishment. D’abord, les tenants d’une unité flottante de liquéfaction du gaz naturel à l’instar de Kribi ; ensuite,  les partisans du développement d’un gaz plane, c’est-à-dire, la construction d’une méga structure au large de l’océan Atlantique à Limbé susceptible d’entrainer la création des centaines d’emplois directs et indirects. Une option qui met l’accent sur la mise en valeur des ressources locales avec l’avantage de conforter cette cité balnéaire comme un pool de développement industriel.

Pour les partisans du développement d’un gaz plane, il ne fait l’ombre d’aucun doute que « le projet de Kribi qui se limite à une unité flottante est un échec en ce sens qu’il prive les Camerounais de milliers d’emplois ». Autrement dit, pour le projet de Kribi non seulement « la Société nationale de raffinage (SNH) n’avait pas besoin de Perenco, car elle dispose de ressources pour mener seule ce type d’investissement, mais à travers ce bateau flottant, on prive les Camerounais de la main d’œuvre locale, ce qui aurait pu lutter contre le chômage ». Pour preuve, sur cette unité flottante, l’on « trouve essentiellement des expatriés, entre autres, des Norvégiens, des Français, des Indo-pakistanais…». Pourtant, en optant pour une mégastructure, le Cameroun en tirerait grand profit avec des retombées économiques palpables à l’instar des pays comme l’Angola, la Guinée équatoriale ou du Nigeria qui ont refusé des unités flottantes et développé des plateformes.

Vers une réactualisation du projet gazier

Au regard de la conduite dont ces projets sont menés, des experts viennent à conclure que « le management de la SNH est questionnable, car l’on se rend à l’évidence qu’il ne profite pas aux Camerounais ». En d’autres termes, la SNH devrait calquée l’exemple de la Saudi Arabco, la société nationale de pétrole de l’Arabie Saoudite qui s’occupe de la recherche des partenariats et des financements avec qui elle signe des contrats de développement, ce qui rend son activité plus efficace d’autant que « le gouvernement n’interfère pas dans le fonctionnement de l’entreprise ».

Face aux blocages enregistrés dans la mise en exploitation de ce projet, le gouvernement est de plus en plus favorable pour le développement d’un « projet à valeur ajoutée », c’est-à-dire, la construction d’un gaz plane en lieu et place d’un « simple » bateau flottant. Ce changement de cap dont on attend la confirmation officielle et qui constituerait une réelle « avancée » pour la réalisation du projet gazier de Limbé découlerait entre autres, des changements intervenus dans l’actionnariat.

D’après des sources, et sous réserve de la confirmation de la nouvelle cartographie de l’actionnariat, le géant pétro-gazier russe Lukoil serait le seul à détenir 37,5% des actifs sur ce permis. Les autres partenaires au projet étant  New Age qui aurait vu ses actions fondre de 37,5% à 12,5%,  l’autre firme britannique Bowleven se retrouverait à 20% d’actifs, le français Perenco qui a fait son entrée dans le capital détiendrait 12% d’actions tandis que la SNH a opéré un bon avec 18% des parts.

Faut-il le préciser, le projet gazier de Limbé dont les réserves seraient importantes, c’est au départ 30 000 barils de condensat par jour et 1,3 million de tonnes métriques de gaz naturel liquéfié chaque année, sans oublier le gaz domestique. Entre autres avantages, son entrée en production devrait entrainer la baisse du coût du gaz domestique. En tout état de cause, la décision des pouvoirs publics est attendue en vue d’impulser le projet.

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