Trois jours après le tragique accident routier à la hauteur du village de Sikilo, dans la région de Kaffrine (dans le centre ouest du Sénégal) avec un bilan de 40 morts et plus de 100 blessés, la question de la sécurité routière anime les débats.
Le phénomène des accidents de la circulation figure dans toutes les conversations, depuis les quartiers les plus huppés de Dakar jusqu’au petit village de Casamance, Malifra, dans le département de Matam, en passant par la sous-préfecture de Ndindy dans la région de Diourbel. Plateaux de télévisions (privés et publics), radios, journaux, réseaux sociaux en effet sont envahis par des experts (et néo experts) dans le domaine routier. Parmi eux, des spécialistes , médecins, membres de la société civile, activistes et acteurs de l’opposition.
Suite à cet accident considéré comme le plus meurtrier de ces dernières années au Sénégal, les acteurs veulent en effet éclairer l’opinion publique nationale et internationale de cette situation.
Il faut rappeler que depuis cet événement malheureux, le président Macky Sall a pris des mesures jugées fortes en décrétant un deuil national de 3 jours et organisé un conseil interministériel le 9 janvier, au lendemain du drame. Le conseil présidé par le Premier ministre Amadou Ba de concert avec les acteurs du secteur des transports, a approuvé 23 mesures dites urgentes pour améliorer la sécurité routière.
Parmi elles, l’interdiction de circuler pour les véhicules de transport public de voyageurs sur les routes interurbaines entre 23 heures et 5 heures , la limitation de la durée d’exploitation à 10 ans pour les véhicules de transport de personnes à 15 ans pour les véhicules de transport de marchandises, l’interdiction de l’importation des pneus usagés, le contrôle technique gratuit à Dakar pour les véhicules de transport et de marchandises ou encore l’ouverture de centres de contrôle technique dans les régions.
L’opposition tire sur la ficelle
Ces décisions seront encore mises dans les tiroirs après un bref temps d’application, pronostique déjà ce farouche opposant du régime de Macky Sall, qui a préféré garder l’anonymat. Car, rappelle-t-il, un conseil interministériel a eu lieu le 9 février 2017 suite à l’accident de Kébémer avec déjà 25 morts. De « fortes recommandations » ont été formulées, « mais en vain ».
« Ce que nous demandons pour l’instant, c’est qu’on situe les responsabilités avec des enquêtes. Et au préalable, nous réclamons le limogeage du ministre des Infrastructures et des Transports, Mansour Faye, comme cela a été le cas de l’ancien ministre de la Santé, Abdoulaye Diouf Sarr lors de l’incendie de l’hôpital de Tivaoune qui a causé la mort de 11 bébés », dit-il.
Assainir le secteur
D’ailleurs, bon nombre d’observateurs soutiennent que l’Etat doit prendre ses responsabilités pour assainir le secteur des transports routiers qui, on peut l’affirmer, est pris en otage par des acteurs qui prônent l’informel pour se tirer d’affaires. Conséquence,
Si l’on se fie aux statistiques du ministère sénégalais des Infrastructures, des Transports terrestres et du Désenclavement, l’Etat consacre au moins 163 milliards de FCFA pour l’insécurité routière, soit 2% de son PIB (chiffre datant de 2017).
Pour sa part, le bureau régional de l’OMS pour l’Afrique a publié un rapport en novembre 2021, qui montre qu’au Sénégal, 27 000 personnes sont victimes d’accidents sur la voie publique chaque année, dont 11 000 sont enregistrés à Dakar, la capitale sénégalaise.
Quant à l’ONG Partners West Africa (PWA), basée à Dakar et spécialisée notamment en matière de développement, elle estime que les accidents de la route occasionnent en moyenne 550 décès par an au Sénégal sur une population de plus de 17 millions d’habitants.
