Alger vient de rappeler, mercredi 8 février 2023, son ambassadeur à Paris pour « consultations ». Une semaine auparavant, soit le 2 février, le Maroc voisin mettait fin aux activités de son ambassadeur à Paris. Il est rare que les deux pays maghrébins, en guerre froide depuis plus d’un demi-siècle, se brouillent simultanément avec l’ex puissance colonisatrice. Que s’est-il donc passé pour que Paris, engagée dans un jeu d’équilibriste permanent entre Alger et Rabat, se retrouve presque hors jeu ? D’aucuns parlent d’erreurs politiques. D’autres de messianisme droit-de-l’hommique que les deux pays africains interprètent tantôt par de l’ingérence dans leurs affaires intérieures ou, à tout le moins, par de la déloyauté de la part de la France. Les faits sont les suivants.
L’Algérie accuse la France d’avoir clandestinement exfiltré la militante franco-algérienne Amira Bouraoui, de Tunis vers Lyon, le lundi 6 février. Dans une note officielle du ministère des Affaires étrangères, l’Algérie a protesté fermement contre « l’exfiltration clandestine et illégale, par des personnels diplomatiques, consulaires et de sécurité relevant de l’État français en Tunisie, d’une ressortissante algérienne dont la présence physique sur le territoire national est prescrite par la justice algérienne ». L’Algérie, qui évoque la violation de sa souveraineté nationale, rejette ce développement « inadmissible » qui cause « un grand dommage » aux relations algéro-françaises.
Ces nouvelles tensions entre les deux pays surviennent alors que les relations s’étaient réchauffées avec la visite d’Emmanuel Macron en Algérie en août 2022. Le président algérien, Abdelmadjid Tebboune, est lui attendu à Paris en mai prochain.
Quant à la mise à terme des fonctions de l’ambassadeur du Maroc à Paris, elle intervient, selon la presse marocaine, le jour même où le parlement européen a voté une résolution appelant les autorités marocaines à respecter la liberté de la presse. “Conformément aux hautes instructions royales, il a été décidé de mettre fin aux fonctions de Mohamed Benchaâboun en tant qu’ambassadeur de Sa Majesté auprès de la République française, à compter du 19 janvier 2023″, a indiqué un communiqué du ministère des Affaires étrangères publié au Bulletin officiel du 2 février et relayé vendredi par les médias. Rabat soupçonnerait Paris d’être derrière cette résolution européenne aux antipodes des positons officielles françaises. En froid avec ses deux alliés, le président Emmanuel Macron doit -il revoir sa diplomatie et ses conseillers ?
