Une semaine après l’ouverture du « procès historique » de Mohamed Ould Abdel Aziz et ses proches collaborateurs, le jugement est au cœur des débats. Si certains juristes estiment que la cour criminelle du tribunal de Nouakchott n’a pas les compétences de juger l’ex-président, d’autres soutiennent le contraire.
Pour les avocats de l’ancien président mauritanien, le procès est, en effet, en violation de l’article 93 de la constitution mauritanienne. Ce dernier stipule que « seule la Haute Cour de justice (HCJ), juridiction spéciale prévue par la Constitution, est habilitée à juger un ancien chef d’État ».
Une thèse rejetée par les avocats de l’État mauritanien, soutenant que ce principe de l’immunité n’est valable que si le chef de l’Etat est dans l’exercice de ses fonctions. Ils indiquent que la partie défense d’Ould Abdel Aziz n’a pas le droit de brandir cette loi car la HCJ a été déjà mis en place. D’ailleurs, soulignent-ils, la nouvelle session parlementaire qui s’est ouverte début janvier en Mauritanie a voté la loi sur la constitution de cette cour.
Depuis l’ouverture du procès le 25 janvier dernier, le climat est tendu à la cour de Nouakchott où l’ex-raïs ne s’est présenté qu’une seule fois devant la barre. Et le juge n’a fait que rappeler, aux accusés, les chefs d’inculpation formulés par le parquet dont d’enrichissement illicite et corruption.
Apporter une « réponse politique » à cette affaire
Les grands admirateurs de l’ancien président Aziz, notamment le président du parti Ribat, Saad Ould Louleid, s’activent pour le faire revenir en politique à quelques mois des élections législatives, municipales et régionales en Mauritanie.
Selon des sources médiatiques, le leader du parti veut que l’ancien président soit placé à la tête des listes de candidats lors des prochaines joutes électorales. Un souhait qui pourrait se concrétiser car l’ancien locataire du Palais gris a eu des échanges, en décembre dernier, avec des cadres de la formation politique.
Le chef de file de son parti soutient que l’actuel gouvernement mauritanien ne peut pas empêcher Aziz de revenir aux affaires politiques. Même s’ils l’emprisonnent, souligne-t-il, les Mauritaniens voteront pour lui car le concerné « s’est déjà engagé dans l’amélioration des conditions de vie des populations ».
Dans l’opinion, ce procès est perçu comme un règlement de compte entre deux vieux compagnons de guerre. Surtout que depuis fin 2019, un coup de froid est constaté dans les relations entre l’actuel président Mohamed Ould Ghazouani et son prédécesseur.
